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Canicule : 78 départements en vigilance orange, "le recours au soin commence à augmenter"
Climat – Environnement

Cop 21 : la Camargue, un territoire en sursis face à la montée des eaux

D'après les scientifiques, la Camargue est menacée de fortes évolutions d'ici 100 ans. Si ce n'est de disparition. Le danger : un delta qui se creuse et une mer qui monte. Le réchauffement climatique n’arrange rien.

Au fond, les Saintes Maries de la Mer.  2500 habitants.
Au fond, les Saintes Maries de la Mer. 2500 habitants. © Radio France - Paul Ferrier

Saintes-Maries-de-la-Mer, France

Le Réchauffement climatique pourrait tout accélérer mais Marcel et Jean Raynaud ne le verront pas. Ils le disent eux-mêmes. A 89 et 86 ans, les deux frères sont encore à la tête d'un élevage de taureaux camarguais. Il est situé au Grand Radeau, un bout de terre sauvage à l'embouchure du petit Rhône. La manade est installée depuis plus d'un siècle ici.

En une vie d'homme, les deux frères ont vu les terres sur lesquelles ils élèvent leur troupeau bien diminuer. "En 50 ans nous avons vu la mer avancer d'un kilomètre. Si on trouve des terres plus loin, on mettra les bêtes dans des camions pour aller ailleurs."  

Les manadiers amènent du foin à leurs taureaux. Le sel ronge l'herbe.  - Radio France
Les manadiers amènent du foin à leurs taureaux. Le sel ronge l'herbe. © Radio France - PF

Rencontre avec Marcel et Jean Raynaud. Les deux Manadiers.

"Le sel tue les végétaux"

La mer s'immisce par en dessous, sous le sol,  mais  elle n'entre pas encore violemment jusque sur les champs des taureaux de Jean et Marcel Raynaud, . Le sel gangrène la terre et brûle les plantes. Ça menace le garde-manger des taureaux, et ça ne fait pas non plus les affaires des manadiers.

Marcel Raynaud, 88 ans, pense que ses enfants devront trouver d'autres terres - Radio France
Marcel Raynaud, 88 ans, pense que ses enfants devront trouver d'autres terres © Radio France - PF

Le sel remonte aussi dans le Rhône quand la mer monte et que le fleuve manque d'eau. Deux phénomènes que les scientifiques estiment être accélérés par le réchauffement climatique.   

"En 2011 par exemple, on a eu un Rhône très bas en Mai. Résultat, la mer est remontée très loin, jusqu'à 25 kilomètres en amont."

"C'était à la période rizicole clé, quand on irrigue le riz. Beaucoup de riziculteurs n'ont pas pu récolter. Leur riz était grillé par le sel. Ce type d'accident risque d'être de plus en plus fréquent." Jean Jalbert, directeur de la Tour du Valat, le centre de recherche sur la Camargue.

"Le jonc remplace l'herbe et on ne peut rien faire contre le jonc." M. Raynaud - Radio France
"Le jonc remplace l'herbe et on ne peut rien faire contre le jonc." M. Raynaud © Radio France - PF

Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, "on fait l'autruche"

Depuis qu'il est Maire de la commune des Saintes Maries de la Mer, depuis plus de 20 ans, Roland Chassain a vu plus de 20 millions d'euros être investis pour protéger la station balnéaire des attaques de la mer. Les plages du village sont hérissées d'épis rocheux. Partout. Des blocs de pierre jetés dans la mer, censés casser les vagues et retenir le sable que le Rhône n'amène plus. La faute à l'activité humaine sur le fleuve.

Le Maire les Républicains se définit comme un climatosceptique. "Regardez les prévisions de Nostradamus" compare-t-il, "dans cent ans on verra bien." Les habitants pensent quant à eux, et sans doute à juste titre, que personne n'abandonnera le village à la mer.

Mais il faudra faire de lourds investissements encore, pour que la commune se barricade. "Regardez le Mont-Saint Michel, ça ne fera pas une belle station ici ? " s'interroge Roland Chassain dans un sourire. Il est dans le déni. Comme beaucoup d'habitants : "On se met la tête dans le sable comme toutes les autruches", concède Marie une Saintoise, "mais c'est une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes".

"On ne va pas déplacer des millions de personnes, mais il me parait peu probable que toutes les personnes qui habitent près de la mer en Camargue puissent rester aux mêmes endroits dans 100 ans." Jean Jalbert, directeur de la Tour du Valat, le centre de recherche sur la Camargue.

"Gamine je faisais des centaines de mètres pour arriver sur la plage", Marie.  - Radio France
"Gamine je faisais des centaines de mètres pour arriver sur la plage", Marie. © Radio France - PF

Reportage au Saintes Maries de la Mer

Les marais salants abandonnés, la stratégie du recul

Si les autorités et les scientifiques s'accordent pour défendre, tant que c'est possible, les zones peuplées, ailleurs, ils ont adopté  "la stratégie du recul". Au Grau du Roi par exemple :

"On est dans un Delta qui est au ras de l'eau. Or la mer monte de trois millimètres par an et le delta s'enfonce d'un millimètre par an. Le point d'inflexion où ça va devenir compliqué s'approche de nous. Il ne faut pas s'imaginer les effets de ce réchauffement climatique comme quelque chose de cataclysmique qui va faire disparaitre la Camargue d'un coup. Il y aura des accidents climatiques qui vont être plus fréquents que d'habitude."

"Cela consiste à définir une zone tampon servant à amortir les entrées marines, protégeant ainsi les zones plus sensibles dans les terres. C’est cette logique de repli qui  consiste à créer un second cordon dunaire de protection en utilisant les reliefs déjà existants. Il est implanté entre 100 et 900 m du trait de côte, sur plus de 13 kms et a nécessité 20 000 m3 de sable."

"Il protège à la fois la ville et les domaines agricoles des submersions marines en retenant la mer dans la zone tampon". Communiqué de la Ville du Grau du Roi.

Les anciens marais salants revendus au Conservatoire du Littorale.  - Radio France
Les anciens marais salants revendus au Conservatoire du Littorale. © Radio France - PF

C'est par ces marais salants abandonnés que la mer a créé une brèche.

Que vient faire Coca-Cola dans ce coin de Camargue ? 

Les dieux sont tombés sur la tête. La stratégie du recul, c'est aussi l'option mise en avant par le Parc Naturel Régional de Camargue, la Tour du Valat, le Conservatoire du Littoral, bref les acteurs Camarguais de l'environnement. C'est dans cet objectif qu'en 2008, la société industrielle de Sel, les Salins du Midi, a vendu ses marais salants près de la commune des Salins de Giraud au Conservatoire du Littoral. Face à la mer qui monte, les autorités veulent céder sur cet espace, et ainsi espérer que la pression sera moins forte quelques kilomètres plus loin, quand il s'agira de sauver les Saintes Maries de la Mer par exemple.

Le revers de la médaille, c'est qu'aujourd'hui, le village d'ouvriers du sel a perdu sa fonction première et ressemble, comme ses sœurs du Nord de la France, à un village minier sans matière première. Il n'ont plus de sel comme les autres n'ont plus de charbon. Des habitants pestent contre cette activité économique morte, contre des perspectives d'avenir moroses.

C'est là qu'intervient Coca Cola, le géant américain. La multinationale emblématique. Coca Cola   finance, à hauteur de plusieurs centaines de milliers d'euros, le retour à la nature de ces anciens marais salants.

"Un programme visant à recréer (...) des écoulements d'eau douce dans le territoire, à mettre en place des suivis scientifiques, et à sensibiliser les habitants des territoires aux enjeux et intérêts de cette restauration. Les travaux d’hydraulique (...) se sont achevés à la mi-août et l’eau douce circule désormais jusqu’à l’étang du Fangassier."

"Ce programme va permettre de rendre à la nature un milliard deux cent millions de litres d’eau par an en moyenne". Communiqué de presse de Coca Cola France.

Rendre 1,2 milliards de litres d'eau douce à la nature en Camargue, cela correspond à la moitié de l'eau utilisée par la multinationale pour fabriquer ses boissons gazeuses vendues en France. Dans ses usines françaises, Coca Cola utiliserait 2,5 milliards de litres d'eau par an. Coca Cola se sert donc de la Camargue pour verdir son impact écologique. C'est ce qu'on appelle le principe du pollueur/payeur. Le principe de la compensation écologique.

Cette action en Camargue compense donc aussi les scandales écologiques de la firme en Inde. Il y a quelques années par exemple, Coca Cola y était accusé et condamné pour avoir pollué les nappes phréatiques de milliers d'agriculteurs qui avaient besoin de cette eau pour irriguer leur rizières du Kerala, cette région littorale, tout au sud de l'inde...

La Cop 21 et Coca Cola sont sur un bateau. La Camargue tombe à l'eau, qui il reste ? ...

Radio France
© Radio France - PF

Loïc Petegnief, Adjoint au chef service environnement mairie Grau Du Roi Port Camargue, était l'invité de France Bleu Gard Lozère, ce lundi matin.  Le Grau du Roi est-il en sursis ? De lourds investissements sont réalisés pour protéger la ville d'une montée des eaux. Avec un repli stratégique pour protéger le côté Est de la ville. Il s'agit d'un recul du cordon dunaire de 200 à 900 mètres pour éviter que l'eau ne rentre dans la ville. Au Grau du Roi, la menace st prise au sérieux,  car déjà une plage privée a disparu il y a deux ans.

Loïc Petenief - Mairie du Grau du Roi

David Grzyb, est président du Parc Naturel Régional de Camargue, était l'invité de France Bleu Gard Lozère ce lundi matin. C'est une stratégie à deux vitesses qui a été adoptée dans le parc. On abandonne des terres à la mer, mais on fait de lourds investissements pour essayer de sauver le plus longtemps possible les zones d'activités économique et les zones habitées.

David Grzyb - Président du Parc National de Camargue