Climat – Environnement

Les océans face au changement climatique

Par Mikaël Roparz, France Bleu mercredi 21 octobre 2015 à 5:00

Des digues pour protéger l'île de Sein
Des digues pour protéger l'île de Sein © Radio France - Mikaël Roparz

Dans le cadre de la COP 21 qui se déroule à Paris du 30 novembre au 11 décembre, France Bleu a voulu savoir quels étaient les impacts des changements climatiques sur les océans. Ils couvrent 71% de la surface du globe. L'océan constitue le principal poumon de la planète.

"Même si nous prenons des décisions importantes lors de la COP 21, les impacts sont déjà là et certains sont déjà irréversibles" résume André Abreu, responsable environnement et climat à Tara Expéditions.

Depuis dix ans, la goélette d'exploration a parcouru 300 000 kilomètres sur tous les océans. A travers leurs différentes expéditions, les scientifiques embarqués ont pu constater l’impact des changements climatiques. "La pollution plastique est de plus en plus importante. On trouve aujourd'hui des zones entièrement sans oxygène, l'acidification menace le corail" explique André Abreu. "A Nantes, dans 20 ou 30 ans, les eaux salées vont remonter l'estuaire, certaines espèces vont disparaître parce qu'elles ne supportent pas l'eau salée" poursuit-il.

"Des plages vont disparaître"

Paul Fattal océanographe diplômé de l'Université de Nantes, connaît bien lui aussi les impacts du changement climatique. "On est dans un contexte d'élévation du niveau de la mer. On va avoir par endroit 40 à 50 cm d'élévation du niveau de la mer, des portions de plages vont disparaître" raconte l'océanographe.

Et les techniques d'enrochements, la construction de digues pour se protéger ? "Ca n'est pas forcément une bonne idée" explique Paul Fattal. Ces dispositifs "réfléchissent l'énergie des vagues, on a du sable qui va partir et on aura moins de plages". Du coup, "On perd ce potentiel touristique à moyen et long terme".

Pour cet océanographe, "ce que l'on peut craindre de plus en plus dans les prochaines années, c'est le phénomène de surcote. On a des vents très importants, des forts coefficients de marée, et on a un débordement des vagues, des digues, puisque l'on est sur des zones de polder" (des zones gagnées par la mer) "et l'eau pénètre et ne ressort pas".

L'Ile de Sein exposée aux risques de submersion marine

Des digues, c'est justement la solution trouvée par les habitants de l'Ile de Sein au large du Finistère. Ce rocher qui sort de l'eau est très exposé aux risques de submersion marine. L'altitude moyenne est de 1,5 m avec un point culminant à 9 mètres. Plusieurs endroits de l'île de moins de trois kilomètres de long sur 25 à 800 mètres de large sont situés sous le niveau de la mer. C'est dire si les Sénans sont directement confrontés aux assauts des vagues.

François Spinec, patron du canot SNSM de l'île de Sein - Radio France
François Spinec, patron du canot SNSM de l'île de Sein © Radio France - Mikaël Roparz

Les habitants de l'île se souviennent surtout de la tempête de mars 2008. Un souvenir bien ancré dans les mémoires. L'eau était montée jusqu'à l'église (située au point le plus haut de l'île, environ 9 mètres d’altitude).

Pour faire face aux assauts répétés des vagues, l'île est entourée de digues. "C'est la construction du phare d'ArMen" situé à quelques milles de l'île de Sein "qui a permis de se protéger de la montée des eaux " raconte François Spinec, Seinan, patron du canot SNSM de l'île de Sein.

L'Ile de Sein face au changement climatique

Rempart contre la montée des eaux, les 3 km de digues qui cernent l’île

Les premiers datent des années 1850. "_D'ici 2100, la hausse du niveau de la mer à l'île de Sein sera certainement identique à ce qui est projeté par les différents scénarios du Giec_ ", assurait en 2013 Nicolas Pouvreau du SHOM, le service hydrographique et océanographique de la Marine. "L'Ile de Sein est particulièrement vulnérable car elle est très, très basse ", estime un expert de la plate-forme internationale TASK de partage de connaissances sur l'approche territoriale du changement global. "Le danger n'est pas là tous les jours, mais on sait qu'il est inéluctable ". 

Mur de pierres affaissé au pied du phare de l'île de Sein après des tempêtes - Radio France
Mur de pierres affaissé au pied du phare de l'île de Sein après des tempêtes © Radio France - Mikaël Roparz

Pour Elodie Martinie-Cousty, responsable du réseau Océans, mers et littoraux de France Nature Environnement : "_1,4 million d'habitants sont confrontés au risque de submersion marine en France. Les communes n’y sont toujours pas préparées. La construction d’un mur sur notre littoral n’est pas une solution. La sécurité des biens et des personnes est mise en jeu et plus vite que prévue !_ ". 

>> POUR EN SAVOIR PLUS : la page sur la journée spéciale consacrée aux Océans sur France Bleu