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Climat – Environnement

EPR de Flamanville : l’incroyable négligence d’EDF et Areva

vendredi 31 mars 2017 à 6:00 Par Sylvain Tronchet et La rédaction de France Bleu, France Bleu Normandie (Calvados - Orne), France Bleu Bourgogne, France Bleu Cotentin et France Bleu

Areva et EDF savaient dès 2005 que la forge du Creusot (Saône-et-Loire), où a été fabriquée la cuve de l'EPR de Flamanville, connaissait de sérieux problèmes de qualité, selon une enquête de France Inter et franceinfo diffusée ce samedi.

L'usine Areva au Creusot.
L'usine Areva au Creusot. © Radio France - Sylvain Tronchet

Des documents, que France Inter et franceinfo ont pu consulter, prouvent qu'EDF et Areva avaient été alertés dès 2005 des dysfonctionnements de la forge du Creusot, qui a fourni des pièces pour les centrales d'EDF et pour des dizaines d'autres à travers le monde, et a notamment produit des éléments de la cuve du réacteur nucléaire de troisième génération EPR de Flamanville (Manche). L'usine de Saône-et-Loire a déjà fait scandale en mai 2016 après la découverte d'anomalies sur des centaines de pièces, et de documents falsifiés.

Première alerte en 2005, un an avant le début de la fabrication de la cuve

Le couvercle et le fond de la cuve de l'EPR ont été fabriqués au Creusot entre septembre 2006 et décembre 2007. Or les courriers faisant état de problèmes de qualité à l'usine du Creusot ont été envoyés presque un an avant le début de la fabrication. Dans un courrier daté du 16 décembre 2005, l’Autorité explique avoir constaté "de nombreux écarts concernant le forgeron Creusot Forge". Les deux industriels semblent avoir ignoré les avertissements de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et installé la cuve du réacteur en 2014 malgré ces mises en garde.

Cet élément-clé de l’EPR attend toujours d’être validé par l'ASN en raison d’une teneur en carbone trop importante. L'Autorité doit se prononcer à ce sujet à la mi-2017. La phase des essais de l'EPR a toutefois débuté le 15 mars, et le démarrage du réacteur, qui devait initialement intervenir en 2012, est désormais programmé fin 2018.

Extrait de la lettre en 2005 de l'ASN à EDF. - Aucun(e)
Extrait de la lettre en 2005 de l'ASN à EDF. - DR

Nouvelles irrégularités constatées en 2006

Une inspection du site est menée en avril 2006, au cours de laquelle l’ASN dresse 16 constats d’écarts et irrégularités. Le 16 mai, dans un nouveau courrier, l’ASN alerte EDF sur de "nombreux incidents" au sein de l’usine entraînant un "nombre de rebuts importants".

André-Claude Lacoste, ancien directeur général de l'Agence de sûreté nucléaire, se rend sur place en 2006. Il explique être revenu "effondré" en raison de ce qu'il y a constaté. Selon lui, la forge, qui appartenait à l’époque à l’homme d’affaires Michel-Yves Bolloré (le frère de Vincent Bolloré), n’était pas au niveau des standards attendus dans le nucléaire. Il explique avoir prévenu Areva. Quelques mois plus tard, le groupe rachète la forge pour 170 millions d’euros.

Des doutes aussi de la part des Britanniques

Plusieurs témoignages de salariés et anciens salariés confirment que les problèmes de qualité ont perduré malgré le rachat par le leader du nucléaire. Dans un autre récent rapport d’inspection de la forge, l’Autorité de sûreté britannique (ONR) explique avoir repéré des procédures qualité irrégulières en décembre 2016 au Creusot. L’ONR émet même des doutes sur la capacité d’Areva à corriger la situation, et suggère qu’EDF envisage un autre fournisseur pour le projet de construction de deux EPR à Hinkley Point, dans l’ouest de l’Angleterre.

En mai 2016, une autre affaire a éclaboussé la forge du Creusot : des pièces non conformes ont été livrées à l'industrie nucléaire, et dans certains cas, pour le cacher aux clients, certains documents ont même été falsifiés. Cette affaire pourrait avoir de lourdes conséquences pour une partie de la filière nucléaire française, puisqu'elle remet en cause un principe de la chaîne de contrôle : en France, c'est l'industriel qui déclare ses problèmes, l'autorité de sûreté compte sur son "honnêteté".

Le directeur général adjoint de l'ASN, Julien Collet, admet que le dossier Creusot Forge change la donne : "on a un opérateur qui n'est pas dans une logique d'identification et de traçabilité de ses écarts comme ça devrait être le cas, mais qui est dans une logique où on préfère cacher les anomalies, les mettre sous le tapis. Ça interroge vraiment la manière dont nos inspecteurs doivent mener leurs investigations". Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien du CEA (Commissariat à l'Energie Atomique et aux Energies Alternatives), pointe lui le manque de moyens de l'ASN, qui doit "surveiller 58 réacteurs" avec "à peu près 400" personnes.

Pas de commentaire d'Areva, EDF assure avoir renforcé sa surveillance

Areva n’a pas souhaité commenter ces nouvelles révélations. David Emond, directeur composants d’Areva NP, affirme que "l’usine du Creusot est faite pour fabriquer des composants nucléaires". De son côté, EDF admet qu’elle connaissait les problèmes de la forge du Creusot, et qu’elle a "renforcé sa surveillance en augmentant ses actions de contrôle" à l’époque.

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