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Climat – Environnement

Vers un monde sans pétrole : le Pays Basque se prépare

lundi 11 mars 2019 à 6:06 Par Jacques Pons, France Bleu Pays Basque

Depuis fin 2018, une association "les kolapsonautes du Pays Basque" vient de se lancer. Elle accompagne un mouvement nouveau, celui de la collapsologie, qui veut nous alerter sur la fin du monde tout pétrole.

Un jardin potager partagé dans la résidence Terra arte de Bayonne, quartier du Séqué
Un jardin potager partagé dans la résidence Terra arte de Bayonne, quartier du Séqué © Radio France - Jacques Pons

Pays Basque, France

Le monde que nous connaissons pourrait disparaître. Un monde dominé depuis le 19ème siècle par le charbon et le pétrole. Or la production mondiale de pétrole est en train de baisser. Des réserves dans le sous-sol existent mais les atteindre revient trop cher aux compagnies pétrolières. Pour les collapsologues cette civilisation thermo-industrielle vit ses dernières heures. Ce nouveau courant de pensée estime que nous allons vers un changement d'époque : un monde sans énergie fossile.

Collapsologie est un mot nouveau. Vous l'entendrez de plus en plus. Collapsologie est un néologisme inventé par Pablo Servigne et Raphael Stevens, auteurs de "Comment tout peut s'effondrer", édité par Seuil en 2015. Collapsologie, du latin "collapsus" (qui est tombé en un seul bloc) repris par l'anglais "to collapse", (s'effondrer). Vient ensuite le suffixe "logie" de "logos" (la parole). 

L'effondrement a sa science

La collapsologie est donc la science de l'effondrement. C'est Pablo Servigne qui le dit lui même : "Un collapsologue c'est quelqu'un qui s’intéresse à l'effondrement de notre civilisation et qui essaye de rassembler des preuves, des chiffres, des faits" . Le moins que l'on puisse dire est qu'en matière de chiffres, de preuves et de conclusions, on est servi avec l'ouvrage du chercheur. En fait, depuis le vingtième siècle plusieurs intellectuels et scientifiques affirment que notre monde thermo-industriel court à sa perte.

L'effondrement : tout le monde y pense

Le mouvement de la collapsologie s'inspire d'un ouvrage marquant "collapse" de l'américain Jared Daimond : "Collapse" édité en 2006 par Gallimard sous le titre : "Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie". Un livre qui aujourd'hui encore taraude le premier ministre Edouard Philippe. Il en rappelle souvent la référence comme lors de ce Facebook live du 2 juillet 2018 à coté de celui qui était encore ministre de l'environnement, Nicolas Hulot.

Un effondrement c'est quoi ?

Mais qu'est-ce qu'un effondrement ? "Ce sera au niveau mondial. Cela veut dire qu'aucun pays n'y échappera" précise Yves Cochet. L'ancien ministre de l'environnement devenu le créateur de l'institut Momentum estime que la fin du tout pétrole : "c'est une question de décennie".

Une association de kolapsonautes se crée en Pays Basque

L'équipe dirigeante des Kolapsonautes du Pays Basque - Radio France
L'équipe dirigeante des Kolapsonautes du Pays Basque © Radio France - Jacques Pons

Les "kolapsonautes du Pays Basque" reprennent la thèse de la disparition du "tout pétrole". Une économie thermo-industrielle remplacée par quoi ? C'est là toute la question.  Fortement impacté par le livre de Pablo Servigne et déjà sensibilisé par le rapport Meadows (publié en 72 par Dennis Meadows et trois autres scientifiques du MIT) Régis Dacharry, le président des kolapsonautes du Pays Basque, a décidé de lancer l'association et tout faire pour préparer la transition.

Autrement dit, redécouvrir ce que nous avons oublié : cultiver sa propre nourriture, grâce à des jardins potagers partagés, produire de l’énergie sans matériau fossile. Bref, apprendre à survivre. Mais cette quête, les Kolapsonautes la souhaite dans un esprit de solidarité. 

Régis Dacharry, président des "Kolapsonautes du Pays Basque"

L'expérience décroissante de la "ferme légère" en Béarn

L'idée des kolapsonautes du Pays Basque (et du Sud Landes) est de mettre en réseau les "éco-lieux" du territoire. Comme par exemple "la ferme légère" (légère pour son impact sur l'environnement)  à 20 kilomètres au nord de Pau. Ici, dans la commune béarnaise de Méracq se trouve une ferme où vivent dix décroissants. "C'est un lieu de vie où l'on cherche une autonomie alimentaire et énergétique" informe Valérie Garcia. L'expérience a commencé en 2015. Tout n'est pas gagné encore mais Valérie avoue qu'elle ne changerait plus de vie pour rien au monde.

Valérie Garcia, membre du collectif "la ferme légère" à Méracq

Pour la première fois depuis sa création la ferme légère organisera l'été prochain des stages d’immersion d'une semaine chacun. Stages destinés à toute personne souhaitant apprendre les vertus du "low tech" et de la parcimonie.

Des élus se préparent déjà à l’effondrement

Certains élus s'attelent à préparer le terrain avant l'effondrement. En France, l'association "SOS maires" se charge d'en réunir les exemples afin, dit l'un de ses fondateur, Alexandre Boisson "de préparer la résilience, autrement dit, tout ce qui sera fait pour assurer l'alimentation de toute une commune".

Le Pays Basque aussi

Au Pays Basque, Martine Bisauta est l'élue incontournable attachée à la question. Elle est vice présidente de l’agglomération Pays Basque en charge de la transition écologique et énergétique. Elle est aussi adjointe au maire de Bayonne en charge du développement durable.  Elle dit  partager les conclusion des scientifiques sur la fin du monde thermo-industriel sans toutefois épouser les thèses "trop anxiogènes des collapsonautes". 

Martine Bisauta, vice présidente de l'agglomeration Pays Basque - Radio France
Martine Bisauta, vice présidente de l'agglomeration Pays Basque © Radio France - Jacques Pons

Martine Bisauta, vice présidente de l'agglo Pays Basque en charge de la transition écologique

Parler d'effondrement ce n'est pas bon — Martine Bisauta, vice présidente de agglomération Pays Basque

Pour cette écologiste, chez les Verts depuis 1995 avant de se retrouver désormais dans la majorité municipale centriste de Bayonne, : "quand on prononce un arrêté de péril pour une maison menacée d'effondrement c'est qu'on a l'espoir de la préserver".  "Plonger les gens dans l'angoisse en parlant d'effondrement ce n'est pas bon" ajoute t'elle.

Un plan climat pour le Pays Basque

Martine Bisauta portera au printemps prochain un plan climat pour le Pays Basque. Ce Plan Climat Air Energie est une obligation pour toutes les communautés d’agglomération. Au Pays Basque, un plan climat sera la suite du PCAET adopté en 2014. Il sera dévoilé le 6 avril 2019 lors du premier forum plan climat organisé à Bayonne. Pour Martine Bisauta, "Il permettra d’entraîner les gens dans une dynamique positive". 

Dessinez moi le Pays dans vingt ans, après l'effondrement

Mais comment sera le Pays Basque une fois que le monde thermo-industriel aura basculé dans l'inconnu? 

Pour Régis Dacharry, la population de la côte basque et du sud Landes devra se rabattre vers l’intérieur pour pouvoir survivre.

Le Pays Basque dans 20 ans selon Régis Dacharry

Pour Franck Laharague, co-fondateur des Kolapsonautes du Pays Basque, l'effondrement est une opportunité.

Franck Laharague, membre des kolpasonautes du Pays Basque