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Climat – Environnement

Landes : faut-il avoir peur de la fumée qui envahit régulièrement Saint-Vincent de Tyrosse ?

mercredi 6 juin 2018 à 0:26 Par Paul Ferrier, France Bleu Gascogne

Faut il s'inquiéter des émanations de l'usine Séripanneaux qui envahissent régulièrement Saint-Vincent de Tyrosse ? Et que contient cette fumée ? C'est la question que se pose un collectif de riverains qui regroupe une trentaine de famille tyrossaise.

Le panache vu du parking du centre commercial.
Le panache vu du parking du centre commercial. © Radio France - Paul Ferrier

Saint-Vincent-de-Tyrosse, France

Ce collectif regroupe une trentaine de famille tyrossaise et doit bientôt se constituer en association. A l'initiative d'une habitante, ses membres se sont réunis pour la première fois à la mi-mai pour parler de cette fumée qui sort des cheminées de l'usine tyrossaise qui fabrique du bois aggloméré à partir de pins locaux. Régulièrement, par beau temps et selon les conditions de vent, ce panache est rabattu vers le sol et envahit plusieurs quartiers de la ville.  

Le sujet n'est pas nouveau, ces fumées avaient déjà fait parler d'elles il y a plus d'un an, la préfecture des Landes avait alors mis en demeure l'usine Séripanneaux de réaliser une étude d'impact de ses rejets  sur l'environnement. C'était fin 2016. Depuis les fumées continuaient d'envahir la ville mais plus personne n'avait de nouvelle de cette étude. 

"Aucun impact sanitaire". 

C'est une tyrossaise, Chantal Larrère, qui depuis des mois, exaspérée par ce brouillard d'usine qui envahit la ville jusqu'à son quartier, s'est battue durant des semaines pour obtenir les résultats et les conclusions de cette étude. La DREAL, la Directions Régionales de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement a fini par lui envoyer. "Depuis 2 ou 3 ans, il y a un constat, s'inquiète Chantal Larrère, dans certaines conditions atmosphériques, on baigne dans la fumée. L'école maternelle, la crêche, je serais parent de jeunes enfants, je serais encore plus inquiète parce qu'on respire réellement quelque chose". La retraité tyrossaise veut savoir ce qui sort de cette cheminée.  Tout comme cette maman, rencontrée devant l'école de la Souque. "Déjà qu'on a des problèmes d'eau, explique la mère de famille faisant référence à l'affaire des résidus de pesticides dans l'eau potable. Maintenant s'il y a aussi de la fumée toxique dans l'air, oui c'est inquiétant, surtout pour les enfants". 

Un peu plus loin, à l'abris de la pluie dans sa voiture, un père se montre moins préoccupé. Pour lui ce n'est que de la vapeur d'eau ce que rejette l'usine : "C'est vrai que des fois on dirait qu'il y a du brouillard mais je ne pense pas qu'il faut s'alarmer"

Des fois on dirait qu'il y a du brouillard." 

Ne pas s'alarmer, c'est exactement le message de la DREAL et de l'Agence Régional de Santé. Après validation de l'étude, la conclusion des deux entités de l'Etat est claire :  "Il n'y a aucun impact sanitaire, explique Claire Castègnaide-Iraola, responsable de la DREAL des Landes, toutefois, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'impact sanitaire qu'il n'y a pas un sujet poussière. Effectivement, l'exploitant n'est pas conforme aux valeurs réglementaires."

L'usine contrainte de réaliser de lourds travaux

L'usine rejette trop de particules polluantes via son panache de fumée. Parmi ces particules, les fameuses particules fines dont on entend beaucoup parler quand il s'agit d'alerte pollution liée à la circulation automobile. Séripanneaux, suite à l'étude d'impact de ses rejets sur l'environnement sera donc mise en demeure, contrainte, par la préfecture. Il faudra réaliser de lourds travaux pour se mettre en conformité et filtrer les particules qui sortent de sa cheminée. 

La direction technique de Séripanneau - Radio France
La direction technique de Séripanneau © Radio France - PF

Après une première approche extrêmement froide, la direction de l'usine a finalement accepté de rencontrer France Bleu Gascogne. Elle explique être, depuis plus d'un an, à l'étude de solutions pour ce problème de rejet de particules. Ces travaux pourraient coûter 2,5 millions d'euros à l'entreprise et la direction évoque 2020 comme date possible, "si le financement est trouvé." 

Ce n'est pas de la fumée, c'est de la vapeur d'eau", le directeur financier de Séripanneaux.

La direction de l'usine, qui emploie 85 salariés et réalise un chiffre d'affaire annuel de 24 millions d'euros, affiche à la fois une volonté de bien faire et quelques paradoxes en terme de communication. Lors de nos discussions, la direction corrige à chaque fois que le mot fumée est prononcé. "C'est de la vapeur d'eau, nous ne brûlons rien", nous à repris le directeur financier quasi systématiquement. Pourtant, l'étude que nous avons consultée auprès du collectif de riverain propose un tableau des activités de l'entreprise et liste deux catégories combustion. Ce que nous a confirmé la DREAL, l'usine brûle bien du bois et les fumées de ces combustions sont rejetées dans l'unique cheminée de l'usine. La même que celle qui rejette de la vapeur d'eau, issue de séchoir à bois. Le collectif de riverain, et à la lecture de l'étude, et à l'écoute des arguments de la direction de l'usine, a l'impression qu'on leur cache quelque chose. 

Le collectif de riverain conteste les conclusions de la DREAL

Quand Chantal Larrère, la retraité tyrossaise à l'origine du collectif de riverain inquiet, a réussi à se faire envoyer l'étude d'impact de la DREAL, elle s'est retrouvée avec un dossier technique. Difficile pour le profane de le déchiffrer. Elle a donc fait appel à un ami, un membre de l'association "les amis de la terre", retraité de la plasturgie, et visiblement habitué à fouiller dans ce type d'étude. "J'ai appris à démonter des dossiers techniques, il y a des invariants sur lesquels on peut se baser. Sans aller au fond de l'étude, sur les procédures et l'interprétation des résultats, il y a des choses qui me paraissent très étonnante", prévient Roland Legros devant son ordinateur, l'étude sous les yeux. Lors de son intervention pour la première réunion publique du collectif, il avait préparé un Powerpoint, une présentation sur écran. 

Roland Legros, militant "les amis de la terre" - Radio France
Roland Legros, militant "les amis de la terre" © Radio France - PF

Quand il la fait défiler, il explique des problématiques liées au positionnement des capteurs de mesures, au vent, à la durée de l'étude, plus d'un mois tout de même, réalisée par une société nommée APAVE. Le militant souligne également qu'un seul polluant, le formaldéhyde, a été recherché. Les taux de concentration dans l'air de cette substance n'ont rien révélé de particuliers explique l'étude, précise et documentée, de 31 pages. Pourtant Roland Legros n'en démord pas, "pour moi cette étude là présente de sérieux problèmes. Est-ce qu'elle a été bien conduite, j'en sais rien. Mais quand on la regarde, on a des doutes." La DREAL invite le collectif de riverain de l'usine Séripanneaux à venir la rencontrer pour une explication de texte et pour, peut-être, lever ces doutes. 

quand on la regarde, on a des doutes."