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Climat – Environnement

Glyphosate : plus de 200 plaintes déposées pour mise en danger de la vie d'autrui

mercredi 13 février 2019 à 16:50 - Mis à jour le mercredi 13 février 2019 à 20:08 Par Viviane Le Guen et Valérie Barbe, France Bleu et France Bleu Occitanie

45 nouvelles plaintes ont été déposées ce mercredi 13 février à Toulouse dans le cadre d'une campagne nationale de recherche de glyphosate dans les urines lancée en avril dernier. Ces plaignants ont découvert qu'elles contenaient un taux de pesticide largement supérieur à la dose réglementaire.

Une campagne nationale de recherche de glyphosate dans les urines est lancée depuis avril 2018
Une campagne nationale de recherche de glyphosate dans les urines est lancée depuis avril 2018 © Maxppp - Nicolas Parent

Toulouse, France

45 Toulousains ont déposé plainte ce mercredi 13 février contre plusieurs fabricants de glyphosate pour "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie aggravée" et "atteinte à l'environnement". Ces plaintes s'ajoutent à celles déjà enregistrées devant le tribunal de Foix (Ariège) où a été lancée la "Campagne Glyphosate" au printemps dernier par un collectif d'Ariégeois, les Faucheurs Volontaires. Depuis avril 2018, ils invitent les citoyen(e)s à faire analyser leurs urines, pour mesurer le taux de glyphosate qu'elles contiennent. 

"Tout le monde en a"

Hommes, femmes, très jeunes enfants, retraités, actifs, urbains, ruraux, consommateurs de produits bios... Entre 600 et 650 habitants d'une dizaine de départements français ont déjà participé et les premiers résultats sont sans appel : toutes les analyses, sans exception, ont révélé la présence de glyphosate.

À ce jour, les taux relevés sont, en moyenne, 10 à 15 fois supérieurs à ceux autorisés dans l'eau du robinet en Europe soit 0.1 ng/ml. "Cela va de 0.15 ng/ml" pour la personne la moins "contaminée" "à 3.9 ng/ml" pour la personne la plus touchée détaille Dominique Masset, co-président de la "Campagne Glyphosate". "Je vis à Foix, une petite ville d'Ariège sans grandes cultures autour" témoignait-il auprès de France Info en octobre dernier, "je suis végétarien depuis très longtemps, je mange bio et je ne fume pas. Pourtant j'ai un taux [de glyphosate] 33 fois supérieur à celui autorisé dans l'eau potable." 

"Certes, cela n'a pas de valeur scientifique de comparer l'urine à l'eau, mais cela donne un ordre de grandeur et confirme que tout le monde en a" et les enfants ne sont pas épargnés selon lui : "On a un gamin de cinq ans dont le taux est de 0.9 ng/ml par exemple."

50 départements concernés par la campagne

En Ariège, où la campagne a été lancée, près de 300 analyses ont été effectuées. Des collectifs préparent actuellement des campagnes de prélèvements dans 50 départements, de la Bretagne à la Drôme en passant par l’Indre-et-Loire. "Des contacts ont même été noués à l'étranger, en Belgique et au Luxembourg" se réjouit Dominique Masset. 

Avec son équipe, il s'est entouré de scientifiques (médecin, biologiste, statisticien, cartographe, sociologue, spécialiste de l'eau...) chargés d'étudier "les possibles corrélations" entre la présence d'herbicide dans les urines "et le mode de vie, l'alimentation, le lieu géographique, le sexe, l'âge etc." Soucieux de travailler sur un échantillon représentatif, le collectif projette notamment de réaliser d'autres séries de prélèvements sur les mêmes personnes, à des dates différentes, avant de tirer des conclusions : "On s’est rendu compte qu'il y avait une variabilité saisonnière, que les taux relevés variaient selon les périodes de l'année, cela reste à approfondir mais c'est sans doute lié aux périodes de traitements" des espaces agricoles.

"C’est un travail statistique, quantitatif et qualitatif qui est en train de se mettre en place" résume Dominique Masset qui a également convaincu des députés de prendre part à l'expérience. Un rendez-vous est prévu à Paris la semaine prochaine.

230 plaintes pour "mise en danger de la vie d'autrui"

Une cinquantaine de plaintes doivent encore être déposées la semaine prochaine en Ariège. Comme les précédentes, elles visent les fabricants (PDG et membres des conseils d'administration des groupes qui fabriquent des pesticides à base de glyphosate comme Bayer-Monsanto, Barclay Chemicals, Adama France, Agrifar) et les décideurs qui ont autorisé sa commercialisation comme les membres de la Commission européenne, la gouvernance de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) et l'Afsa, son homologue européen.

Familier des agriculteurs et des jardiniers, l’herbicide est classé comme "probablement cancérogène " par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) [en anglais] de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 2015. "À partir du moment où on ne respecte pas le principe de précaution et on contamine les individus, il y a une mise en danger de la vie d'autrui" insiste Me Guillaume Tumerelle, l'avocat des plaignants.  "Le deuxième élément, c'est 'l'atteinte à l'environnement' car il y a un problème sur la destruction de la biodiversité, de pollution des cours d'eau, des sols : tout est contaminé. Le troisième élément c'est la 'tromperie aggravée' puisqu'en fait il y a des autorisations de mise sur le marché qui ont été données sur la base de dossiers tronqués."

"On espère que cette campagne va déboucher sur une prise de conscience des citoyens, des usagers et des décideurs qui mettent notre vie en danger, qu'on cesse de vendre et utiliser ces produits. La plainte est un moyen de poser un acte fort, et pour beaucoup c'est une façon d'enfin se sentir moins impuissant devant cet empoisonnement collectif" complète Dominique Masset, "nous sommes convaincus que c'est sans doute le scandale sanitaire du 21e siècle car il n'y a pas que l'Europe qui est touchée."

Le glyphosate interdit "à 85%" d'ici 2021 en France

Les États membres de l'Union européenne ont voté en novembre 2017 en faveur d'une nouvelle autorisation pour cinq ans du glyphosate, herbicide de synthèse le plus utilisé au monde. 

En France, alors qu'Emmanuel Macron s'était engagé à une sortie du glyphosate en 2021, les députés ont refusé en mai 2018 de l'inscrire dans la loi agriculture et alimentation. Depuis, le président de la République, a confirmé que la France ne parviendrait pas à se passer "à 100%" de cet herbicide controversé d’ici trois ans. Lundi, il s'est engagé auprès des représentants des syndicats agricoles reçus à l'Élysée à interdire l'utilisation du glyphosate "pour 85% des usages". Cela concerne les cultures pour lesquelles le désherbage ne présente pas de difficultés particulières soit environ 90% de nos terres agricoles selon l'INRA (l'Institut de recherche agronomique).