Climat – Environnement

VIDÉO - Horia, la jeune tortue caouanne, retrouve la mer sur l'île de Ré après un an de soins

Par Julien Fleury, France Bleu La Rochelle, France Bleu Pays Basque et France Bleu mardi 8 août 2017 à 18:36 Mis à jour le mardi 8 août 2017 à 22:22

La tortue Horia fait ses premiers pas sur la plage, couvée par le codirecteur de l'aquarium de La Rochelle, Matthieu Coutant
La tortue Horia fait ses premiers pas sur la plage, couvée par le codirecteur de l'aquarium de La Rochelle, Matthieu Coutant © Radio France - Julien Fleury

Retrouvée échouée l'an dernier à Saint-Jean-de-Luz, elle a été soignée durant un an au sein de l'aquarium de La Rochelle. Une façon de soutenir une espèce en danger. L'occasion aussi d'étudier ces tortues peu connues dans leurs jeunes années.

Neuf heures ce mardi matin, sur la conche des Baleines, la plage située tout au bout de l'île de Ré. Avec ses nageoires, Horia descend difficilement vers l'Océan. Soleil, vent, la jeune tortue caouanne s'habitue progressivement à son nouvel environnement, elle qui vient de passer plus d'un an dans un bassin situé dans les coulisses de l'Aquarium de La Rochelle. Recueillie en très mauvaise santé sur une plage de Saint-Jean-de-Luz (Pays basque), elle a été baptisée Horia, ce qui veut dire "jaune" en basque, parce que sa peau est plus jaune que celle de ses congénères.

"Quand on l'a récupérée en juin 2016, elle avait une infection au niveau des reins" se souvient Eléonore Méheust, chargée de mission tortues à l'aquarium. "C'est un signe de déshydratation, donc c'est qu'elle ne s'était pas nourrie depuis longtemps. Il n'y avait pas de trace de capture accidentelle ou de déchet, donc c'était sans doute lié à une tempête." Après un traitement antibiotique, la tortue s'est rapidement rétablie, mais elle est encore restée toute une année pour se remplumer, reprendre du poids.

L'instinct va vite reprendre le dessus

Après un quart-d'heure sur la plage, Horia frotte son museau aux premières vagues. Dès que ses nageoires peuvent s'agiter, la voilà partie. L'instant d'après, on ne voit plus que l'antenne de la balise qui a été placée sur sa carapace. Va-t-elle survivre seule dans ce grand océan? Mathieu Coutant, codirecteur de l'aquarium, rassure: "Après l'avoir soignée, on l'a deshabituée à l'humain. C'est-à-dire qu'on ne se montrait pas. Lorsqu'on la nourrissait, on jetait la nourriture dans le bassin pour qu'elle la recherche. Alors bien sûr, elle va retrouver les courants, le vent. Mais l'instinct est très fort chez ce type d'animaux."

La tortue caouanne a été équipée d'une balise sur sa carapace. Cela va permettre de la suivre quelques mois, et de mieux comprendre le comportement méconnu des juvéniles de cette espèce. - Radio France
La tortue caouanne a été équipée d'une balise sur sa carapace. Cela va permettre de la suivre quelques mois, et de mieux comprendre le comportement méconnu des juvéniles de cette espèce. © Radio France - Julien Fleury

C'est un risque à prendre, ajoute Eléonore Méheust: "C'est un animal sauvage, donc le but ultime c'est de la relâcher en pleine forme, pour l'individu parce que c'est chouette de sauver un animal, mais aussi pour la conservation de l'espèce." Car les tortues caouannes sont protégées. Une espèce en danger, précise même Mathieu Coutant, codirecteur de l'aquarium rochelais: "Ce sont des animaux qui vivent vieux, mais avec une maturité sexuelle tardive. Donc ce sont les premiers animaux impactés par les pollutions." Horia est encore juvénile, elle n'a pas encore eu le temps de se reproduire, ce qui ne devrait pas intervenir avant de longues années. "On espère pouvoir la rencontrer dans quelques dizaines d'années de l'autre côté de l'Atlantique en train de pondre des oeufs et de régénérer l'espèce."

Premières victimes des pollutions

Pas sûr que la balise placée sur le dos d'Horia tienne jusque là. L'appareil devrait émettre au moins plusieurs mois, ce qui va permettre de tracer Horia dans ses pérégrinations. L'aquarium le fait avec chaque tortue recueillie, ce qui permet de rassembler des informations sur une période méconnue du développement de ces tortues. "Avant de poser les balises, on pensait que les tortues caouannes ne venaient nous voir qu'en été, et qu'elles ne pouvaient pas survivre sur nos côtes en hiver" décrit Eléonore Méheust. "Et en fait, plusieurs tortues restaient dans le sud du golfe de Gascogne en hiver. En fait, elles suivaient des tourbillons de petite échelle, et ça c'est des comportements typiquement alimentaires."