Climat – Environnement

Intempéries : l'enfer du rural

Par Hélène Battini, France Bleu RCFM mardi 29 novembre 2016 à 11:06 Mis à jour le mercredi 30 novembre 2016 à 10:48

Route départemente entre Sermanu et Bustanicu
Route départemente entre Sermanu et Bustanicu

Suite aux intempéries qui ont touché la Corse le 24 novembre 2016, les premières mesures d'urgence sont prises par l’État et les collectivités locales. Dans l'intérieur, les villages restent meurtris.

Des conséquences économiques dramatiques dans les villages

Dans la pieve de Vallerustie, l'effondrement du pont de Casaluna oblige les quelques trois cent habitants des cinq villages à de longs détours sur des routes très étroites, totalement impraticables pour les poids-lourds. Une situation qui a des conséquences économiques majeures pour plusieurs petites entreprises, notamment à San Lurenzu. D'autant que c'est la pleine saison pour les producteurs de la micro région, essentiellement axée sur la castanéiculture, la charcuterie, l'élevage porcin et bovin. Des dommages économiques qui se répercutent sur tous les fournisseurs et les transporteurs. Éric Faucon dirige une entreprise de salaison située à San Lurenzu et compte dix-neuf salariés.

« On ne peut plus réceptionner notre marchandise comme on devrait, on ne plus l’expédier non plus. Il faut des véhicules supplémentaires, du temps supplémentaires, cela peut se compliquer encore avec des aléas climatiques comme la neige…si tel était le cas on serait obligé d’envisager une réduction d’activité. »

Eric Faucon

Pieve di Vallerustie - Radio France
Pieve di Vallerustie © Radio France - Eliane Parigi

Jean-Michel Franceschetti est transporteur frigorifique, il ne sait pas comment il va pouvoir accéder à certains sites. Eliane Parigi l’a rencontré bloqué sur la route.

« Je cherche un accès pour pouvoir servir mon client, c’est une catastrophe…nous on a besoin de le servir et lui a besoin de sa marchandise pour pouvoir travailler. »

Jean-Michel Franceschetti

Florian Cantrel, est fournisseur de boyaux lui aussi ne parvient pas à se rendre chez ses clients.

« Nous sommes en pleine saison, ils ont besoin de nous pour les boyaux, et même l’aliment pour les cochons, et puis après leur transport, je ne sais pas comment ils vont faire. Le camion je ne sais pas comment il pourrait passer, c’est impossible. »

Florian Cantrel

Pieve di Vallerustie - Radio France
Pieve di Vallerustie © Radio France - Eliane Parigi

Philippe Vincensini, castanéiculteur à Lano, emploie dix personnes. Une semaine après les intempéries, les camions qui le livrent chaque semaine ne peuvent plus monter au village.

« Tout ce qui est pots, sucre, étiquettes, arrive par camion. Cela représente plusieurs centaines de tonnes. Il y a à peu près quatre camions qui montaient nous livrer par semaine, des transporteurs de Bastia, Biguglia, Borgo…Maintenant on doit se débrouiller par nous-même, sinon on sera obligé d’arrêter l’activité. »

Philippe Vincensini

Premières mesures d'urgence

État, région, département, chambre consulaire, l'ensemble des acteurs est mobilisé pour faire face aux suites de l'alerte rouge qui a frappé la Corse pour la première fois de son histoire, le 24 novembre dernier. Des intempéries qui ont d'abord des conséquences importantes sur le réseau routier : sur la RD80 et le Pont de Casaluna, le département étudie en urgence la possibilité d'utiliser des ponts mobiles pour rétablir la circulation au plus vite. Par ailleurs, la préfecture s'est engagée à tout mettre en œuvre pour accélérer les différentes procédures, notamment la reconnaissance d'état de catastrophe naturelle qui pourrait intervenir dans les 15 jours, soixante-quatre communes sont concernées. La Collectivité territoriale et la chambre de commerce, pensent à la mise en œuvre de divers dispositifs de soutien aux entreprises, certaines durement touchées par ces intempéries.

Le rural meurtri à nouveau

Du côté des communes concernées par les routes coupées, la vie est au ralentie ou presque, que ce soit dans la région de San Lurenzu, ou dans le Cap Corse. Là-bas l’eau, le téléphone et l’électricité sont rétablis de partout mais en ce qui concerne les routes cela sera plus long. A San Lurenzu, le pont du Casaluna a été emporté, entre Ferringule et Nonza la route est coupée. Les témoignages d’habitants.

La route départementale entre Sermanu et Bustanicu - Aucun(e)
La route départementale entre Sermanu et Bustanicu

« A San Lurenzu le plus c’est les transports scolaires, il y a un car qui part tous les matins avec treize ou quatorze gosses. Quand le temps va se gâter il va y avoir du verglas, ça va être dangereux d’un côté et de l’autre des deux déviations…ça les ferait partir à 6h15 / 6h30 et rentrer le soir à 19h15 / 19h30, fatiguant et dangereux. »

Un habitant de San Lurenzu

« A Cambia, pour aller faire nos courses, il faut descendre à Ponte-Leccia ou bien aller à Corte, pour aller à Corte on met plus d’une heure et presque autant pour aller à Ponte-Leccia, au lieu d’une demie heure, c’est plus du double »

Une habitante de Cambia

« A Nonza on a plus de commerçants qui passent, pour l’école il n’y a plus de ramassage, et puis si il y a une urgence, que ce soit à Nonza, Albo, Olcani, Ogliastro ou Canari, il n’y a aucun médecin qui peut passer ou infirmière ou ambulance… »

Un habitant de Nonza

La route départementale entre Bustanicu et Carticasi  - Aucun(e)
La route départementale entre Bustanicu et Carticasi

"Même le temps s'y met dans la désertification de l'intérieur"

A Santa-Lucia di Mercurio, le maire Paulu-Santu Parigi se sent abandonné. La commune a de nouveau été touchée par les intempéries, c'est la quatrième fois en vingt ans. Un coup dur alors que les aides financières pour la crue de 2014 ne sont toujours pas versées.

« La première crue était en 1994, la deuxième en 2008, la troisième en 2014 e cette fois ci en 2016…On est abandonnés, on a affaire même à de l’indifférence de la part de certaines collectivités, moi cette fois ci je pense que je ne ferai même pas de dossier puisque le dossier de 2014 n’est pas encore bouclé. L’état me doit une centaine de milliers d’euro…si les aides avaient été données je pense qu’il aurait eu beaucoup moins de dégâts. »

Paulu-Santu Parigi, maire de Santa-Lucia di Mercurio - Aucun(e)
Paulu-Santu Parigi, maire de Santa-Lucia di Mercurio - copie d'écran

Paulu-Santu Parigi, maire de Santa-Lucia di Mercurio

Mesures à long terme

Concernant les raisons de cette catastrophe, la préfecture assure que les quantités de pluie tombées étaient inédites dans l'île, mais elle reconnait aussi que l'urbanisme peut parfois être en cause. Alain Thirion, le préfet de la Haute Corse.

« On doit être capable de structurer la modélisation de la réalité de l’impact des inondations et en tenir compte sur l’ensemble des documents d’urbanisme. Ce travail est enclenché, il prend un peu de temps car technique et un peu compliqué. C’est le travail en court et qui va avoir des effets sur les secteurs de Ponte-Leccia et Lucciana, cela va nous conduire à créer des ouvrages publiques complémentaires qui doivent sécuriser davantage les différentes communes…mais construire des ouvrages publiques cela prend forcément un petit peu plus de temps. »

Alain Thirion, préfet de Haute-Corse

Partager sur :