Climat – Environnement

Journal d’un voyage dans la France des Terres australes : épisode 7, la communauté de l'île

Par Nathalie Grynszpan et Virginie Salanson, France Bleu Armorique, France Bleu Breizh Izel, France Bleu Pays de Savoie et France Bleu jeudi 17 septembre 2015 à 15:11

Manchots royaux, © Patrick Haon Dupré
Manchots royaux, © Patrick Haon Dupré

À l’occasion des 60 ans des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), Nathalie Grynszpan, journaliste à France Bleu Pays de Savoie, a embarqué le 3 septembre pour un mois sur le Marion-Dufresne. Récits de quelques jours sur l’île de la Possession, dans l’archipel de Crozet.

Photo de tête : Patrick Haon Dupré

L'objectif d'une rotation du Marion-Dufresne, c'est bien entendu d'approvisionner les trois bases des îles australes, c'est aussi d'assurer la relève des personnels.

Pour ce mois de septembre, ce sont les personnels militaires qui sont relevés et les chefs de districts que l'on appelle : "discro", pour Crozet, "disker" pour Kerguelen et donc "disams" pour Amsterdam en taafien courant. Cette langue est parlée uniquement par les Taafiens, peuple passager des ces terres reculées dont une des marottes est de réduire les termes à leur plus juste expression. Tout comme ces îles sont réduites à l'essentiel, cailloux volcaniques qui n'ont jamais été rattachés à aucune terre et dont les seuls habitants, tous nomades, manchots, albatros et autres pétrels, ne s'arrêtent ici que pour se reproduire. Tout le reste, chats, rats, pissenlits s'est installé et prospère depuis des décennies à cause des Taafiens et même des ancêtres des Taafiens, les baleiniers et les premières expéditions scientifiques.

Albatros en plein vol. - Aucun(e)
Albatros en plein vol.

Communauté disparate

Depuis les Taafiens modernes n'ont de cesse de débarrasser leurs cailloux de ces intrus et d'organiser leur propre existence dans la plus grande simplicité. Ainsi se crée une communauté dont les membres ont chacun au départ un rôle défini pour la durée de leur passage.

On peut les classer en trois groupes : les militaires qui assurent la logistique, les contractuels civils pour la maintenance, la cuisine etc... et les Volontaires du Service Civique, jeunes gens recrutés pour leurs connaissances en biologie notamment, souvent de niveau doctorat, et puis des chercheurs, des ingénieurs du CNES, de Météo France. Tout un monde disparate que le Chef de district aura à cœur de faire cohabiter pendant un an.

Avoir envie d'être au service des autres

La cohabitation, ici, commence par avoir envie d'être au service des autres. Chacun est supposé mettre la main à la pâte, "faire la petite marie" (l'origine taafienne de l'expression est douteuse, elle pourrait avoir été importée par les militaires voire les Réunionnais mais je n'ai pas de chercheur en taafien sous la main) c'est à dire mettre la table et desservir. Il paraît d'ailleurs, on se demande pourquoi, que les militaires ont parfois du mal à s'y mettre...

Le Marion Dufresne - Aucun(e)
Le Marion Dufresne

En tout cas, chacun découvre qu'il peut être utile à autre chose que ce pour quoi il est là : donner un coup de main à la cuisine, aider à bricoler un meuble, repeindre, décharger les conteneurs, participer aux opérations sécurité.

Sans doute cela explique pour une part l'émotion qui les étreint lorsque vient le moment de la séparation, du départ. Vivre ensemble a un sens. Les Taafiens se passent le mot, depuis maintenant 60 ans.

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