Climat – Environnement

Journal d’un voyage dans la France des Terres australes : épisode 4, la mer et ses bleus

Par Denis Souilla et Nathalie Grynszpan, France Bleu Armorique, France Bleu Breizh Izel et France Bleu Pays de Savoie mardi 8 septembre 2015 à 19:38

Toute l'équipe a fait escale sur Tromelin et a repris le large.
Toute l'équipe a fait escale sur Tromelin et a repris le large. - Florian Bailly

À l’occasion des 60 ans des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) qui seront fêtés à Chambéry (Savoie) en mars 2016, Nathalie Grynszpan, journaliste à France Bleu Pays de Savoie, embarque jusqu'au 4 octobre sur le Marion-Dufresne, le navire ravitailleur des îles subantarctiques.

Ardoise, outremer, encre de chine, cobalt, turquoise, je n'en finis de fouiller dans les couleurs pour tenter de capter chaque nuance des flots, du matin au soir, à l'étrave ou dans le sillage. Tout est nouveau pour moi dans ce voyage, depuis les sensations physiques du balancement permanent, aux sons du vent, des machines, des voix dans les coursives, les odeurs aussi qui se mêlent curieusement et rajoutent à la difficulté de trouver un semblant d'équilibre entre la nausée et le bien-être. Le mal de mer est la chose du monde la mieux partagée.

Un militaire de l'armée de l'air en partance pour l'île d'Amsterdam me montre ses bracelets à chaque poignet qui impriment une pression à l'intérieur sur un point d'acupuncture. "Jusque-là, tout va bien, mais la mer est calme ..."  Pour son premier embarquement, il redoute mais il espère aussi, "j'aimerais tant voir l'étrave s'enfoncer dans la houle et faire des vagues gigantesques". Nous en sommes tous là : le visage fripé, la démarche hésitante, le cœur au bord des lèvres mais pourvu que nous ayons la tempête !

L'océan (image d'illustration) - Aucun(e)
L'océan (image d'illustration) - pattyjansen

Être novice, c'est aussi oser s'aventurer dans le saint des saints : la passerelle, la timonerie, bref la salle de commandement. Je n'avais retenu qu'une chose : on ne dit pas _"mon commandant" mais "commandant" dans la marine. Ainsi pourvue de ce viatique, je pouvais au moins saluer le commandant Marjack et puis ouvrir grands les yeux et les oreilles. J'apprends à regarder au loin la houle qui vient sur nous du Sud. Elle vient du Sud parce que la dépression est au Sud. Sur la carte météo, les couleurs indiquent les zones de dépression. Nous sommes dans du bleu, "un lac bleu !" s'exclame rassuré le militaire de l'armée de l'air. Mais l'officier pointe plus bas une tâche violette : "le violet, c'est des creux de 12 mètres, c'est pas bon ...mais ça peut changer"._

Et puis je tente de donner un rythme à ces journées de traversée car nous avons encore quatre jours de mer avant Crozet. Dès le café avalé à 7 heures du matin, je file dans la salle du "PC sciences", vaste espace lumineux où je peux écouter mes enregistrements. Au bout d'une grosse heure, les yeux tirent, la tête s'alourdit. Il est de temps de sortir sur les coursives, observer les hommes d'équipage au travail, sentir combien je suis une bleue dans le grand bleu.

A loin le Marion-Dufresne, depuis l'île Tromelin. - Aucun(e)
A loin le Marion-Dufresne, depuis l'île Tromelin. - Florian Bailly

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Les Terres australes et antarctiques françaises 

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