Climat – Environnement

La France s'agrandit de 500 000 km² au large des Dom-Tom

Par Jules de Kiss, France Bleu mardi 29 septembre 2015 à 23:43

Les territoires français qui ont ou vont peut-être étendre leur domaine maritime
Les territoires français qui ont ou vont peut-être étendre leur domaine maritime © Radio France - Ifremer / Géosciences Marines / Extraplac

La France est plus grande depuis lundi. Elle a étendu son domaine maritime de 500 000 km², soit peu ou prou la superficie de la métropole. Elle gagne des fonds marins et leur sous-sol au large de la Guadeloupe et de la Martinique, de la Nouvelle-Calédonie, de la Guyane et des Iles Kerguelen.

Ce n'est pas grâce à cette conquête que la France dépassera les Etats-Unis, elle reste le deuxième domaine maritime au monde avec plus de dix millions de kilomètres carrés, mais ce domaine s'agrandit, de 5% environ depuis lundi. Certains diront que c'est un confetti, mais un confetti de la taille de la France métropolitaine, quand même.

Pas d'extension des zones économiques exclusives

Cet agrandissement serait moins anodin s'il permettait à la France d'étendre ses Zones économiques exclusives (ZEE), très intéressantes pour un Etat, mais ce n'est pas le cas. La France ne gagne pas de zones de pêche, celles-ci restent cantonnées à 200 milles des côtes. Le domaine maritime, qui coïncide normalement avec ces ZEE, ne concerne que le sol et le sous-sol. Il peut aller au-delà de ces limites selon certains critères géologiques. Il faut prouver auprès de la Commission des limites du plateau continental de l'ONU qu'un territoire se prolonge naturellement sous les eaux. La France a déposé onze dossiers ces dernières années, quatre viennent d'être validés. Si les autres le sont aussi, la France pourrait à nouveau gagner "au moins un million de kilomètres carrés" selon Benoît Loubrieu de l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER).

Quel intérêt pour la France ?

Si la France ne peut pas exploiter ses nouvelles eaux, alors quel intérêt ? "Il est d'abord politique" répond Benoît Loubrieu. Cela permet à la France de se montrer "active" auprès de la commission de l'ONU. Mais en dehors de cette posture, difficile de trouver des retombées concrètes à cette extension. 

"Ces plateaux sous-marins n'ont pour la plupart jamais été explorés"

On pourrait s'imaginer exploiter le sous-sol. Il contient peut-être des richesses : hydrocarbures, minerais ? "On n'en sait rien" rétorque le spécialiste de l'IFREMER. "Ces plateaux sous-marins n'ont pour la plupart jamais été explorés" précise-t-il. On ne sait pas à quoi ils ressemblent ni ce qu'ils contiennent. Ils se situent à quatre ou cinq kilomètres de la surface, ce sont des plaines abyssales. Et quand bien même on y trouverait quelque chose, il serait bien difficile de l'exploiter : "A de telles profondeurs, extraire des ressources est très coûteux, les technologies nécessaires n'existent pas encore" tranche Benoît Loubrieu. C'est donc un pari sur l'avenir que fait la France, car dans l'immédiat il ne lui rapporte pas grand chose.