Climat – Environnement

La loi Littoral en danger ?

Par Hélène Battini, Marion Galland et Olivier Castel, France Bleu RCFM et France Bleu mercredi 25 janvier 2017 à 9:20

Plage Corse
Plage Corse © Maxppp - maxppp

Deux amendements au projet de loi sur l’adaptation des littoraux au changement climatique menaceraient la loi Littoral. Une pétition en ligne réunit déjà 15.000 signatures, militants écologistes et personnalités, pour que ces amendements ne soient pas adoptés par l’Assemblée nationale le 31 janvier.

Ce sont deux petits amendements au milieu d'une proposition de loi qui ont fait bondir plusieurs associations écologistes, mais également des personnalités comme Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot ou encore des anciens membres du conservatoire du littoral. Ce projet de loi sur l'adaptation des territoires littoraux au changement climatique doit être examiné ce jeudi au Sénat, puis le 31 janvier, devant l'Assemblée nationale. Les députés vont donc devoir se prononcer entre autres sur quelques modifications apportées à la loi Littoral, qui inquiètent à tel point qu'une pétition a été mise en ligne sur internet. Ses signataires estiment que la loi est en danger. Faux, selon les auteurs du projet de loi. « C'est un amendement modeste qui ne viendrait en rien dénaturer la loi Littoral » se défend le sénateur Philippe Bas, auteur de l'une des propositions. Pour lui, il est juste question de mettre un terme à ce que l'on appelle les dents creuses.

« C’est n’importe quoi, je suis élu du département qui a le littoral le plus long de l’hexagone, la manche. Des espaces naturels très beaux, une richesse qu’il faut préserver. Il y a des gens qui ne lisent pas les textes votés par le parlement et ont des postures de crispation, ils protestent avant d’avoir regardé. Si on est objectif, on constate que ça ne permet nullement la moindre urbanisation. Il s’agit choses concrètes et pratiques attendues de la part de maire te de familles qui veulent construire dans des conditions qui ne menacent pas l’environnement. »

"Ne touchez pas à la loi Littoral"

Mais la chose n'est pas vue aussi simplement par tout le monde, d'autant que d'autre modifications sont prévues telles qu'une dérogation au principe d'urbanisation dans la continuité. Pour Jean Laurent Felizia, conseiller municipal du Lavandou et auteur de la pétition « ne touchez pas à la loi Littoral », il s'agit avant tout de clientélisme.

« En lisant ces amendements ce qui m’a de suite sauté aux yeux c’est que les sénateurs proposent des dérogations au principe de l’urbanisation en continuité et qu’on allait être favorable à la densification des hameaux, à un étalement urbain même sur des petits villages qui n’étaient pas aujourd’hui impactés. On parle d’autorisation de construction liée à des activités agricoles, forestières ou marine, mais c’est ouvrir une boîte de pandore. Cette loi Littoral mérite de vivre encore longtemps, aménager la loi littorale serait un contre-sens à l’histoire climatique ».

Plusieurs associations dont « U levante » ont donc décidé de se mobiliser pour que les amendements ne soient pas adoptés par l'Assemblée nationale et de relayer la pétition lancée sur le net par le conseiller municipal du Lavandou. Elle recueille pour l’heure 15.000 signatures, dont celles de militants et d’anciens responsables de la conservation du littoral.

Annabelle Jaeger est consultante Environnement - Biodiversité au Conseil économique Social et Environnemental. Si elle ne peut pas agir directement, elle en appelle à ne pas céder aux pressions.

« Des gens s’installent sur le littoral, font des pressions très fortes auprès des élus locaux pour s’installer ou développer des activités économiques. C’est très régulièrement qu’au sénat ou à l’assemblée nationale des parlementaires profitent de certaines lois qui touchent à l’aménagement du territoire pour essayer d’ouvrir des brèches. Il serait pertinent que le conseil économique s’empare de ce genre de question. Ca va vite passer à l’assemblée nationale la semaine prochaine, cette loi littorale ne soit pas être touchée si on ne veut pas ressembler aux côtes espagnoles où on a des kilomètres de logements vides sur un littoral abîmé »