Climat – Environnement

La sécheresse menace les agriculteurs dans les Alpes-Maritimes

Par Lisa Melia, France Bleu Azur mercredi 10 août 2016 à 6:00

La sécheresse se fait sentir sur la Cagnes
La sécheresse se fait sentir sur la Cagnes © Maxppp - Christian Watier

La sécheresse commence à poser problème dans les Alpes-Maritimes. Les débits des cours d'eau du département sont sensiblement plus bas. Comme souvent, les premiers à souffrir sont les agriculteurs.

« S’il ne pleut pas d’ici la fin du mois d’août, je serais obligé de mettre la clef sous la porte. » Luc Bourillon est inquiet, mais aussi furieux. Depuis plus d’un mois, il ne parvient presque plus à irriguer ses légumes. Normalement, il arrose entre cinq et six heures par jour, « sans nuire à la Cagnes », précise-t-il. Désormais, au bout de 90 minutes, sa pompe est à sec.

Luc Bourillon est installé au Val de Cagnes. Comme lui, ses voisins subissent une importante pénurie d’eau. La faute à la sécheresse, la préfecture a d'ailleurs lancé une alerte vigilance, elle demande aux habitants des Alpes-Maritimes de ne pas utiliser plus d’eau que nécessaire, d’éviter d’arroser les jardins toute la journée ou de remplir les piscines. Depuis le début de l’été, il est tombé 35% moins de pluie par rapport aux précédentes années.

Les légumes manquent d’eau

Ce caprice du ciel n’est pas le seul coupable, aux yeux de Luc Bourillon. Il accuse aussi une station de pompage, située sur Vence, qui aurait consommé plus d’eau que d’habitude suite à de grosses chaleurs, fin juin. Résultat : le niveau des nappes phréatiques est bien plus bas que la normale et elles ont bien du mal à se remplir. « Salades broyées, haricots verts broyés, énumère le paysan. Sur 10 000 poivrons et aubergines, nous en avons perdu 5 000. Les radis ne sortent pas. Les carottes ne valent rien. A ce rythme-là, je ne vais pas semer de nouveau tant qu’il ne pleuvra pas. J’y perdrais trop d’argent. »

Luc Bourillon se sent impuissant, face à cette sécheresse, mais aussi abandonné par les élus. Il leur reproche de ne pas se mobiliser, alors qu’une solution est possible selon lui : dans la vallée, sur la commune de Lagode, un forage descend à 35 mètres, inutilisé depuis plus de 20 ans. « Il a de l’eau à profusion, affirme l’agriculteur. Il y en aurait assez pour nous et toute la vallée, mais nous n’avons pas le droit de l’utiliser. Les élus nous jurent qu’il font ce qu’ils peuvent… mais en attendant, les légumes crèvent. »

Changer l’irrigation

Un peu plus bas dans la vallée, à Villeneuve-Loubet, Fabrice Leroy touche du bois. Lui est épargné, pour l’instant, par les soucis de pénuries d'eau. La raison ? Un peu de chance, mais aussi un système d’irrigation dit raisonné. « Je suis installé en bio depuis 2010 et dès le début, j’ai installé du goutte-à-goutte et de la micro-aspersion dans mes cultures. C’est plus cher à l’achat, mais je m’y retrouve quand même. Je consomme entre deux et cinq fois moins d’eau qu’avec un système classique. Et puis, étant en bio, il y a aussi des considérations écologiques. »

Fabrice a réussi à convertir Luc, qui a installé du goutte-à-goutte sur certains de ces plants de légumes. Mais pour transformer intégralement son installation, Luc a besoin de temps. Or, s’il ne pleut pas, ni lui, ni ses légumes ne verront la fin de l’été.