Climat – Environnement

Le climat, l'invité qui dérange au Salon de l'Agriculture

Par Marina Cabiten, France Bleu mercredi 25 février 2015 à 11:29

Le Salon de l'Agriculture, qui se tient jusqu'au 1er mars à Paris, a pour thème cette année "l'agriculture en mouvement", notamment selon les organisateurs "qui préserve l'environnement". Alors que se tiendra fin 2015 à Paris la conférence mondiale sur le climat COP21, le poids de ce vieux dilemme pèse lourd sur cette édition : agriculture et écologie sont-ils compatibles ?

"Il ne faut pas opposer environnement et agriculture" a déclaré lundi le Premier ministre lors de sa visite du Salon de l'Agriculture. Même son de cloche la veille de la part de François Hollande, qui a insisté sur l'enjeu du réchauffement climatique pour les agriculteurs, alors que Paris doit accueillir à la fin de l'année la conférence des Nations unies sur le climat COP21.

Mais dans les allées du Salon, veillant aux côtés de leurs bêtes ou vendant leurs produits, les principaux intéressés sont souvent mal à l'aise sur cette question de l'environnement.

"On sent bien que tout le monde ne joue pas dans la même cour" 

L'agriculture représente 20% des émissions de gaz à effet de serre en France selon le dernier rapport du Conseil général de l'alimentation et de l'agriculture (CGAAER), avec d'une part les émissions liées aux produits chimiques, et d'autre part les émissions des ruminants .

Au Salon, les exposants se renvoient la balle. "On pollue pas beaucoup" affirme Charles, éleveur de vaches et brebis laitières dans les Pyrénées-Atlantiques. Mais il dit avoir de gros pollueurs à côté de lui. "Nous, nous sommes une petite exploitation dans la montagne. Mais en bas, dans les plaines, ce sont des grosses exploitations qui ne pensent qu'au rendement . Ils utilisent du maïs, des traitements, ils ne sont vraiment pas écologiques. Et ici, au Salon, on retrouve ces différences, on voit des agriculteurs qui ont des champs de 200 hectares alors que notre plus grand champ fait un hectare. Eux, ils mettent des engrais partout. C'est clair qu'on produit différemment et pas avec les mêmes objectifs" .

Un peu plus loin, un gros exploitant de vaches affirment que "ce sont les petites exploitations qui polluent le plus, car pour compenser leur taille elles utilisent beaucoup de produits pour booster leur production"

La rentabilité est au coeur de ce débat sur l'agriculture et l'environnement. Jean-Pierre, éleveur de vaches Salers dans le Cantal, estime cependant que la profession a évolué ces dernières années : "Les agriculteurs ont pris conscience qu'épuiser les terres n'est pas bon, et que sur le long terme il faut être responsable pour rester rentable" .    

Dr Jekyll et Mr Hide ? 

Pavillon après pavillon, l'amour de l'environnement s'affiche partout cette année au Salon de l'Agriculture avec des stands dédiés, des conférences, des ateliers pédagogiques pour les enfants. En coulisse, c'est plus tendu. Plusieurs paradoxes sont montrés du doigt.

"Lidl et MacDo sont les stars des exposants. La grande distribution, vous croyez vraiment qu'elle se soucie du climat ?" ironise un producteur de fromages basques. "La mode est aux circuits courts et au bio parce que les consommateurs aiment l'idée, mais la réalité c'est que de plus en plus d'agriculteurs sont tentés par les fermes usines , et que le gouvernement soutient ce type d'initiative" . Cet autre constat vient d'un membre de la Confédération paysanne, qui s'est récemment battue contre la Ferme des 1.000 vaches, dans la Somme.  

D'autres, comme c'est le cas depuis des années maintenant, reviennent sur les nombreuses réglementations qui "étouffent" les agriculteurs selon Louis, éleveur de moutons. "Il y a beaucoup trop de règles qui ne servent à rien. Les gens qui les créent ne sont pas sur le terrain, et moi qui suis dans ce métier depuis 50 ans, je ne comprends pas que les jeunes qui se lancent dans ce métier difficile acceptent autant de contraintes, qui n'ont en plus pas fait leurs preuves pour l'écologie" .

Le gouvernement a répété à l'occasion du Salon sa promesse à la FNSEA d'alléger les contraintes environnementales. Il a aussi envoyé un message positif aux partisans des OGM en affirmant vouloir soutenir la recherche publique sur les biotechnologies. "C'est sûr qu'il y a une hypocrisie avec les OGM" estime Charles, l'éleveur des Pyrénées-Atlantiques. "Les agriculteurs français ne peuvent pas cultiver d'OGM, mais ils ont le droit d'en importer depuis les pays comme le Brésil"

Hypocrisie peut-être, schizophrénie sûrement. François Hollande l'a dit, l'agriculture doit "nourrir la planète" et "lutter contre le réchauffement climatique" . Plus de productivité mais moins d'impact sur l'environnement, l'équation insoluble ?