Climat – Environnement

Le glyphosate divise la France, la Côte-d'Or ne fait pas exception

Par Thomas Nougaillon, France Bleu Bourgogne lundi 25 septembre 2017 à 17:16

Le Roundup est l'un des noms commerciaux du glyphosate
Le Roundup est l'un des noms commerciaux du glyphosate © Maxppp - DR

Ce lundi Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a annoncé que le glyphosate sera interdit en France "d'ici la fin du quinquennat". Il est ensuite revenu sur ses déclarations. En Côte-d'Or également cet herbicide sème le trouble.

Cet herbicide classé cancérogène par l'OMS en 2015 est un sujet très sensible. Ce lundi, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a annoncé que le glyphosate serait interdit dans l'agriculture d'ici 2022 avant de rectifier lui-même ses propos. Pour les agriculteurs de la FNSEA, se passer de cet herbicide, le plus vendu au Monde est impossible. Cela créerait selon eux une forme de concurrence déloyale au niveau des importations puisque les autres pays vont continuer à l'utiliser et à vendre leurs productions en France.

Jacques de Loisy responsable “production végétale” à la FDSEA de Côte-d'Or - Radio France
Jacques de Loisy responsable “production végétale” à la FDSEA de Côte-d'Or © Radio France - Thomas Nougaillon

"Si on retire le glyphosate les agriculteurs perdront 70 euros de gain de compétitivité à l'hectare" selon Jacques de Loisy

Jacques de Loisy est responsable production végétale à la FDSEA de Côte-d'Or. Il tempère les ardeurs au sujet du glyphosate. Selon lui en France l'usage qui est fait de ce produit est un usage "raisonné". On ne traite pas les cultures, juste les repousses ou les mauvaises herbes avant ou après les moissons. Par ailleurs le glyphosate permet aux agriculteurs de faire de sacrées économies. Puisqu'il évite notamment de passer plusieurs fois sur une parcelle avec des engins pour désherber ce qui peut coûter cher. "En général on traite tôt le matin pour profiter d'une bonne humidité ce qui nous permet de diminuer les doses."

"Si on nous retire ce produit -prévient Jacques de Loisy- ce serait grosso modo 70 euros de gain de compétitivité à l'hectare sur la ferme France qui serait perdu". Jacques de Loisy, lui-même céréalier, exploite 200 ha sur les communes de Hauteville-lès-Dijon, Daix et Ahuy, il dénonce "un combat d'idéologie". D'ailleurs, ajoute t-il, "aucune organisation française ou européenne de santé ne l'a classé comme particulièrement nocif".

Jacques de Loisy

Charles-Henri François, agriculteur bio à Brochon à quelques kilomètres au Sud de Dijon - Radio France
Charles-Henri François, agriculteur bio à Brochon à quelques kilomètres au Sud de Dijon © Radio France - Thomas Nougaillon

Sa vie sans glyphosate

Pourtant, pour Charles-Henri François, 34 ans, agriculteur bio à Brochon au Sud de Dijon on peut se passer de glyphosate dans l'agriculture. "Il suffit de travailler avec des outils qui vont plus profondément dans les sols, de labourer en plein été quand les sols sont bien secs. C'est sûr que cela implique un boulot supplémentaire. Mais ce boulot permet que les vers de terre et toute la faune qui est dans les sols ne morflent pas". Charles-Henri exploite des céréales : blé, seigle, petit épeautre, lentilles, soja et luzerne. Il produit de la farine qu'il vend sur son exploitation ou à des boulangers, des restaurateurs et des magasins spécialisés.

Charles-Henri François

La farine bio de Charles-Henri François - Radio France
La farine bio de Charles-Henri François © Radio France - Thomas Nougaillon

Du côté des consommateurs, il n'y a pas photo, le glyphosate et les produits phytosanitaires en général: on n'aime pas ça. "Cela devrait déjà être interdit depuis longtemps, si c'est pour empoisonner tout le monde c'est pas la peine" nous dit ce monsieur. Tandis que cette jeune femme poursuit : "non seulement mes légumes sont bio, mais en plus maintenant je n'achète plus qu'à des producteurs locaux. Je trouve qu'il y a de plus en plus de cancers donc il faut vraiment faire gaffe quoi".

Qu'en pensent les consommateurs Dijonnais?

L'avenir du glyphosate se jouera à Bruxelles

Une polémique qui resurgit alors que l'Europe doit décider avant la fin de l'année de l'avenir du glyphosate, longtemps connu à travers le "Roundup", produit par la firme américaine Monsanto. Vendredi 22 septembre 2017, déjà, les agriculteurs de la FNSEA avaient montré les muscles contre l'interdiction du glyphosate : ils étaient 250 à bloquer les Champs-Élysées une partie de la matinée. Une action spectaculaire qui avait conduit Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, à descendre en personne dans la rue pour discuter avec eux. Le même jour, ils étaient une quarantaine à l'appel de la FDSEA et des JA, place de la République à Dijon, tôt le matin, pour expliquer leur détresse aux consommateurs.