Climat – Environnement

Le sud de la France de plus en plus confronté à des épisodes météo extrêmes

Par Laurent Vareille, France Bleu Azur, France Bleu Gard Lozère, France Bleu Hérault, France Bleu Provence, France Bleu Roussillon et France Bleu lundi 20 juin 2016 à 17:59

Tempête à Nice en mai 2010
Tempête à Nice en mai 2010 © Maxppp -

On connaît tous la phrase "il n'y a plus de saison", mais cette quasi litanie se fonde-t-elle sur une réalité scientifique ? Peut-on, sur le pourtour méditerranéen, véritablement affirmer que le dérèglement climatique y est pour quelque chose ? Réponse avec des scientifiques.

Avec un mois de juin aux températures plus froides, une pluviométrie plus forte et des nuages bas cachant le soleil, l'Azuréen affirme alors sans état d'âme qu'il n'y a plus de saison et que c'est à cause du réchauffement climatique.

La réalité est plus complexe. "De tous temps nous avons constaté des étés plus frais, des automnes plus humides ou des printemps plus chauds; on appelle ça la variabilité climatique" explique Alix Roumagnac, de la société Prédict, filiale de Météo France.

"Cette variabilité ne peut pas s'expliquer par le réchauffement de la terre. En revanche, les épisodes brutaux et anormaux constatés dans la région méditerranéenne - orages, tempêtes, grêle ou vent - sont eux bien issus d'un dérèglement météorologique avéré."

Ce spécialiste des phénomènes anormaux lâche donc le mot : dérèglement !

Les méduses, marqueurs climatiques

Nous avons donc décidé à France Bleu de vérifier si on peut parler de dérèglement climatique pour la zone méditerranéenne. En parler scientifiquement.

Direction le Musée Océanographique de Monaco et son attaché scientifique, Jacqueline Goy. Dans les années 80, elle a eu l'idée d'étudier les méduses comme marqueur climatique.

Avec l'aide des archives du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, du British Museum et l'aide du laboratoire marin de Villefranche-sur-Mer, elle a donc retracé une chronologie des apparitions des méduses sur la Côte d'Azur.

La chronologie remonte à 1775 et fait apparaître, sur plus de 200 ans, une régularité des arrivées de madame Pelagia tous les 12 ans. Mais en 1999, tout s'écroule !

Réchauffement de la Méditerranée

La régularité n'est plus au rendez-vous, les méduses sont là chaque année, à des moments différents. C'est le dérèglement ! "C'est au même moment que la communauté scientifique internationale a parlé de réchauffement de la Méditerranée, explique Jacqueline Goy.

"Nous avions donc une affirmation et sa traduction et preuve avec un marqueur scientifique, en l’occurrence les méduses. Ces dernières nous disaient donc que la mer Méditerranée s'était réchauffée".

Des épisodes tempétueux de plus en plus fréquents

Fort de ce constat, nous somme revenus chez les météorologues. "C'est une certitude dorénavant, la Méditerranée a au moins pris un degré de plus et les conséquences sur la météo sont considérables" assène Alix Roumagnac.

"Cette élévation de la température, nous en mesurons les conséquences depuis 10 ans. Elle s'exprime dans le bassin méditerranéen par l'apparition d'épisodes météorologiques extrêmes : tempête en novembre 2009, pluie intense en décembre 2011, inondations en octobre 2015..."

Le spécialiste affirme également que ces phénomènes anormaux et brutaux sont de plus en plus fréquents et que ce sont eux qui nous donne l'impression d'un dérèglement des saisons.

Les "medicanes"

Il faudra désormais vivre avec et ils toucheront l'ensemble du sud de la France et plus seulement quelques territoires, comme traditionnellement les Cévennes. Metéo France a même inventé un nom pour les définir : les medicanes, contraction de "Méditerranée" et de "hurricane", qui signifie "ouragan" en anglais.