Climat – Environnement

Les buis de Côte-d'Or dévorés par des chenilles

Par Jacky Page, France Bleu Bourgogne mardi 29 août 2017 à 22:16

Stéphane Puissant, entomologiste au Jardin des Sciences à Dijon, montre des buis défoliés par les chenilles, mais qui peuvent reverdir.
Stéphane Puissant, entomologiste au Jardin des Sciences à Dijon, montre des buis défoliés par les chenilles, mais qui peuvent reverdir. © Radio France - Jacky Page

La pyrale du buis poursuit son invasion en France. Ce papillon venu d'Asie du Sud-Est est désormais présent dans 86 départements. Dont la Saône-et-Loire, et depuis 2013 la Côte-d'Or où cette année il a fait des ravages dans les espaces naturels, les parcs et jardins.

Papillon blanc ou brun, la pyrale a une particularité : sa petite chenille verte très vorace ne se nourrit que de buis. Problème : avec un millier d'œufs par femelle, et trois générations par an, les buis sont en péril.

Dans les allées du jardin botanique de l’Arquebuse à Dijon, les haies basses de buis qui délimitent les parterres ont un bien triste aspect. Les chenilles sont passées par là. Mais en y regardant de plus près, on voit poindre ici et là des feuilles bien vertes. Car les jardiniers ont réagi. En pulvérisant une solution contenant une bactérie qui tue les chenilles, en capturant les papillons avec des pièges à phéromones, ou en utilisant un autre insecte.

Des bataillons de petites guêpes à l'assaut des œufs de pyrales

«On place des petites plaquettes au cœur du buis, qui contiennent 5.000 micro-guêpes, qui vont sortir pour aller pondre dans les œufs de la pyrale. Les larves de guêpes vont alors consommer les œufs », explique Stéphane Puissant, entomologiste à la Ville de Dijon. Mais pour lui, pas question de placer, comme le font certains, des bassines d’eau savonneuses pour piéger les papillons : «Ça va piéger toute la faune des pollinisateurs. Ça peut faire beaucoup plus de mal que de bien ».

Il a remarqué au Jardin des Sciences que ces chenilles avaient des prédateurs. Comme les mésanges qui nourrissent ainsi leurs oisillons, des moineaux, des corneilles, qui découvrent une proie jusqu’ici inconnue. Également friand de chenilles de pyrales, le frelon asiatique, autre espèce invasive, qui retrouve ici l’un de ses mets de prédilection dans sa région d’origine.

L' espoir de voir reverdir les vieux buis du château d'Arcelot

Au château d’Arcelot, les vieilles haies de buis, taillées depuis des générations, dont un pied bicentenaire, ont été ravagées cette année. Le propriétaire, Antoine de Loisy, par ailleurs délégué régional de la Demeure Historique, association des monuments historiques privés, s’est fait surprendre par l’invasion de pyrales. Mais pas question pour lui de laisser une seconde génération de chenilles finir le travail de la première. Il se tient prêt à traiter, avec les fameuses petites guêpes, ou bien une espèce de vers parasites, préférables dit-il à un traitement chimique, car au moins les guêpes vont partout dans les buissons, contrairement à une pulvérisation.

Au château d'Arcelot, Antoine de Loisy devant un buis bicentenaire qu'il a vu dépérir - Radio France
Au château d'Arcelot, Antoine de Loisy devant un buis bicentenaire qu'il a vu dépérir © Radio France - Jacky Page

Les buis ont de la ressource. «S’ils ont subi leur première attaque, et leur première destruction, il est déconseillé de les couper tout de suite, parce qu’ils peuvent repartir même avec deux mois de décalage, car les buis ont énormément de racines, et donc une réserve qui leur donne une capacité de redémarrer importante ». Pour les y aider, il préconise de les rabattre fortement, de la moitié ou des deux tiers.

Un risque d'incendie accru dans les espaces naturels

Si dans les parcs et jardins, la vigilance des jardiniers et les traitements bio permettent de limiter les dégâts, dans les espaces naturels, les buis sauvages payent un très lourd tribut à cette invasion, au risque d'accroître les risques d'incendie. Maxime Cartier est chargé de mission à la FREDON, la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles. Il fait remarquer à juste titre qu’il serait très onéreux de traiter les espaces naturels, compte-tenu de leur superficie. Des zones sont totalement défoliées par la pyrale, ce qui n’est pas sans risque. « Du moment qu’on accroît la masse végétale sèche dans un secteur, on augmente le risque d’incendie ».

Blanc ou brun, comme ici, le papillon de la pyrale du buis peut pondre un millier d'œufs - Radio France
Blanc ou brun, comme ici, le papillon de la pyrale du buis peut pondre un millier d'œufs © Radio France - Jacky Page

La vigilance reste de mise pour sauver les buis, car ce papillon est décidément très prolifique. Maxime Cartier met en garde : « En général on est sur trois générations de chenilles. Mais si on a des mois de septembre et octobre convenables pour le papillon, il est possible qu’on ait comme dans certaines régions quatre cycles ».