Climat – Environnement

Les collectifs anti-gaz de couche réunis en Moselle

Par Julie Seniura, France Bleu Lorraine Nord vendredi 19 août 2016 à 18:06

Les collectifs anti-gaz de couche se réunissent dans la salle polyvalente de Volmerange-les-Boulay (Moselle).
Les collectifs anti-gaz de couche se réunissent dans la salle polyvalente de Volmerange-les-Boulay (Moselle). © Radio France - Julie Seniura

Trois jours de débats sur les gaz de couche ont lieu à Volmerange-les-Boulay. Les collectifs qui luttent, aux quatre coins de la France, contre les projets de forage, se réunissent pour échanger leurs points de vue et proposer des alternatives à ces énergies, dont l'extraction fait polémique.

Il y a cinq ans, en 2011, on avait beaucoup parlé du gaz de schiste. Après des mois de débats, la loi a finalement interdit la fracturation hydraulique, seule manière d’extraire les gaz de schiste du sous-sol... Le débat était clos.

Mais depuis deux ans, on parle désormais d'exploiter le gaz de couche : ce gaz emprisonné dans de petites poches dans les couches de charbon. La Française de l'Energie, anciennement appelée EGL, aurait 200 projets de forages en Moselle, dont quinze sont imminents : les premiers carottages pourraient commencer début 2017.

Vers un retour en arrière ?

Marieke Stein habite Longeville-les-Saint-Avold, elle est persuadée que la loi sur la fracturation hydraulique va revenir en arrière, pour permettre in fine aux industries d’exploiter le gaz de couche du sous-sol mosellan.

« C’est bien pour ça qu’en dix ans, la société EGL a déjà foré, mais n’a pas encore produit. Or il n’y a aucune loi qui interdise de produire ! Donc si le gaz de couche était vraiment commercialisable sans fracturation hydraulique, ça serait déjà fait. »

Stop au gaz de couche - Radio France
Stop au gaz de couche © Radio France - Julie Seniura

Christine Poilly, elle, vient du Nord-Pas-de-Calais, ancienne terre minière, comme la Lorraine... Elle accuse les industriels d’avancer à visage masqué.

« Les permis ont été distribués à Avion (près de Lens, ndlr) et Divion (près de Béthune, ndlr), sans aucune information de la population, aucune ! Et quand un projet est caché, on se dit qu’il ne doit pas être très bon… Parce que les politiques ont un bon projet, ils en font force publicité ! »

Les politiques, qui commencent à soutenir ouvertement les projets de forage et d’exploitation du gaz de couche. Jean-Marc Sérékian, médecin tourangeau, le dénonce dans un livre : Gaz de schiste, le choix du pire.

« Il y a un marché, qu’on appelle le para-pétrolier, qui fait que plus le gaz est difficile à extraire, plus c’est difficile à forer, plus c’est une bonne affaire pour les industriels. Il y a de tels intérêts en jeu, que les politiques ne demandent que ça, et autorisent l’exploitation des sous-sols. »

Nuisances pour les riverains

En Moselle, le collectif Apel 57 s’est constitué pour, justement, contrer l’exploitation du gaz de couche dans l’ancien bassin minier. Nous avions reçu une de ses porte-parole, Audrey Cordi, en décembre 2015 sur France Bleu Lorraine.

Marieke Stein, elle aussi, est membre du collectif Apel 57 : Association pour la Préservation de l'Environnement Local. Elle habite à Longeville-les-Saint-Avold. Selon elle, au-delà de l'impact sur l'environnement, l'extraction du gaz de couche aura de graves nuisances pour les habitants.

Marieke Stein, membre du collectif mosellan Apel 57

« Pour le seul exemple du forage de Longeville et Zimming, les premières maisons, à Boucheporn, sont à moins de 300 mètres. Moins de 250 mètres de Lachambre-Gare. Et quand on a une foreuse de 36 mètres de haut, qui fait 96 décibels, avec un va-et-vient de camions… et bien ça dérange. L’impact sur les paysages, la vie, la circulation, est énorme à partir du moment où on entre dans une phase d’exploitation commerciale. »

Pourtant, on pourrait penser que l’exploitation du gaz de couche pourrait relancer l’économie du bassin minier lorrain, douze ans après la fermeture de la dernière mine de charbon de Lorraine, celle de la Houve à Creutzwald, en 2004… Mais Marieke Stein affirme que c’est de la poudre aux yeux.

« Des calculs ont été faits aux Etats-Unis : c’est maximum deux personnes par plateforme. Tout est informatisé, le gaz passe dans des compresseurs, puis des pipe-lines… Ca n’est pas de l’emploi, ça n’est pas le renouveau du bassin minier. On est vraiment les dindons de la farce, et considérés comme tels par ces sociétés gazières qui savent très bien qu’il n’y aura pas d’emploi, ou peu. »

Alternative écologique ?

Sur son site internet, la Française de l'Energie affirme que ses projets en Lorraine sont une excellente alternative au gaz qu'on fait venir de l'étranger, et que l’extraction du gaz de couche en Moselle est bien plus écologique, en raison de sa faible empreinte carbone.

Projet climaticide... - Radio France
Projet climaticide... © Radio France - Julie Seniura

Si vous voulez vous faire votre propre idée, rendez-vous donc à la salle polyvalente de Volmerange-les-Boulay, où des conférences-débats ont lieu tout le week-end du 18 au 20 août 2016. Le programme est à consulter ici.

Il y a aussi des ateliers pratiques : économiser de l'énergie chez soi, fabriquer une petite éolienne individuelle... et une cantine à prix libres (chacun paye ce qu'il veut), avec des produits bio et locaux.

NB : le gaz de couche, comme le gaz de schiste, est présent dans les sous-sols, emprisonné dans de petites poches, à l’intérieur des différentes couches de roche. Le gaz de houille, lui, n'existe pas à l'état naturel : il se forme lors de la transformation de la houille en coke, dans l’industrie sidérurgique.