Climat – Environnement

Les futurs agriculteurs sarthois formés à la réduction des pesticides

Par Bertrand Hochet, France Bleu Maine jeudi 24 mars 2016 à 17:46

250 jeunes des lycées agricoles de la région ont participé aux ateliers
250 jeunes des lycées agricoles de la région ont participé aux ateliers © Radio France - Bertrand Hochet

La Chambre d’Agriculture organisait ce jeudi une journée d’information à destination des élèves des lycées agricoles. Objectif: leur expliquer comment limiter l’utilisation des produits phytosanitaires tout en conservant de bons rendements. Des jeunes pas forcément prêts à changer de modèle.

D’après le Ministère de l’Agriculture, les pesticides sont présents dans 91% des stations de mesure en eau superficielle et dans plus de la moitié en eau souterraine. Leur réduction constitue un enjeu sanitaire majeur. Pourtant, les obstacles restent nombreux, à commencer par un relatif blocage des mentalités. Romain, élève au lycée agricole de la Germinière à Rouillon, se verrait bien reprendre l’exploitation de ses parents. Il reconnaît que se détacher des habitudes familiales n’est pas facile : « chez nous, c’est phyto, phyto, phyto ! », résume le jeune homme de 18 ans. « Si on voit des pucerons, on traite ; de la mauvaise herbe, on traite ! », raconte le lycéen, persuadé que ce n’est pas sa génération qui fera durablement changer les choses : « peut-être la suivante ».

La crainte de rendements moindres

L’autre frein à la limitation des pesticides est la peur d'une baisse de la production et donc la chute des revenus, déjà soumis à la variation des cours des céréales sur le marché mondial. Bastian, qui n’est pas fils d’agriculteur, envisage de s’installer et s’interroge : « tout changer et prendre le risque de se casser la figure ? Quand ces nouveaux modes de production seront développés et qu’on sera vraiment sûrs qu’il n’y a pas un énorme risque, je pense qu’on pourra réellement se lancer », tranche le jeune homme.

"Les commerciaux sont là pour vendre des produits"

L’un des intervenants à cette journée d’information organisée à Chemiré-le-Gaudin fait le même constat : les jeunes des lycées agricoles, même s’ils sont sensibilisés en cours, ne sont pas nécessairement prêts à franchir le pas. Arnaud Mussard, agriculteur, recommande à ses futurs collègues d’être très présents sur le terrain pour vérifier par eux-mêmes l’état de leurs cultures et non pas succomber aux sirènes des vendeurs de produits phytosanitaires. « Aujourd’hui, malheureusement, les agriculteurs ont peut-être trop tendance à écouter les techniciens alors qu’ils ne sont pas suffisamment sur le terrain pour observer leurs parcelles et se forger une opinion », constate l’agriculteur de Souligné-Flacé. « On a besoin d’information mais n’oublions pas que les techniciens ont aussi un rôle commercial. Ils sont là pour vendre du produit », résume le Sarthois qui a considérablement diminué sa consommation de produits phytosanitaires depuis sept ans « sans réduire ses marges ».

L’atelier animé par Arnaud Mussard : des clés pour réduire l’utilisation des pes - Radio France
L’atelier animé par Arnaud Mussard : des clés pour réduire l’utilisation des pes © Radio France - Bertrand Hochet