Climat – Environnement

VIDÉO - 2017 parmi les cinq années où les glaciers alpins ont le plus souffert

Par Lionel Cariou, France Bleu Isère lundi 16 octobre 2017 à 23:29

La partie visible de la sonde correspond à la fonte annuelle ( 4,80 mètres à cet endroit )
La partie visible de la sonde correspond à la fonte annuelle ( 4,80 mètres à cet endroit ) © Radio France - Lionel Cariou

France Bleu Isère a accompagné une équipe de l'Institut des géosciences de l'environnement durant une campagne de mesure de la fonte des glaciers. 2017 ne battra pas de record, mais le constat est là : les années de forte fonte sont de plus en plus fréquentes en raison du réchauffement climatique.

Un piolet, quelques jalons de bois peints de différentes couleurs, une foreuse fonctionnant à la vapeur d'eau, un GPS, un double-mètre, un carnet, et un stylo : il n'en faut pas plus aux scientifiques grenoblois de l'Institut des géosciences de l'environnement (IGE) pour traduire en chiffres la rapide décrue des glaciers alpins.

Parfois on utilise même du fil de fer et de la ficelle sourit le glaciologue Christian Vincent.

Et le chercheur de poursuivre : "le protocole est effectivement simple et rudimentaire, mais il est aussi extrêmement efficace." De fait, il n'a pas beaucoup évolué depuis 1976, quand ses prédécesseurs ont commencé à mesurer la fonte du glacier d'Argentière, dans le massif du Mont-Blanc. "Ce n'est pas la seule méthode, mais c'est l'une des meilleures" fait remarquer Christian Vincent après avoir planté une balise. Celle-ci est composée de cinq bâtons de couleur de deux mètres reliés les uns aux autres par une petite chaîne. La balise est enfouie à dix mètres de profondeur grâce à la foreuse à vapeur. Aujourd'hui, le chercheur peut compter sur l'aide de deux jeunes scientifiques venus se former en France : la Chilienne Gabriela Collao, qui prépare une thèse sur l'écoulement du gigantesque glacier de San Rafael en Patagonie, et le Bolivien Diego Cusicanqui, en master à l'Université Grenoble Alpes.

La foreuse à vapeur qui sert à enfouir les balises - Radio France
La foreuse à vapeur qui sert à enfouir les balises © Radio France - Lionel Cariou

Cinq glaciers alpins observés en France

Dans un an, les glaciologues reviendront en mesurer la partie émergente pour déterminer la fonte annuelle à cet endroit précis, à 2 550 mètres d'altitude. Il faudra ensuite mesurer l'émergence des autres balises (le glacier long de 13 kilomètres est hérissé d'une quarantaine de ces bouts de bois) et mouliner tous ces chiffres dans un ordinateur pour déterminer la fonte annuelle moyenne de l'ensemble du glacier. Argentière est l'un des cinq glaciers étudiés de près en France, avec la Mer de Glace (Mont-Blanc), Gébroulaz (Vanoise), Saint-Sorlin (Grandes-Rousses) et le moribond glacier de Sarenne (Huez), observé depuis 1949 et dont on prédit la disparition d'ici quatre ou cinq ans. Cette année, tous ont souffert.

Entre l'été 2016 et l'été 2017, le glacier d'Argentière a fondu de 2,10 mètres en moyenne - Radio France
Entre l'été 2016 et l'été 2017, le glacier d'Argentière a fondu de 2,10 mètres en moyenne © Radio France - Lionel Cariou

Hiver sec et été caniculaire en 2017

Certes, on n'atteindra pas en 2017 les records de fonte enregistrés au cours des étés 2003 et 2015, les deux annus horribilis. Mais tout de même, cette année sera fortement déficitaire, dans le "Top 5" des années où les glaciers ont le plus fondu au cours des trois dernières décennies, selon Christian Vincent. La raison ? Une conjonction de deux facteurs : le peu de neige tombée en hiver et la chaleur de l'été, avec plusieurs épisodes caniculaires. À 2 550 mètres d'altitude, le glacier a perdu 4,10 mètres d'épaisseur entre septembre 2016 et septembre 2017. Plus bas, il a minci de 8 mètres ; plus haut en altitude la fonte a été nulle, mais cette année le glacier n'a pas fait de réserve. Delphine Six, une autre scientifique de l'IGE, revient justement de cette partie haute du glacier d'Argentière, à 3 100 mètres d'altitude :

Même sur le haut, il n'y a plus de neige de l'hiver, ce qui est rare. Delphine Six, glaciologue à l'IGE.

Depuis 1976 ce glacier fait l'objet de relevés réguliers. - Radio France
Depuis 1976 ce glacier fait l'objet de relevés réguliers. © Radio France - Lionel Cariou

Cette zone d'altitude est pourtant très importante, car c'est là où est situé le réservoir du glacier, son stock de neige qui, une fois tassée, se transforme en glace avant de s'écouler vers l'aval. Cette année, il n'est quasiment pas alimenté. Et en moyenne, en un an, il a fondu de 2,10 mètres en épaisseur. Depuis la canicule de 2003, ce genre d'année revient de plus en souvent et la fonte s'accélère alors que l'avancée du glacier, elle, est de plus plus lente. Il y a 30 ans, il avançait de 90 mètres par an ; entre 50 et 60 aujourd'hui. Plus sa masse diminue, plus il ralentit.

Et pendant que les glaciers s'écoulent, leurs langues terminales, elles, remontent. Le front des glaciers d'Argentière et de la Mer de Glace ont ainsi reculé de plus de 700 mètres entre 1994 et 2016, laissant derrière eux des dalles de roche lissées par le frottement de la glace. En ville, on a parfois du mal à se rendre compte des effets du réchauffement. En haute-montagne, ils sont visibles à l’œil nu, fait remarquer Christian Vincent :

Quand en plaine on est en période de canicule avec des températures de 32 à 35 degrés, ici à 2 500 mètres d'altitude on a une fonte de 10 centimètres par jour.

Le glacier d'Argenitère est hérissé d'une quarantaine de balises - Radio France
Le glacier d'Argenitère est hérissé d'une quarantaine de balises © Radio France - Lionel Cariou

Si la tendance est la même dans l'ensemble des Alpes, les glaciers ne sont pas tous touchés de la même façon. Ceux dont le bassin d'accumulation est haut en altitude résistent bien. La Mer de Glace par exemple, a encore de la réserve avec une épaisseur de 350 mètres à certains endroits. Mais ceux dont le bassin d'alimentation est situé en-dessous de 3 200 / 3 400 mètres d'altitude sont menacés à l'horizon 2100. Les glaciologues tentent de mieux comprendre ces mécanismes.. Dans les Andes ou en Himalaya, les enjeux de ces recherches sont majeurs : car des glaciers dépend une immense partie des ressources en eau pour les populations. Autre conséquence du retrait glaciaire, notamment en Himalaya : la formation de poches d'eau qui peuvent, à terme, menacer des habitations situées en aval.

Le site de l'IGE, l'Institut des Géosciences de l'Environnement de Grenoble

"Non les Alpes ne s'effondrent pas plus aujourd'hui, mais il faut que l'on s'adapte"

Des pierres numérotées sont utilisées pour mesurer la vitesse d'écoulement du glacier en surface - Radio France
Des pierres numérotées sont utilisées pour mesurer la vitesse d'écoulement du glacier en surface © Radio France - Lionel Cariou