Climat – Environnement

Les viticulteurs refusent le projet de centrale d'enrobage au cœur du pays chablisien

Par Margot Delpierre, France Bleu Auxerre lundi 3 octobre 2016 à 6:00

Les vignes pourraient être directement touchées par la pollution
Les vignes pourraient être directement touchées par la pollution © Maxppp - Jérémie FULLERINGER

Les viticulteurs du Chablisien sont en colère. APRR (Autoroutes Paris Rhin Rhône) souhaite installer une centrale d'enrobage en bordure de l'A6, à Saint-Cyr-les-Colons (Yonne), mais son activité polluante pourrait entacher la réputation du vignoble.

Les habitants du pays chablisien ont été avertis au printemps dernier. Cette centrale d'enrobage servira à préparer le bitume, pour élargir à trois voies l'A6. Si la préfecture accepte la demande d'APRR, les travaux commenceront en 2017. Mais la production de bitume est très polluante : composée de pétrole, la fabrication libère des particules dans l'air et les sols, en plus de très fortes odeurs. Ce qui risque de nuire aux vignes AOC.

Qui dit impact sur l'environnement, dit impact sur l'économie. Les bouteilles de Chablis s'arrachent dans le monde entier : sur les 38 millions produites chaque année, 70% sont exportées. Alors si ce projet de centrale d'enrobage voit le jour, la réputation du vignoble pourrait être menacée.

Le viticulteur Olivier Heimbourger, à Saint-Cyr-les-Colons, en est persuadé. "Il suffit d'un article dans la presse spécialisée pour que nos vins soient boudés à l'internationale", s'inquiète-t-il, d'autant plus que la récolte a été maigre cette année, en raison à la fois de la crise économique et des intempéries. "Il faut tenir compte de notre filière, qui est un acteur de l'économie mondiale et du tissu local", explique Olivier Heimbourger.

Frédéric Guéguen explique les risques d'une centrale d'enrobage à proximité des vignes

Le commissaire-enquêteur se dit favorable au projet

A la suite de trois semaines d'enquête publique, le commissaire-enquêteur s'est dit favorable à l'installation de la centrale, à condition de ne pas fabriquer d'enrobage de bitume pendant la floraison du raisin, c'est-à-dire pendant 8 à 15 jours, entre fin mai et début juin. Les viticulteurs sont stupéfaits de cette proposition. Le président de la fédération de défense de l'appellation chablis, Frédéric Guéguen, estime que "c'est le minimum", mais toujours insuffisant. Il souhaite que la fabrication du bitume soit interrompue de la floraison du raison à la récolte. Un avis secondé par Olivier Heimbourger, sceptique : "si on nous dit que ça pollue quinze jours dans l'année, c'est que ça pollue toute l'année".

Les viticulteurs prêts à déposer un recours en cas de validation du projet

C'est au préfet de prendre la décision finale, après l'avis du conseil départemental. Si la demande de la société d'autoroute est acceptée, les viticulteurs par la voix de Frédéric Guéguen se disent prêts à déposer un recours. "Nous prendrons les conseils d'un avocat", confirme le président de la fédération de défense de l'appellation chablis. Les viticulteurs dénoncent aussi l'absence de concertation avec APRR. Ce projet n'est pas nouveau : une demande similaire de construction d'une centrale d'enrobage avait été faite il y a une quinzaine d'années, mais rejetée par le préfet de l'époque. Cette année, "c'est un passage en force pour des raisons économiques", dénonce, amer, Olivier Heimbourger. Contactée, la direction régionale de la société d'autoroutes n'a pas souhaitée s'exprimer avant la décision préfectorale.

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