Climat – Environnement

Loi sur la biodiversité : les apiculteurs berrichons sont déçus

Par Gaëlle Fontenit, France Bleu Berry et France Bleu mercredi 20 janvier 2016 à 5:22

Les cheptels d'abeilles ont été très impactés ces dernières années
Les cheptels d'abeilles ont été très impactés ces dernières années © Maxppp - Thierry GACHON

Alors que le Sénat examine cette semaine le projet de loi sur la biodiversité, le ministre de l'Agriculture a redit qu'il n'était pas pour l'interdiction totale de certains pesticides. Une prise de position qui déçoit les apiculteurs.

A la tête de l'ONG Terre d'abeilles, Beatrice Robrolle Mary, apicultrice à Ingrandes dans l'Indre, milite depuis toujours pour l'interdiction pure et simple des néonicotinoïdes : "Un plan durable ne peut se dire durable que s'il sauvegarde l'outil premier des apiculteurs, les abeilles... Les néonicotinoïdes agissent sur les cerveaux des insectes, et pas que... Nous voulons leur interdiction". 

Alors la déclaration du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, dans le cadre de la prolongation du plan de développement durable de l'apiculture, l'a forcément déçue. Le ministre a en effet répété qu'il "n'était pas favorable à l'idée d’interdiction des néonicotinoïdes".

Pour autant, Béatrice Robrolle Mary ne veut pas baisser les bras : "On demande au ministre de réviser la seule réglementation qui encadre l'usage des pesticides. Elle remonte à 1975... Quand on connait l'évolution tant des produits que des méthodes, on se dit qu'il faut revoir la loi !"

Béatrice Robrolle Mary

Lutter contre le frelon asiatique

Autre axe du combat de Terre d'abeilles, la lutte contre un nouveau fléau : le frelon asiatique. L'ONG milite pour davantage de coopération dans la mise en place de pièges et de destructions de nids, sous peine, estime t-elle, d'être un jour dépassé par l'insecte prédateur des abeilles.

Des raisons d'être optimiste

Pendant des années, les cheptels d'abeilles ont subi une importante mortalité. "Nous avons perdu 80% de certaines colonies, témoigne Pierre Baudat, apiculteur à  Saint- Lactencin, dans l'Indre. Quand mes grands parents se sont lancés, en 1947, il n'y avait pas encore tous ces pesticides. Aujourd'hui, pour faire face, nous avons dû nous adapter".* Pierre Baudat, qui travaillait avec des ruches sédentaires pour la plupart, s'est ainsi mis à la transhumance*, déplaçant ses ruches dans les zones "moins risquées, comme la montagne par exemple". 

Une nouvelle façon de travailler qui lui a permis d'endiguer le fléau, mais n'apporte pas toutes les solutions. "D'abord, ça nous coûte cher, tant en main d'oeuvre qu'en gazole... Et puis en terme de rendement, c'est moins efficace. Là où nous avions 80 à 90 kilos de miel par ruche avant, nous ne sommes plus qu'à 60 kilos" estime t-il. 

Dans ces conditions, Pierre Baudat a dû diversifier ses activités, pour permettre à sa société, qui emploie six personnes, d'être rentable. Désormais, en plus du miel et des produits de la ruche, il commercialise des pâtisseries ou des confiseries. "Il n'y a que comme ça qu'on peut joindre les deux bouts. Nous ne sommes pas à plaindre, mais nous ne faisons pas notre travail dans de bonnes conditions". 

Pour autant, Pierre Baudat ne réclame pas nécessairement l'interdiction pure et simple de tous les pesticides, qui serait selon lui, une utopie. Il milite davantage pour une agriculture de plus en plus raisonnée

 "Il y a eu une réelle prise de conscience des agriculteurs, admet Béatrice Robrolle Mary. Nous n'avons plus de grosses pertes comme au cours des dix dernières années. Mais il y a encore des choses à faire..."

Le projet de loi sur la biodiversité doit être examiné jusque jeudi par les Sénateurs.


Partager sur :