Climat – Environnement

Ouragan de 1987 : quand une catastrophe naturelle révèle la solidarité et le sang-froid en Bretagne

Par Typhaine Morin, François Rivaud et Johan Moison, France Bleu Armorique vendredi 13 octobre 2017 à 6:07

Max Jacobée et Jacques Poulain ont vécu l'ouragan de 1987 de très près
Max Jacobée et Jacques Poulain ont vécu l'ouragan de 1987 de très près © Radio France - François Rivaud

Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1987, un ouragan de force 3 balaye la Bretagne. En plus du bilan humain et matériel, la tempête a aussi marqué l'esprit des Bretons. Ils étaient à l'époque pompier, sauveteur en mer ou petites filles. Ils ont confié leurs souvenirs à France Bleu Armorique.

Il suffit d'évoquer la "tempête de 1987" pour raviver les souvenirs des Bretons. Le bilan humain a été lourd : 15 personnes sont mortes en France, dont 9 dans l'Ouest, et les dégâts matériels considérables. Ils se chiffrent à 23 milliards de francs (3,5 milliards d'euros). Un quart de la forêt bretonne est détruite. Mais derrière ces chiffres, il y a des hommes, des femmes et des enfants. Et des belles histoires, aussi.

Solidarité autour d'un accouchement

Pour Jacques Poulain par exemple, cette nuit du 15 au 16 octobre reste à jamais gravée dans sa tête. Il était à l'époque chef du centre de secours de Grand-Champ, dans le Morbihan. Avec ses hommes, il était chargé de déblayer la route à Colpo, près de Locminé, encombrée de dizaines d'arbres tombés à terre. Vers 3h30 du matin, un pompier vient vers lui : une voiture est coincée par les arbres et à son bord se trouve une jeune femme sur le point d'accoucher.

"Il y avait quelque chose de merveilleux, se souvient l'ancien pompier. Cette femme était sereine, calme, comme si elle voulait nous rassurer. La papa était un peu stressé, moi, je n'en menais pas large non plus. Mais cette femme était d'un calme olympien alors que tout était déchaîné avec la tempête autour d'elle. Après, poursuit Jacques Poulain, elle m'a dit 'j'étais sûre, en voyant cette solidarité qui s'installait autour de moi, cette prise en charge, j'étais sûre que tout allait bien se passer'."

"Le fils du vent"

Jacques Poulain se prépare à l'accoucher lorsque comme par miracle, une ambulance arrive de Vannes pour les aider. L'interne arrivé sur les lieux effectue alors son premier accouchement. Le petit Antoine sera surnommé "le fils du vent" par les pompiers. Il viendra rendre visite plusieurs fois aux pompiers. A un an, à trois ans, puis à 20 ans, le jour du départ en retraite de Jacques Poulain.

Sauver la vedette de sauvetage

Parmi ceux qui ont vécu cette tempête de près, il y a aussi Max Jacobée, président de la SNSM à Arzon, dans le Morbihan. Cette nuit là, avec quelques bénévoles, il a sauvé le canot de sauvetage de l'association amarré dans le port du Crouesty. Dans la soirée du 15 octobre, inquiet pour la vedette, vers 22h/23h, Max Jacobée décide d'aller voir. C'est à quatre pattes qu'il parcourt les 50 mètres du ponton qui menace de casser et de couler. Une fois à bord, il entreprend de mettre le bateau à l'abri.

"J'ai mis les moteurs en route, se souvient Max Jacobée, et à deux ou trois on a réussi à déplacer la vedette dans des conditions vraiment compliquées." Max Jacobée et d'autres bénévoles ont veillé toute la nuit, "et au petit matin, le bateau était sauvé". Les autres bateaux amarrés ont subi un autre sort. "Les pontons étaient cassés, tous les bateaux étaient poussés au fond du port. Il y avait à peu près 250 bateaux, les uns sur les autres, des voiliers, des vedettes, certains étaient coulés, c'était un spectacle assez impressionnant." Cette nuit-là, le vent a soufflé autour de 160 km/h.

Ca faisait extrêmement peur" - Stéphanie, petite fille à l'époque

"C'était assourdissant, se souvient Stéphanie, de Langourla, dans les Côtes d'Armor, qui avait 9 ans cette nuit du 15 au 16 octobre 1987. On entendait les choses voler dehors." Le lendemain matin, "nos parents nous disent 'ben vous n'allez pas à l'école aujourd'hui, il y a des arbres partout sur la route' ! On était très contents !" Contente, mais Stéphanie se souvient aussi du paysage impressionnant et des dégâts pour ses parents agriculteurs. "Pour traire les vaches, mon père branchait le tracteur sur le moteur de la trayeuse, se souvient-elle. On s'éclairait à la bougie parce qu'on avait plus de courant. C'était vraiment très impressionnant."