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Climat – Environnement

Pourquoi EDF a stoppé pendant un an son chantier de démantèlement de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux

lundi 22 mai 2017 à 19:32 Par Anne Oger, France Bleu Orléans

A la demande de l'Autorité de Sûreté Nucléaire, EDF a stoppé en juin 2016 son chantier de démantèlement des deux anciens réacteurs de Saint Laurent. En cause, des traces de contamination relevées sur une vingtaine d'intervenants. Le chantier repart mais l'ASN tape encore sur les doigts d'EDF

Deux réacteurs de Saint Laurent des Eaux sont à l'arrêt depuis  plus de 25 ans
Deux réacteurs de Saint Laurent des Eaux sont à l'arrêt depuis plus de 25 ans © Maxppp - NRCO

Saint-Laurent des Eaux, Saint-Laurent-Nouan, France

A la centrale nucléaire de Saint Laurent des Eaux, deux réacteurs sont à l'arrêt, ceux de l'ancienne génération. Le premier depuis 1990, le deuxième depuis 1992. Ils font partie des neuf chantiers de démantèlement que mène actuellement EDF en France. Pour Saint Laurent, le décret autorisant le début des opérations date de mai 2010, vingt ans donc, après l'arrêt définitif. Evidemment EDF ne s'est pas encore attaqué au démantèlement proprement dit des réacteurs, et ça n'arrivera pas avant longtemps. Mais après avoir démonté les bureaux, la salle des machines, les salariés travaillent maintenant sur des zones encore fortement radioactives, la piscine de refroidissement par exemple.

Les contaminations d'intervenants étaient en-dessous des doses autorisées, mais c'est leur nombre et leur répétition qui a poussé l'ASN à demander à EDF d'interrompre son chantier de démantèlement

Chaque jour, ils sont une soixantaine à intervenir sur ce chantier de démantèlement. La plupart sont des salariés de sous-traitants d'EDF. Ils sont bien sûr soumis à des contrôles stricts, systématiques et réguliers, pour détecter toute trace de contamination interne, puisqu'ils sont particulièrement exposés. On analyse notamment les selles de ces salariés. En 2015 et 2016, ils sont une vingtaine à présenter des traces de contamination. "Une contamination interne, c'est l'incorporation de radioactivité dans le corps humain" explique Pierre Boquel, le chef de la division d'Orléans de l'Autorité de Sûreté Nucléaire. "Les contaminations détectés étaient modérées, elles étaient inférieures au quart de la dose maximale autorisée. En revanche, ce qui était notable, c'est le nombre de contaminations, puisqu'il y avait une vingtaine de cas. L'événement est déclaré comme incident en 2016, "de niveau 0 sur l'échelle des incidents en matière nucléaire" explique Pierre Boquel, "parce que les doses étaient faibles, mais c'est la répétition de ces contaminations qui a poussé l'ASN à demander à EDF d'interrompre le chantier et de réfléchir à des actions correctives (réglementairement, l'Autorité de Sûreté Nucléaire, contrairement aux réacteurs en activité, ne peut pas imposer l'arrêt d'un chantier de démantèlement à EDF).

Le chantier redémarre en mai 2017, nouvelle inspection de l'ASN

Ce travail a pris un an. EDF stoppe le chantier de démantèlement en juin 2016, rien ne filtre de cette décision. Il redémarre en mai 2017, EDF a revu ses procédures, mais aussitôt l'Autorité de Sûreté Nucléaire diligente une nouvelle inspection, c'est son rôle. Au cours de laquelle elle relève encore des anomalies dans la protection des intervenants. Par exemple, dans sa lettre d'inspection datée du 18 mai 2017 et disponible sur son site internet, elle s'interroge sur "les modalités d'utilisation des appareils de protection des voies respiratoires" des salariés. Quand ils interviennent sur la piscine de refroidissement désormais vide, ils s'équipent bien sûr de pied en cap, avec des combinaisons spéciales, et ils ont un masque relié à l'air libre (dans cette piscine qui a contenu du combustible nucléaire, la radioactivité est encore très élevée). A Saint Laurent, l'intervenant descend, son masque relié à un flexible d'alimentation en air respirable. Mais une fois au fond, il change de flexible. Pour les inspecteurs de l'ASN, il y a dans cette manipulation un risque de contamination. "Sur d'autres chantiers de démantèlement, il y a de tout autres pratiques, nous demandons à EDF de les suivre". Autre anomalie relevée : l'étanchéité du "sas" piscine est assurée par de simples chiffons enfoncés dans un passage d'air. Or sur ce chantier aucun air contaminé ne doit sortir. "Ces chiffons, ça n'est sans doute pas la meilleure des protections" reconnait Pierre Boquel, en terme choisis.

Pas d'arrêt du chantier mais des demandes d'explication

Cette fois l'ASN ne demande pas à EDF de stopper le chantier. Il s'agit d'une lettre d'inspection, presque la routine en matière de sûreté nucléaire. L'opérateur a deux mois pour corriger ces pratiques, c'est la règle. "Les ajustements sont en cours" assure EDF. "Les chiffons, par exemple, ont déjà été retirés".

Le démantèlement, un casse-tête pour EDF

Cet arrêt d'un an, sur le chantier de démantèlement de Saint Laurent, ça ne changera rien au calendrier déjà à très long terme qu'envisage EDF pour ses vieux réacteurs. Mais à l'heure où la question du démantèlement des centrales, les difficultés technologiques et financières qui sont mises en lumière, il montre que les pratiques sont encore souvent inadaptées. Quand à savoir quel sera effectivement ce calendrier, difficile à dire. En juillet 2016, EDF expliquait qu'il envisageait de repousser à 2100 le démantèlement complet des deux réacteurs de Saint Laurent des Eaux. Aujourd'hui on sait qu'en 2025 il envisage de poser sur les deux réacteurs un cocon de confinement, et d'attendre ensuite... Attendre les retours d'autres chantiers un peu plus avancés, comme celui de Chinon. Pour savoir comment s'y prendre pour s'attaquer à la partie la plus dangereuse de la centrale : le coeur du réacteur.