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Pourquoi nos factures d’électricité risquent-elles d’exploser ?

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Par , France Bleu

EDF doit rénover ses centrales vieillissantes, voler au secours d’Areva, et enfin construire deux EPR en Grande-Bretagne. Mais un autre nuage va prochainement plomber un peu plus les comptes d’EDF : le démantèlement des centrales nucléaires. Une enquête signée Secrets d'Info.

Neuf centrales de première génération sont à l’arrêt.
Neuf centrales de première génération sont à l’arrêt. - Loic - Wikipedia

L’électricité à bon marché en France, c’est déjà du passé ! Dans les années qui viennent, EDF va devoir augmenter ces tarifs de 30 à 50% pour relever des défis énormes : l’entreprise doit prioritairement financer la rénovation du parc des centrales nucléaires actuelles. Une ardoise estimée à 55 milliards d'euros. 

Elle va également participer au plan de sauvetage d’Areva en rachetant une partie son capital, soit 2,7 milliards d'euros. Enfin la construction de deux EPR (Réacteur Pressurisé Européen) est annoncée en Grande-Bretagne. Une facture estimée à 18 milliards d'euros. Et à cela s’ajoutera le démantèlement du parc des centrales nucléaires qui va aussi peser lourdement sur les comptes.

 Première et deuxième génération

Pour l’instant aucune centrale n’a été entièrement démantelée. Neuf centrales de première génération sont à l’arrêt, et plusieurs chantiers sont en cours. Leur démolition est souvent un casse-tête. A Brennilis, en Bretagne, depuis trente ans, sur une centrale à eau lourde en cours de démantèlement, les incidents se sont multipliés. Le budget du chantier a déjà doublé. Dans un centre du CEA (commissariat à l’énergie atomique) déconstruit à Grenoble, la facture a explosé. On avait découvert des terres contaminées qu’il a fallu excaver. A Creys-Malville, la présence d’amiante a rendu le chantier plus complexe que prévu, donc plus onéreux. (photo Centrale de Brennilis en Bretagne)

Pour les centrales de deuxième génération, les opérateurs espèrent que les opérations seront plus simples. Les cinquante-huit réacteurs actuellement en service se ressemblent beaucoup. Il devrait donc être possible d’industrialiser les procédés de déconstruction. A Areva, une unité spécialisée a déjà mis au point des scanners capables de modéliser les centrales en 3D, en identifiant les niveaux de radioactivité de chaque zone. Le marché est énorme. D’ici à quinze ans, il y aura trois cent réacteurs à démanteler dans le monde, ce qui représente un chiffre d’affaire de 200 milliards d'euros.

Des déchets bien encombrants

Le démantèlement n’est pas qu’une question de démolition. Il faut aussi stocker les déchets. Ceux qui sont faiblement radioactifs sont enfouis dans des décharges spécialisées. Mais dans vingt ans, leur volume aura triplé. L’Andra, l’agence qui gère les déchets nucléaires, veut optimiser ses sites actuels et ouvrir une nouvelle décharge. Mais elle mise aussi sur une évolution de la réglementation. Aujourd’hui, tout déchet provenant d’une centrale, même s’il ne présente pas de radioactivité, doit être enfoui dans un centre spécialisé. L’Andra voudrait qu’on assouplisse cette règle. 

L'usine de retraitements de déchets de la Hague, en Normandie
L'usine de retraitements de déchets de la Hague, en Normandie - Jean-Marie Taillat - Wikicommons

Pour Patrice Torres, directeur des sites de l’Andra : "Cela permettrait de réutiliser une partie de ces déchets qui sont des déchets radioactifs d’un point de vue administratif, plutôt que réellement radioactifs."

Cigéo : un souterrain à hauts risques

Restent les combustibles des réacteurs hautement radioactifs. Il existe un projet de centre de stockage souterrain nommé Cigéo, à Bure dans la Meuse, qui pourrait être opérationnel d’ici dix ans. Les déchets seraient isolés à 450 mètres sous terre. L’Andra attend un feu vert gouvernemental. Mais il y a encore quelques jours, le 26 janvier 2016, il y a eu un mort dans un éboulement. Jacques Repussard le directeur de l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN) ne dissimule pas les risques : "Il y a des risques d’incendie, des risques d’effondrement, de perturbation du sol." 

Le tunnel Cigéo de Bure
Le tunnel Cigéo de Bure © Maxppp

Il plaide pour une expérimentation limitée sur un site pilote : "Tout cela doit être vérifié en situation réelle et pas dans un laboratoire comme on a aujourd’hui à côté de Bure."

Un coût incertain et sans doute prohibitif

Le problème est que personne ne peut raisonnablement chiffrer le cout de ces chantiers à venir. Cigéo était initialement estimé à 15 milliards d'euros. Il est aujourd’hui évalué à 32 ! Depuis 2006, EDF est censé provisionner de l’argent pour anticiper ces dépenses, mais plusieurs organismes de contrôle, dont la cour des comptes, estiment que ces provisions sont sous évaluées. Et selon Yves Marignac, le directeur de l’ONG antinucléaire Wise : "EDF ne pourra plus faire face".

Yves Marignac, directeur de l'ONG anti nuéclaire Wise
Yves Marignac, directeur de l'ONG anti nuéclaire Wise © Maxppp

Lorsqu’il faudra démanteler les cinquante-huit réacteurs actuellement en service, si le coût de ces chantiers a été sous-évalué, arrivera un jour où EDF ne pourra plus faire face. On sera alors dans un scénario où le passif devra être repris par l’Etat, tandis que les actifs devront être privatisés pour générer du cash. Le mur industriel et financier du démantèlement met en péril la survie même de l’entreprise.

  • Yves Marignac

En attendant, l’addition, nous la payons déjà. Le gouvernement freine les augmentations réclamées par EDF car elles sont risquées politiquement. Mais, même à dose homéopathique, elles finiront par s’imposer, et notre facture par exploser…

>> A lire aussi : enquête de Jacques Monin à écouter ce vendredi 5 février à 19h20 dans Secrets d'Info

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