Climat – Environnement

Qualité de l'air dans les villes portuaires : un problème méditerranéen

Par Maxime Becmeur, Fabien Le Dû et Patrick Rossi, France Bleu RCFM mardi 14 novembre 2017 à 21:21

La qualité dans les villes portuaires : le constat est le même dans toute la Méditerranée.
La qualité dans les villes portuaires : le constat est le même dans toute la Méditerranée. © Maxppp -

La pollution de l'air engendrée par l'activité des navires. La question a été au cœur de la journée méditerranéenne de l'air, organisée ce mardi à Marseille. Les associations de Corse et du continent réclament des mesures immédiates.

Quelle est la qualité de l'air dans les villes portuaires ? Une question au centre des débats, ce mardi, à Marseille, lors d'une journée spéciale organisée par Qualitair Corse et Air PACA, deux associations de surveillance de l'air agréées par le ministère de l'Environnement.

Un ferry pollue autant que 30.000 voitures à moteurs diesel

Tous les jours, des bateaux de croisière, des ferries et des cargos font escale dans les ports de Corse. Ce trafic n'est pas sans conséquences et provoque une réelle pollution supplémentaire pour les riverains. Dans l'île, comme sur le continent, des associations de défense de l'environnement alertent depuis plusieurs années sur la pollution de l'air croissante engendrée par les géants des mers. Une fois à quai, pour disposer d'électricité, les navires mettent en marche des générateurs alimentés notamment par du diesel marin. Selon les spécialistes, celui-ci contient 100 fois plus de souffre que le diesel automobile. Autrement dit, un bateau manœuvrant dans un port pollue autant que 30.000 voitures à moteur diesel.

"Une négociation qui dépasse la Corse"

Le constat de cette pollution est le même partout en Méditerranée. Cependant, les règles imposées aux compagnies maritimes en terme de carburant diffèrent selon les régions d'Europe, les mers et les océans. "On peut clairement parler d'une Europe à deux vitesses en terme de qualité de l'air dans les espaces portuaires, avance François Alfonsi, le président de l'association Qualitair Corse. La mer Baltique, la mer du Nord ou encore la Manche ont bénéficié d'une réglementation visant à réduire les émissions d'azote et de souffre. A son tour, la Méditerranée doit faire en sorte d'être éligible à ce type de dispositif. C'est une négociation qui, évidemment, dépasse la Corse. C'est pour cela que ces initiatives conjointes avec d'autres régions sont indispensables pour aller de l'avant."

François Alfonsi, le président de l'association Qualitair Corse.

"Des voisins ont eu des cancers"

Ailleurs en Méditerranée, les associations réclament des actes et des mesures immédiates. Elles demandent notamment l'utilisation d'un carburant moins polluant et de l'électricité pour les bateaux en escale. Aux premières loges de cette pollution, Patrick Borg, membre de l'association Cap au Nord et riverain du port de Marseille, décrit la situation. "On voit toujours des panaches de fumée noire s'élever des navires. On a eu des voisins qui ont eu des cancers. Evidemment, on ne peut jamais savoir d'où cela vient exactement. On a des poussières résiduelles qui se déposent sur les balcons, les terrasses et les piscines. On souhaite simplement que les bateaux soient branchés électriquement au niveau des quais. Cela se fait à Toulon pour les bateaux militaires. Cela pourrait se faire partout. C'est une solution possible pour ne pas polluer."

Patrick Borg, membre de l'association Cap au Nord et riverain du port de Marseille.

Les professionnels veulent s'engager

Si les associations et les riverains des ports de Méditerranée pensent avoir déjà trouvé des solutions concrètes, il faudra certainement plus de temps pour faire évoluer la réglementation. Toutefois, les professionnels disent faire d'importants efforts. "S'engager à moins polluer, c'est essentiel à la survie de notre activité, confie Ermino Esquena, le président de la CLIA France, l'organisation qui regroupe l'ensemble des armateurs de croisière. Il y a pour nous une volonté d'engager des investissements. Aujourd'hui, l'industrie de la croisière a les moyens financiers d'alléger son empreinte environnementale. Cela va se faire étape par étape, selon les flottes et les armateurs, mais toute la profession y travaille sérieusement."

Ermino Esquina, le président de la CLIA France (organisation nationale des armateurs de croisière).