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Environnement

Réintroduction d'ours dans les Pyrénées : "Il faut rééquilibrer le noyau béarnais"

Le ministre de l'écologie annonce la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées cet automne. Publiées ce mois-ci, plusieurs enquêtes scientifiques pointent le risque d'une extinction majeure d'espèces partout dans le monde. Analyse du directeur du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse.

Un des ours de Melles (Haute-Garonne) photographiés en 2011 par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage.
Un des ours de Melles (Haute-Garonne) photographiés en 2011 par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. © Radio France - ONCFS

Dans un entretien au Parisien-Aujourd'hui en France,  Nicolas Hulot le ministre de la transition écologique annonce la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées cet automne. Ces dix derniers jours, au moins trois études françaises et internationales (IPBES, CNRS-Muséum, WWF) ont révélé le grand risque de disparition d'espèces animales et végétales. La moitié des espèces pourrait s'éteindre d'ici 2080.  Francis Duranthon, le directeur du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse, membre du Conseil National de Protection de la Nature (qui dépend du Ministère) était l'invité de France Bleu Occitanie ce matin. Interview.

Francis Duranthon, le directeur du Muséum d'hsitoire naturelle de Toulouse. - Radio France
Francis Duranthon, le directeur du Muséum d'hsitoire naturelle de Toulouse. © Radio France - Bénédicte Dupont

Comment analysez-vous l'annonce de Nicolas Hulot, la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées ?

Francis Duranthon : "C'est une très bonne nouvelle. Car dans les Pyrénées, il existe deux noyaux de population d'ours : celui de l’Ariège bien fourni (NDLR : plus d'une trentaine d'individus) et celui du Béarn où il ne reste que deux mâles. Le noyau béarnais est donc voué à disparaître si on n'y introduit pas des femelles. En plus, Cannelito, le fils de Cannelle, est un des derniers ours dont il reste du patrimoine génétique d'ours pyrénéen. Il est capital de renforcer cette population béarnaise. Ensuite, il y a toujours la question de la cohabitation entre l'ours et les troupeaux, question qui se posera davantage encore si la population des ursidés augmente.

Vous avez lu les études dont on parle. Il est question d’extinction d'espèces animales et végétales. On pense forcément aux éléphants, aux pandas, aux rhinocéros. Mais il s'agit aussi d'espèces près de chez nous ?

Oui, regardez les moineaux, la population s'est effondrée ces dernières années. C'est pareil pour les grenouilles, les tritons, les amphibiens. Les poissons également, il y a des espèces qui ont disparu et qu'on essaie de réintroduire : les salmonidés, les esturgeons. Dans les collections du Muséum, nous avons un esturgeon pêché à Grenade-sur-Garonne au XIXe siècle. Aujourd’hui il n'y a plus d'esturgeon dans la Garonne. Pour qu'une espèce survive, il faut une diversité génétique pour que l'espèce s'adapte aux variations environnementales ou autre. Quand les groupes se réduisent, en cas d'épidémie par exemple, il n'y a plus la diversité génétique  nécessaire pour que ces espèces puissent résister et perdurer.

Le noyau béarnais est voué à disparaître si nous n'introduisons pas de femelles

Dans quelles mesures serait-ce grave que le merle ou le moineau disparaisse par exemple ?

La biodiversité, c'est comme les ailes d'un avion. Elles sont rivetées ces ailes, vous enlevez un ou deux rivets ça n'est pas grave. Au bout de trois, l'aile commence à vibrer. Et si vous en enlevez quinze, les ailes se détachent et l'avion tombe. Le problème c'est que nous sommes dans l'avion. Quand la biodiversité s'érode, c'est l'avenir de notre propre espèce qui est menacé.

Les plantes sont elles aussi menacées, en Occitanie ?

Oui je pense au lis des Pyrénées par exemple. Quand on sait que la recherche pharmaceutique utilisent beaucoup les propriétés des végétaux pour développer des molécules, des médicaments, la disparition de certaines espèces qui n'ont même pas été recensées est dramatique. Cela nous prive de recherche, et de la possibilité de traiter certaines maladies. 

Il y a aussi des phénomènes inverses : des espèces qui se retrouvent chez nous alors qu'elles n'ont rien à y faire...

Elles ont trouvé chez nous un terrain propice, ces espèces envahissantes perturbent des écosystèmes auxquels elles n’appartiennent pas et mettent en danger les espèces autochtones. On peut prendre l'exemple de la tortue de Floride qui a été introduite dans nos étangs et fait disparaître notre tortue locale, la cistude d'Europe. On peut aussi citer l'écrevisse américaine dans le canal du midi qui détruit progressivement l'ensemble des écrevisses chez nous; ou le cas du crapaud-buffle, cette grosse grenouille introduite dans les étangs de Gironde et qui a gagné tout le Sud-Ouest et a fait disparaître les grenouilles habituelles de nos mares.

Le lis des Pyrénées disparaît et en même temps, l'écrevisse américaine a eu raison de nos écrevisses locales dans le Canal du Midi

À chaque fois, c'est à cause de l'homme ?

Souvent oui. D'abord parce que le commerce est mondial et que tout circule actuellement. Regardez, on disait il y a peu que le moustique-tigre est venu en Europe en voiture! L'action de l'homme, ses déplacements dans tous les éco-systèmes perturbent les espèces, notamment par l'introduction d'espèces qui ne sont pas à leur place. Chez les végétaux, on a l'exemple l'ambroisie qui est la source de très nombreuses allergies au pollen. Ces grands échanges d'espèces dont l'homme est responsable conduisent à perturber l'équilibre des grands éco-systèmes.

Toutes les études évoquent le réchauffement climatique comme responsable de la disparition des espèces...

Ce sont deux actions conjuguées. Le réchauffement climatique est lié à des paramètres naturels et astronomiques. Mais il est gravement accéléré à cause de l'action de l'homme, ce que les chercheurs définissent déjà comme "l'anthropocène", la période où l'action de l'homme se fait sentir. Il y a une accélération de l'érosion de la biodiversité et les projections sont inquiétantes avec deux degrés de plus. Et avec quatre degrés de plus en effet, c'est la moitié des espèces de vertébrés qui est attendue.

Que faire ? Les chercheurs évoquent le développement des aires protégées. Il n'y en a pas assez ?

Oui, nous avons des parcs naturels chez nous, les Causses du Quercy, les Pyrénées, le Parc du Haut-Languedoc, etc. Il en faut davantage et il faut assurer des corridors biologiques entre ces aires pour que les espèces puissent circuler entre ces aires pour qu'elles puissent se mélanger, ce brassage génétique dont je parlais. Il faut permettre à l'homme de développer ses activités et garantir aux espèces sauvages des lieux où elles peuvent s'épanouir. La vraie question c'est : jusqu'à quel degré de nature à côté de chez nous sommes-nous prêts d'accepter? La notion de nature n'est pas la même en Europe, en Chine ou en Amazonie."

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