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Climat – Environnement

Réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées : François de Rugy s'explique sur France Bleu Béarn

vendredi 21 septembre 2018 à 8:35 - Mis à jour le vendredi 21 septembre 2018 à 11:48 Par Axelle Labbé, France Bleu Béarn, France Bleu Pays Basque et France Bleu

François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé ce jeudi à Pau la réintroduction de deux ourses en Béarn début octobre. Il s'en est expliqué ce vendredi matin sur France Bleu Béarn.

François de Rugy est l'invité de France Bleu Béarn ce vendredi matin
François de Rugy est l'invité de France Bleu Béarn ce vendredi matin © Radio France - Daniel Corsand

Pau, France

Le ministre de la Transition écologique et solidaire a confirmé ce jeudi lors d'un déplacement à Pau la réintroduction de deux ourses en Béarn dès octobre. Il est l'invité de France Bleu Béarn ce vendredi matin.

France Bleu Béarn : Vous tenez l'engagement de Nicolas Hulot, il n'était pas question de faire machine arrière ou de temporiser davantage? 

François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire : Il y a eu beaucoup d'années de tergiversation, beaucoup de mois de consultations où les uns et les autres ont donné leur avis. J'ai considéré que, à un moment donné, même si on reportait dans six mois ou dans un an, les contres seraient toujours contre, les pour seraient toujours pour. Il n'y aurait pas d’élément nouveau. Agir, ça nécessite de décider, moi je suis là pour agir. J'ai donc décidé de donner le feu vert à la réintroduction de deux ourses femelles dans le Béarn, dans le massif pyrénéen. 

Pouvez-vous nous dire ce matin où et quand vont être lâchés ces animaux, et est-ce qu'au moins la population sera informée de la présence de ces bêtes ? 

Bien sûr que la population sera informée lorsque la réintroduction aura lieu. Mais compte tenu à la fois du respect des conditions de transfert de ces deux ourses entre la Slovénie, où elles seront capturées, et les Pyrénées, mais aussi des précautions de sécurité, on ne va pas convoquer la presse lorsque les deux ourses seront relâchées dans le Béarn. 

Un budget de 350 000 euros

Combien ça coûte d'aller chercher deux ourses en Slovénie pour les ramener ici en Béarn et d'assurer leur suivi ?

Le budget de cette opération, je le donne en toute transparence, c'est 350 000 euros. Je sais que certains trouvent que c'est beaucoup. On peut le mettre en rapport avec toutes les aides qui sont données à l'agriculture de montagne par exemple et qui sont évidemment, et c'est normal, des sommes beaucoup plus importantes. Ou avec le projet de contournement d'Oloron pour la RN 134 par exemple, qui est aujourd'hui chiffré à 90 millions d'euros. 

Ces ourses seront pleines ? Ce sont deux ourses qu'on va lâcher ou potentiellement il y auras cinq ou six ours en Béarn au printemps ? 

C'est une possibilité que ces deux ourses femelles mettent bas l'année prochaine. Le but de cette réintroduction c'est de compléter une population de deux ours mâles pour qu'il y ait une reproduction viable et durable sur le Béarn comme cela a pu être le cas dans les Pyrénées centrales. Et par ailleurs il ne faut pas oublier qu'il y a eu deux ourses femelles, qui ont été tuées l'une par accident, l'autre dans des circonstances qui n'ont jamais été éclaircies. Et d'une certaine façon c'est le remplacement de ces deux femelles. 

L'avenir des Pyrénées, des Pyrénées-Atlantiques, du Béarn ne se joue pas avec l'ours

Vous connaissez la colère des bergers transhumants, des maires des vallées qui sont opposés à ces réintroductions. Est-ce que vous êtes conscient que cette décision peut-être ressentie comme une véritable déclaration de guerre ? D'ailleurs certains ont dit qu'ils allaient sortir les fusils...

J'entends certains se lancer dans une sorte de guerre, entretenir un climat de tension extrême, employer des mots d'ailleurs très violents, parfois des élus contre d'autres élus, des éleveurs contre éleveurs. Des éleveurs qui étaient prêts à m’accueillir ont subi des pressions. Mais je veux dépasser ça. D'ailleurs la plupart des élus qui se sont rendus à la réunion en préfecture sont contre, mais ils ont accepté de venir entendre mes explications et moi j'ai accepté d'entendre aussi leurs arguments. Et je leur ai dit qu'on se reverrait, sur ce sujet de l'ours, de la cohabitation avec l'élevage, de l'apparition peut-être du loup et des dégâts que cela peut causer. Et donc l'application des mesures qui existent dans les zones où le loup est présent et puis surtout discuter de tous les autres sujets d'avenir du territoire, car l'avenir des Pyrénées, des Pyrénées-Atlantiques, du Béarn ne se joue pas avec l'ours. L'avenir à travers l'agropastoralisme, l'activité agricole mais aussi le tourisme c'est l'adaptation au changement climatique, ce sont les questions de transport, à la fois la route nationale 134 mais aussi la voie de chemin de fer vers Canfranc. Voilà des sujets qui relèvent de mon ministère, et sur lesquels je suis prêt à continuer à discuter.   

Puisque vous évoquez ces autres dossiers d'aménagement du territoire, est-ce qu'il y a une sorte de deal, est-ce que c'est du "donnant-donnant" ? 

Il n'y a aucun deal, il n'y aucun donnant-donnant parce qu'on ne va pas vendre des ours contre un contournement routier ou contre tel ou tel sujet, ce n'est pas une bonne façon de travailler à l'avenir d'un territoire. Vous savez, certains élus, des maires, des présidents de communautés de communes sont venus me voir après la réunion ce jeudi matin en préfecture, on a poursuivi l'échange de façon informelle. Ils m'ont dit qu'ils avaient envie de discuter des barrages, des concessions hydroélectrique. Cela n'a rien à avoir avec l'ours. Ours ou pas ours, il faut aussi régler ces problèmes et moi j'appliquerai la même méthode qui consiste à étudier le sujet et sortir au plus vite du blocage et de l'enlisement dans lequel nous sommes.

L'échec est toujours possible, mais si on a peur de l’échec, on ne fait rien

Est-ce que vous avez envisagé que ces réintroductions puissent être un échec et que ces animaux, qui ne seront sans doute pas les bienvenues en vallée, soit abattus ou tués de quelque façon que ce soit ? 

L'échec est toujours possible, mais si on a peur de l’échec, on ne fait rien. Ce qu'il faut c'est avancer, avancer à partir des éléments que l'on a. Je vais bientôt rendre public un rapport qui avait été commandé au printemps dernier sur les mesures d'accompagnement en matière agricole. Par ailleurs, si on a peur de l’échec, si on cède aux menaces, on ne fera rien pour l'ours et on ne fera rien sur beaucoup d'autres projets qui eux aussi font l'objet de craintes, qui eux aussi font l'objet de colère, qui eux aussi font l'objet de recours, qui eux aussi font l'objet de demandes de renvois à plus tard. Il y a des moments où, une fois qu'on a pris connaissance de tous les éléments d'un sujet, il faut savoir décider pour agir.   

Est-ce que vous reviendrez en Béarn après ces réintroductions ? 

J'ai pris l'engagement auprès de certains élus qui m'ont invité, qui m'ont dit "on vous fera rencontrer des éleveurs qui n'ont pas voulu venir aujourd'hui, qui sont plutôt contre la réintroduction de l'ours mais qui seront prêts à discuter". Et je leur ai dit que je reviendrai au printemps, sans doute ou au début de l'été pour une nouvelle rencontre, peut-être même plus longue, et entièrement sur le terrain.