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Climat – Environnement

Réintroduction de l’ours dans les Pyrénées : pourquoi ça coince

mercredi 29 août 2018 à 12:06 Par Oanna Favennec, France Bleu Béarn, France Bleu Occitanie, France Bleu Pays Basque et France Bleu

Nicolas Hulot a annoncé en mars la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées-Atlantiques à l’automne. Les éleveurs de montagnes y sont fermement opposés. Malgré la démission du ministre, 180 bergers manifestent ce mercredi en Vallée d'Aspe. Décryptage.

Un ours brun (photo d'illustration).
Un ours brun (photo d'illustration). © Maxppp - MaxPPP

Quand le ministre de l’Ecologie a pris position en mars dernier sur le délicat "dossier ours" des Pyrénées, il a tranché pour la réintroduction de deux femelles dans la partie occidentale du massif. Les réactions (manifestations, actions des éleveurs) ne se sont pas fait attendre. Une concertation a été lancée par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques.

France Bleu vous propose de revenir sur ce dossier qui continue d'inquiéter les bergers et éleveurs, malgré la démission surprise de Nicolas Hulot, mardi. Cent quatre-vingts d'entre eux sont rassemblés ce mercredi à Etsaut (Pyrénées-Atlantiques) pour ne pas relâcher la pression, dire non aux réintroduction d'ours et halte aux dégâts causés par le loup hybride.

Pourquoi réintroduire l’ours ?

Il ne reste que deux noyaux de population d’ours dans les Pyrénées : le premier, dans les Pyrénées Centro-orientales, compte 41 bêtes (14 femelles et 6 mâles adultes et 21 oursons). Le deuxième, dans les Pyrénées-Occidentales, ne compte plus que deux spécimens, deux mâles, Néré et Canellito. Ce dernier, le fils de Cannelle, est le dernier à posséder du patrimoine génétique de l’ours des Pyrénées. Sa mère, dernière ourse de souche 100% pyrénéenne, a été abattue par un chasseur en 2004 (sa dépouille, naturalisée, est exposée au muséum de Toulouse). Si Canellito, né d’un père slovène, ne se reproduit pas, la souche s’éteindra donc définitivement.

En 2016, la présence de l’Ours brun sur le massif pyrénéen concerne : 

  • 4 départements français : Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège
  • 3 provinces espagnoles : la Navarre, l’Aragon et la Catalogne.
L'implantation des ours. - Radio France
L'implantation des ours. © Radio France - Oanna Favennec

Est-ce qu’il y a déjà eu des réintroductions ?

Dans les Pyrénées centro-orientales, les premières réintroductions datent de 1996. A l’époque, Ziva et Mellba, deux ourses slovènes, sont lâchées à Melles, en Haute-Garonne. L’année suivante, Mellba aura trois oursons et un ours mâle sera relâché au même endroit. Melba est abattue par un chasseur en septembre 1997. En 2006, cinq ours venus de Slovénie sont relâchés dans les Pyrénées centro-orientales (Burgalays, Bagnères-de-Bigorre et Arbas) : quatre femelles et un mâle. Cette fois, les animaux ont des parrains de renom : Renaud, Véronique Samson, Carla Bruni ou encore Gérard Depardieu. L’une des ourses, Palouma, est retrouvée morte quelques mois plus tard, décédée dans un accident. L’année suivante, un autre plantigrade, Franska, est retrouvée sur une route au petit matin. Elle a été percutée successivement par deux véhicules au plus grand soulagement des éleveurs, qui lui attribuent 150 brebis tuées. 

Qui sont les anti-ours ?

Les bergers de montagne vivent dans la peur de l’ours. En juillet 2017, la préfecture de l’Ariège déclenchait une procédure d’indemnisation et débloquait des crédits exceptionnels suite à un "décrochage" spectaculaire : 209 brebis, effrayées par un ours, se sont jetées du haut du versant espagnol du Mont Rouch. "La présence de l’ours dans les zones d’estive peut être à l’origine de dégâts importants sur les cheptels ovins, bovins et équins, ainsi que sur les ruches", rappelait la préfecture dans son communiqué. C’est en Ariège que les brebis sont les plus attaquées ; près de 700 brebis sont mortes "du fait de l’ours" en 2017. Les décès d’ovins cumulés dans les autres départements n’atteignent pas la centaine, et aucun n’a été recensé dans les Pyrénées-Atlantiques depuis trois ans.

Le 30 avril dernier, une grande manifestation rassemblant des éleveurs de toute la zone concernée s’est tenue à Pau. En tête de cortège, on pouvait retrouver notamment le député et ancien candidat à la présidentielle Jean Lassalle, chantre du pastoralisme. 

Qui est pour ?

Les associations de défense de l’environnement ont diligenté plusieurs études auprès de la population. En février 2018, un sondage IFOP, repris dans l’argumentaire du ministre de l’Ecologie, commandé par la LPO, la Ligue de Protection des Oiseaux, assène que 84% des Français sont favorables au "maintien d’une population d’ours dans les Pyrénées". Quand il s’agit de poser la question de la réintroduction de l’ours en Béarn, les avis sont un peu moins tranchés dans la population locale. Ainsi, seuls 66% des habitants des Hautes-Pyrénées et 76% des habitants des Pyrénées-Atlantiques* se déclarent favorables, lors d’une autre étude, commanditée cette fois par un collectif d’associations pro-ours. Selon la consultation lancée par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, ils sont 58% dans les communes concernées par la réintroduction à dire "oui" à l'ours.

Deux textes juridiques européens vont également dans le sens de cette réintroduction : la Convention de Berne de 1979 (qui protège la faune et la flore sauvage) et la recommandation européenne numéro 10 de 1988 (qui vise spécifiquement la protection de l’ours brun).

*600 personnes représentatives de la population des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées interrogées par téléphone