Climat – Environnement

Seconde guerre mondiale : des plongeurs en quête d'obus dans les douves du fort de Petite-Synthe

Par Aurélien Accart, France Bleu Nord lundi 14 avril 2014 à 23:02

Une équipe de sept démineurs est à pied d'oeuvre toute la semaine pour sécuriser les douves du fort de Petite-Synthe.
Une équipe de sept démineurs est à pied d'oeuvre toute la semaine pour sécuriser les douves du fort de Petite-Synthe. © Aurélien Accart - Radio France

L'accès au fort de Petite-Synthe, près de Dunkerque, est fermé toute la semaine pour permettre aux plongeurs démineurs de la sécurité civile de sonder les douves, à la recherche d'obus, d'armes et de munitions françaises et allemandes datant de la seconde guerre mondiale. Un cocktail explosif dissimulé dans près de deux mètres de vase depuis plus de soixante-dix ans.

L'opération de déminage a commencé depuis à peine vingt minutes, quand Gilles Soreau, l'un des plongeurs de la sécurité civile, surgit de l'eau des douves avec, dans les bras, un obus de 75 datant de la seconde guerre mondiale. "Il n'a pas été tiré, toutes les sécurités sont encore en place, explique le démineur. Mais il y a là dedans près de 500 grammes d'explosif, ça peut être dangereux si c'est manipulé sans précaution." Cet obus, c'est la première trouvaille de la campagne de déminage menée dans les douves du fort de Petite-Synthe. Il y en aura deux autres d'ici à la fin de la journée. Mais les démineurs s'attendent à en trouver encore beaucoup d'autres dans les jours qui viennent.

Au fort de Petite-Synthe, les démineurs ont du travail

Car c'est un véritable coktail explosif qui a longtemps été oublié dans les deux à trois mètres de vase au fond des douves qui entourent le fort de Petite-Synthe. Un ouvrage militaire construit entre 1906 et 1908 pour sécuriser les abords de Dunkerque, mais qui n'a jamais été au coeur de grandes batailles, ni même cible de bombardements. Et pourtant, une quantité incroyable d'explosifs s'est retouvée là, dans l'eau des douves, oubliée pendant des dizaines d'années.

L'explication remonte au 4 juin 1940 . La ville de Dunkerque capitule devant l'avancée de l'armée allemande. Les armées françaises et britanniques sont défaites: c'est la débâcle. Mais le fort de Petite-Synthe est toujours tenu par une garnison française. Qui va bientôt, à son tour, se rendre. Mais pendant la négociation de leur réddition, les soldats français démantèlent rapidement tout le matériel du fort, pour que les armes ne soient pas récupérés par l'ennemi: ils parent au plus pressé, et ils jettent leurs fusil, leurs cartouches, leurs pièces d'artillerie et balancent leurs obus... dans les douves, juste à l'entrée du bâtiment fortifié.

" Les soldats français ont jeté tout ce qui aurait pu être récupéré par l'ennemi, notamment des obus de 75 qui n'ont jamais été tirés, raconte Pierre Metsu, administrateur de l'association HISPASEC, qui oeuvre à la sauvegarde du patrimoine historique de Petite-Synthe. En 1945, lors de la défaite des Allemands, eux aussi ont jeté des armes dans l'eau des douves." Ce qui explique le nombre élevé de munitions retrouvés lors des deux précédentes opérations de déminage, en 1998 et en 2011. "La dernière fois, on a récupéré une quarantaine d'obus, se souvient Sébastien Duquesne, chef de l'antenne des démineurs de Calais. Et c'était encore plus important la fois d'avant."

Gilles Soreau vient de trouver, à l'aide de son détecteur de métaux, le premier obus de cette campagne de déminage. - Radio France
Gilles Soreau vient de trouver, à l'aide de son détecteur de métaux, le premier obus de cette campagne de déminage. © Radio France

Gilles Soreau est l'un des plongeurs démineurs qui oeuvre à l'aveugle dans les douves

L'opération qui vient de commencer, la troisième du type, doit durer toute la semaine. Il s'agit cette fois de récupérer les ultimes munitions enfouies dans la vase, et enfin dépolluer le site des cicatrices du passé. "Même si on ne peut jamais être certain à 100% d'avoir récupéré tous les obus qui sont au fond, estime Sébastien Duquesne. C'est impossible à certifier, vu l'épaisseur de la vase." Pour la ville, le but de cette opération est surtout de sécuriser complètement le site. Ce sera chose faite à la fin de la semaine, et dans quelques mois, si tout se passe comme prévu, ce sont des pédalos qui remplaceront les barques des démineurs sur le plan d'eau.

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