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Environnement

Terre de Cévennes : le gypaète barbu

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Par , France Bleu Gard Lozère

Chaque semaine, la rédaction de France Bleu Gard Lozère revient sur un sujet d'actualité illustré sous forme de reportage en immersion. Cette semaine Terre de Cévennes vous propose de découvrir le gypaète barbu.

Europe, Lauza et Mona, trois jeunes gypaètes barbus vont être réintroduits en Cévennes, dans le cadre d'un programme européen de sauvegarde de ce rapace menacé.
Europe, Lauza et Mona, trois jeunes gypaètes barbus vont être réintroduits en Cévennes, dans le cadre d'un programme européen de sauvegarde de ce rapace menacé. © Radio France - SAID MAKHLOUFI

Meyrueis, France

Le 6 mai 2019, trois gypaètes barbus ont été déposés en nature dans une vire de taquet située dans les falaises lozériennes, au cœur du parc national des Cévennes. Les oiseaux prendront leur envol dans quelques semaines. Il s’agit du quatrième lâcher réalisé sur le territoire du parc national dans le cadre du programme européen de réintroduction Life Gypconnect. Baptisés Europe, Lausa et Monna par les enfants des écoles de Sainte-Enimie et de Lanuéjols, les trois gypaètes âgés d’environ 90 jours ont été libérés en présence d'Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux.

Il s’agit d’un mâle et de deux femelles nés en début d’année dans des centres d’élevages d’Andalousie et de Catalogne, en Espagne. Un second lâcher prévu début juin devrait permettre de lâcher deux autres mâles. Depuis 2012, dix-huit jeunes gypaètes barbus ont été lâchés dans les Grands Causses, alternativement dans les falaises de la Jonte en Lozère ou dans la vallée du Trévezel en Aveyron.

"Je crois que nous remplissons notre devoir de solidarité à l’égard du vivant. C’est agréable de se battre pour permettre l’épanouissement d’une espèce", a déclaré Allain Bougrain-Dubourg,président de la LPO. De son côté, Henri Couderc, président du parc national des Cévennes a rappelé que "depuis sa création, le parc national est partenaire pour la réintroduction d’espèces. Les quatre vautours sont présents sur notre territoire".

Lancé en 2015, le programme européen de réintroduction baptisé "Life Gypconnect" permettra sur le long terme de renforcer les populations existantes dans les Alpes et les Pyrénées, mais surtout de les maintenir en permettant des échanges (brassage génétique) entre les populations. 

Europe, Lauza et Mona dans les airs des Causses

Le gypaète "incarne le regard nouveau de communion entre tous les acteurs, éleveurs, chasseurs, protecteurs de la nature, que l'on doit porter sur la biodiversité", assure le président de la Ligue pour la protection des oiseaux Allain Bougrain-Dubourg, présent à Meyrueis, en Cévennes, pour l'opération. D'ailleurs, s'amuse-t-il, "le gypaète agrège toutes les différences: à peine arrivé ici un chasseur m'a embrassé, c'est vraiment une journée singulière !".

Les trois oiseaux, un mâle et deux femelles d'environ 90 jours élevés en captivité en Espagne,  - Radio France
Les trois oiseaux, un mâle et deux femelles d'environ 90 jours élevés en captivité en Espagne, © Radio France - SAID MAKHLOUFI

L'objectif du futur lâcher dans les Cévennes est de "reconnecter les populations de gypaètes barbus présentes après des opérations de réintroduction dans les Alpes et celles, naturelles, des Pyrénées via un noyau de population dans le Massif Central pour accroître les chances de survie de l'espèce", précise à l'AFP Pascal Orabi, chef de mission de la LPO. Les trois oiseaux ont d'abord été présentés aux enfants de trois écoles de Lozère et du Gard, qui ont choisi leurs noms. Ils sont pourtant "déjà énormes", s'exclament des écoliers, impressionnés par ces grands rapaces nécrophages qui "font quand même drôlement peur".

Les jeunes vautours, équipés de GPS qui permettront de suivre leurs déplacements quand ils commenceront à voler, - Radio France
Les jeunes vautours, équipés de GPS qui permettront de suivre leurs déplacements quand ils commenceront à voler, © Radio France - SAID MAKHLOUFI

Semblant saluer les poussins eux aussi effrayés, un gypaète adulte, planeur hors pair d'une envergure de 2,70 à 3 mètres, effectue un vol majestueux au-dessus de la paroi rocheuse dans laquelle a été aménagé pour eux un nid artificiel avec des structures de bois recouvertes de laine. Les jeunes vautours,équipés de GPS qui permettront de suivre leurs déplacements quand ils commenceront à voler, ont ensuite été transportés en voiture dans des cages vers ce site situé sur la Corniche du Causse Méjean, au coeur du parc national des Cévennes. 

Pour assurer leur quiétude, ils ont été placés avec précaution dans un périmètre fermé au public, une cavité protégée par un grillage et donnant sur un panorama époustouflant. Ils y seront nourris et surveillés régulièrement jusqu'en septembre par deux personnes.
 

Pour assurer leur quiétude, ils ont été placés avec précaution dans un périmètre fermé au public, une cavité protégée par un grillage et donnant sur un panorama époustouflant. Ils y seront nourris et surveillés régulièrement jusqu'en septembre  - Radio France
Pour assurer leur quiétude, ils ont été placés avec précaution dans un périmètre fermé au public, une cavité protégée par un grillage et donnant sur un panorama époustouflant. Ils y seront nourris et surveillés régulièrement jusqu'en septembre © Radio France - SAID MAKHLOUFI

Les spécialistes espèrent qu'ils identifieront ce nid artificiel comme leur lieu de naissance et reviendront ainsi s'y reproduire à l'âge adulte vers 6 ou 7 ans après une période de "voyage initiatique". 

Baptisé "barbu" en raison de la touffe de plumes présente sous son bec, le gypaète tient à la fois du vautour et de l'aigle et peut vivre sous toutes les latitudes en Europe, Afrique et Asie. Ce charognard se nourrit presque exclusivement d'os qu'il lâche en altitude sur des rochers pour les briser quand ils sont trop gros pour être ingurgités. Il peut parcourir des centaines de kilomètres par jour pour s'alimenter. Les adultes prennent une couleur rouille en se baignant dans de la boue ferrugineuse et sont connus pour le jaune et rouge de leurs yeux. 

En 2018, on dénombrait une soixantaine de couples en France, dont 44 dans les Pyrénées françaises, 16 dans les Alpes françaises et trois à cinq en Corse.

Reportage de Said Makhloufi