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Environnement

Trop basses, les nappes phréatiques du Roussillon polluées par l’eau de mer

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Par , France Bleu Roussillon

Le scénario tant redouté est en train de se produire dans le secteur de la Salanque, sur le littoral des Pyrénées-Orientales : les nappes phréatiques sont tellement basses que l’eau de mer commence à s’y infiltrer. L’eau potable est en danger.

Plusieurs forages affichent des taux de salinité supérieurs au seuil de potabilité
Plusieurs forages affichent des taux de salinité supérieurs au seuil de potabilité © Radio France - François DAVID

Torreilles, France

C'est un danger invisible qui avance sous terre depuis vingt ans. Inexorablement, l’eau de mer s’infiltre dans les nappes phréatiques profondes (Pliocène) de la Plaine du Roussillon. Avec la sécheresse récurrente, la situation devient critique dans le secteur de la Salanque, le long du littoral très touristique entre le Barcarès et Sainte-Marie-la-mer. 

Sur deux forages (à Torreilles et Sainte-Marie), le taux de salinité a été mesuré entre 500 et 2.000 milligrammes par litre, largement au-dessus du seuil de potabilité (250 mg/L). Désormais, cette eau doit être mélangée à d’autres avant d’être distribuée au robinet. 

"Le danger, c’est quand le niveau de la nappe passe en dessous du niveau de la mer, explique l’hydrogéologue Henri Got, ancien président de l’Université de Perpignan. En 1995, cela ne se produisait quasiment jamais. En 2000, ce phénomène était déjà observé 20 jours dans l’année. Et en 2010, quarante jours. Il faudrait réduire drastiquement les pompages dans cette nappe, et la réserver exclusivement à l’eau potable."

Un phénomène irréversible

Car lorsqu’une nappe phréatique est infiltrée par l’eau de mer, le phénomène est irréversible. Cette pollution s’est déjà produite une fois dans l’histoire de la Salanque : dans les années 40, un agriculteur avait voulu exploiter des rizières. Il a pompé tellement d’eau que la mer s’est infiltrée dans une nappe profonde de 20 mètres. Soixante-dix ans plus tard, l’eau y est toujours saumâtre et impropre à la consommation. 

Henri Got : "si nous ne prenons pas des mesures drastiques, la nature se chargera de nous les imposer"

A Torreilles, le maire Marc Médina sait que sa commune vit depuis plusieurs années avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. "Toute la population doit prendre conscience que l’eau est devenue un bien précieux. Nous ne pouvons plus nier que nos comportements génèrent des dysfonctionnements graves." 

Depuis un an, les douches de plages ont été démontées à Torreilles, les pelouses et les plantes nécessitant un arrosage ont été supprimées, des mousseurs ont été distribués aux habitants pour réduire le débit des robinets. La commune multiplie les conférences, les réunions publiques et les programme d'éducation dans les écoles. 

Une pression démographique qui pose question

Le problème, c'est que dans le même temps, la population ne cesse d'augmenter dans la Plaine du Roussillon, la progression avoisine 1% chaque année. "Ce n'est plus tenable, avertit l'hydrogéologue Henri Got. Mais que faire ? On ne va pas construire un mur "à la Trump" pour empêcher les gens de venir s’installer… Il faudrait aussi revoir notre modèle de tourisme, ne plus entasser les vacanciers sur le littoral dans des campings."   

Depuis plusieurs années, des scénarios sont à l’étude pour acheminer de l’eau vers la Salanque depuis d’autres secteurs, notamment les Corbières dont le sous-sol karstique regorge d’eau potable. "Des solutions existent, mais elles seront onéreuses", prévient Henri Got. A l’avenir, les factures d’eau risquent d’être douloureuses. 

Changer les comportements

Pour le maire de Torreilles Marc Médina, il serait également judicieux de stocker l’eau dans des retenues collinaires pendant l’automne et l’hiver, lorsque les pluies sont abondantes. 

Quoiqu’il en soit, les habitants du Roussillon devront "changer radicalement leurs comportement dans le futur, conclut Henri Got. Nous avons vécu jusqu’à présent avec un fonctionnement de société qui ne peut plus tenir. Mais la prise de conscience est très lente. Pour beaucoup d’habitants, il y a encore une part de déni. Il est temps de s’y mettre !"

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