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Climat – Environnement

Vague de chaleur en Bourgogne-Franche-Comté : les ouvriers du BTP trinquent

mardi 24 juillet 2018 à 0:23 Par Nicolas Fillon, France Bleu Bourgogne

36°C à Dijon, Beaune et Chalon-sur-Saône, voire même 37°C à Mâcon : les pics de chaleur prévus cette semaine dans la région ne vont pas passer inaperçus. Sur les chantiers, les travailleurs du BTP sont les plus exposés à la canicule. Une situation qui peut causer pas mal de désagréments.

Travailler sur un chantier en période de canicule oblige l'employeur à assurer la sécurité et la protection de ses salariés.
Travailler sur un chantier en période de canicule oblige l'employeur à assurer la sécurité et la protection de ses salariés. © Radio France - Nicolas Fillon

Dijon, Côte-d'Or, France

Plus de 30°C en Bourgogne-Franche-Comté : la vague de chaleur s'est bien installée dans la région et dans tout le pays depuis le début de cette dernière semaine de juillet.

En Côte-d'Or, de nombreuses communes afficheront des pics de températures à 36°C. - Radio France
En Côte-d'Or, de nombreuses communes afficheront des pics de températures à 36°C. © Radio France - Denis Souilla
Mâcon devrait afficher un record de canicule cette semaine avec 37°C prévus ! - Radio France
Mâcon devrait afficher un record de canicule cette semaine avec 37°C prévus ! © Radio France - Denis Souilla

Si des pics de température sont attendus notamment ce mercredi, le mercure n'a pas tardé à grimper dès ce lundi 23 juillet. Et ça, les travailleurs du BTP l'ont bien senti. Salariés et entreprises doivent normalement s'adapter en cas de fortes chaleurs et de canicule.

Bouteilles d'eau et locaux "au frais" pour les chantiers en cas de canicule

En théorie, la loi prévoit un droit de retrait à partir de 28°C sur les chantiers si l'employeur déroge au plan canicule ou ne prend pas les dispositions nécessaires pour assurer sécurité et protection des salariés en cas de forte chaleur, comme par exemple la mise à disposition d’au moins trois litres d'eau fraîche potable par personne ou encore la ventilation et aération des préfabriqués qui servent de locaux au personnel.

Mais ça n'est pas toujours évident. Exemple à Dijon, où, près de la gare, plusieurs ouvriers s'activent pour rebétonner la route et le trottoir. Il est 11h du matin, le thermomètre flirte avec les 30°C. Et Maxime*, le chef de chantier, tire déjà la langue. "On a de l'eau fraîche, une cabane de chantier avec un frigo, on se met à l'ombre de temps en temps, nos pauses sont plus régulières et nos casques nous protègent du soleil. Mais nos horaires ne sont pas aménagés", grommelle-t-il.

En effet, le décalage des heures de travail n'est pas obligatoire. Pourtant, cette mesure ferait la différence selon le chef de chantier : "Nos patrons pensent qu'il vaut mieux se reposer à l'abri de la chaleur et bien dormir la nuit plutôt que de démarrer le boulot plus tôt et de finir également plus tôt. Le plus gros pic en termes de températures intervient de 11h à 16h, et on est en plein dedans. L'aménagement horaire, notre entreprise n'en veut pas car elle estime que cela serait impossible à coordonner avec les livraisons, les carrières et les centrales à béton."

"L'impression que la rentabilité passe avant la santé" — Maxime, chef sur un chantier à Dijon

La question de "la rentabilité du chantier" couplée à l'impact sur les délais à respecter est un autre nœud du problème, avance Maxime : "On a l'impression que la rentabilité passe avant la santé. Malgré tout, on adapte quelque peu nos horaires, malgré le désaccord de notre direction. Quand le pic de chaleur arrive, on essaye de travailler un peu plus à l'ombre. Si un endroit du chantier évolue plus qu'un autre, tant pis. Je préfère que tout le monde aille bien plutôt qu'amener quelqu'un à l'hôpital pour une insolation."

Casque vissé sur la tête, t-shirt manches longues, gants et pantalon de travail sur le corps, Jawad, un autre ouvrier, commence un peu à souffrir de la chaleur. "L'entreprise nous impose tout cet attirail, mais c'est impossible de travailler comme ça. On n'est pas à l'aise avec cet équipement."

Lui aussi souhaite que les horaires soient aménagés sur le chantier. "J’ai des amis qui, dans d’autres boîtes de BTP, travaillent de 7h à 15h quand il fait très chaud, détaille Jawad. Ils sont en forme, et le travail est bien fait. Mais sur notre chantier, les gars sont fatigués avec les horaires en place et la chaleur qui pèse. Il y a très peu de zones ombragées. Personnellement, je n’arrive pas à récupérer de ma journée de travail le soir, car la nuit, il fait encore chaud. Nous, on ne demande qu’à travailler plus tôt. Tant qu’on travaille huit heures, je ne vois pas où est l’inconvénient. Mais on nous met la pression sur les délais, et on nous explique qu'il est difficile de coordonner les différents corps de métier pour avoir les mêmes horaires… Alors c’est l’ouvrier qui trinque."

L'enrobé bitumineux dégage une chaleur proche des 150°C.  Les ouvriers qui en manipulent risquent davantage de se déshydrater. - Radio France
L'enrobé bitumineux dégage une chaleur proche des 150°C. Les ouvriers qui en manipulent risquent davantage de se déshydrater. © Radio France - Nicolas Fillon

Du doigt, Jawad nous montre des collègues qui, un peu plus loin et à l’aide d’une pelle, récupèrent dans la benne d’un camion de l’enrobé bitumineux pour en recouvrir le trottoir. "Pour eux, c’est encore plus difficile", souffle-t-il. Car ce mélange, quand il est à chaud, peut facilement atteindre les 150°C.

"Les ouvriers qui travaillent en contact de l’enrobé sont davantage sujets à la déshydratation ou à l’insolation, acquiesce Maxime, le chef de chantier. Leur sudation s’annule avec la chaleur du matériau. Du coup, ils ne sentent pas venir le malaise qui arrive plus rapidement que les personnes qui travaillent sur les bordures ou les assainissements. Je dois donc veiller à ce qu’ils boivent plus que les autres."

"C'est rude parfois" — Laurent, ouvrier et délégué syndical CFDT

Pelle à la main, Laurent, ouvrier et délégué syndical CFDT, transpire à grosses gouttes à mesure qu’il décharge l’enrobé sur la voirie. Son sourire semble vouloir dire qu’il prend la situation avec philosophie, mais il reconnaît que "c’est rude parfois". 

La volonté de ses collègues d’aménager les horaires de travail ? "On peut les décaler, pour finir de bonne heure, mais ce n’est pas évident, concède-t-il. Cela nécessite de se coordonner avec les centrales d’enrobé par exemple. Et puis, quand on débute un chantier, il faut aller au bout."

Laurent boit "autant que possible", environ sept litres par jour, "facile, sans forcer". Et se protège des rayons du soleil à chaque pause. "Là, on embauche à 8h du matin, mais il serait préférable de commencer à 5h, avec les chaleurs qui s’annoncent, insiste-t-il. Ce ne sera pas la même chose qu’en début de semaine !

En attendant la canicule, la préfecture de Côte-d’Or a déjà pris un arrêté de restriction d’eau ce lundi 23 juillet, notamment pour les activités agricoles, industrielles, et les golfs. Il est également, pour les particuliers, interdit d’arroser sa pelouse

La ville de Dijon propose elle depuis plusieurs semaines aux seniors de s’inscrire au dispositif canicule.

*Le prénom a été modifié