Climat – Environnement

Vertrieu veut protéger ses derniers buis contre la redoutable pyrale

Par Jacky Page, France Bleu Isère vendredi 21 avril 2017 à 19:32 Mis à jour le vendredi 21 avril 2017 à 19:35

Denis Bec, technicien du réseau de protection des végétaux FREDON, inspecte les buis morts au pied du château de Vertrieu.
Denis Bec, technicien du réseau de protection des végétaux FREDON, inspecte les buis morts au pied du château de Vertrieu. © Radio France - Jacky Page

Hiver peu rigoureux et printemps précoce : les chenilles de la pyrale du buis en ont profité et sont de retour. Le comité parlementaire de suivi des espèces invasives organisait ce vendredi une visite à Vertrieu, commune iséroise très touchée par le fléau depuis deux ans.

C’est un papillon de nuit, blanc, en apparence anodin. Mais avant de devenir ce charmant insecte, la pyrale du buis a été une petite chenille verte à l’appétit insatiable. Venue d’Asie dans des produits importés, la pyrale n’est en France que depuis 2008, mais elle a déjà dévasté les buis dont elle se nourrit exclusivement. Elle n’a pas de prédateur. L’insecte se multiplie en outre à une vitesse effarante. Il génère trois, voire quatre générations par an. Denis Bec est responsable technique au réseau de protection des végétaux FREDON. Il évoque les dégâts causés par la chenille : « Elle va dévorer d’abord les feuilles, et lorsqu’il n’y a plus de feuilles, elle va se nourrir de l’écorce du buis, qui va alors mourir ».

Dans les bois communaux de Vertrieu, tous les buis sont morts

C’est ce qui s’est passé à Vertrieu, frappé par la première invasion de chenilles en 2015. Le long du petit chemin forestier qui mène au château-fort, les buis sont tous morts. Un spectacle devant lequel se désole le maire, Francis Spitzner : « on a tout perdu, on n’a plus un buis dans les bois communaux. Il y a eu un changement d’écosystème, la nature va devoir s’adapter et nous aussi ». Quand les buis meurent sur les pentes les plus raides, ils ne retiennent plus la terre et les éboulis, et l’érosion s’accélère. Le député Alain Moyne-Bressand, qui préside le comité parlementaire de suivi du risque ambroisie et autres espèces invasives, met aussi en garde contre le risque d'incendie que peuvent présenter les buis morts et desséchés : « Il n’y a plus que des branches qui brûlent facilement. Et sur des zones très importantes un peu sauvages, ça peut provoquer des incendies graves ».

Les jardins à la française menacés

Au bord du Rhône, se dresse l'autre château de Vertrieu, avec ses jardins à la française. Sa propriétaire, Isabelle de Laroullière, doit les protéger, et elle les fait traiter à la moindre alerte: « on ne peut pas imaginer un jardin du XVIIIe siècle sans buis. On a eu une première attaque de pyrale l’année dernière. Il faut être vigilant, et nous savons que ce n’est pas une guerre à gagner, mais des batailles ». Car s’il est possible de traiter dans un parc ou un jardin, comment imaginer pouvoir éradiquer la pyrale du buis en pleine nature ? L’insecte ravageur semble installé pour longtemps.

Dans l'autre château de Vertrieu, les jardins à la française sont sous la menace de la pyrale du buis. - Radio France
Dans l'autre château de Vertrieu, les jardins à la française sont sous la menace de la pyrale du buis. © Radio France - Jacky Page

Il existe des traitements biologiques, pièges à phéromones pour les papillons, et bacille qui tue la chenille en s’attaquant à son système digestif. Ce bacille détruit toute espèce de papillons, mais en limitant le traitement aux seuls buis, on peut éviter les destructions collatérales d’autres espèces de lépidoptères. Des essais vont être par ailleurs engagés sur des prédateurs, des micro-guêpes dont les larves détruisent les chenilles. Mais le sort s'acharne décidément contre les buis, victimes également, depuis 2007, d'un champignon qui provoque la "maladie du dépérissement".