Culture – Loisirs

Treize rappeurs du "93" sur le plateau de Millevaches

Par Thomas Schnell, France Bleu Paris Région, France Bleu Creuse et France Bleu mercredi 10 août 2016 à 14:54

Le collectif de rappeur découvre la Creuse pour la première fois
Le collectif de rappeur découvre la Creuse pour la première fois © Radio France - Thomas Schnell

Quand des rappeurs de Seine-Saint-Denis se mettent au vert à l'initiative de l'Association pour la salle des fêtes de Faux-la-Montagne. Les 13 rappeurs sont en résidence dans la petite commune depuis le 6 août, bien loin du bitume du 93, ils ont pourtant trouvé beaucoup de points communs.

C'est inédit, un collectif de rappeurs est en résidence dans la Creuse pendant une semaine. Au programme : concert, répétitions, écriture de nouveaux morceaux et balades champêtres.

A l'origine du projet, il y a Tevin Creus, un jeune Creusois de 19 ans originaire de Faux-la-Montagne en manque de sensations. Lui comme ses amis doivent faire plusieurs dizaines de kilomètres en général pour aller voir des concerts d'artistes qu'ils apprécient. Limoges, Montluçon, Clermont-Ferrand, des trajets qu'ils doivent faire trop souvent à leur goût. Alors l'idée d'inviter le collectif Dojoklan sur le plateau de Millevaches germe dans sa tête. Il effectue des demandes de subventions auprès des collectivités territoriales et parvient à inviter les musiciens toute la semaine dans la commune de Faux-la-Montagne.

Des rappeurs au milieu de la commune de 350 habitants

Le Dojoklan regroupe une douzaine d'artistes musiciens dans une maison à Saint Denis où ils composent et enregistrent leurs morceaux. Le collectif est issu d'une formation de Seine-Saint-Denis plus large, la 75eme Session, un label de musique urbaine. Actif depuis 2014, le groupe de rappeurs n'avait encore jamais pu partir avec tous ses membres. Quand on leur propose de venir à Faux-la-Montagne, tous les rappeurs sont partants.

L'association des jeunes de Faux-la-Montagne a loué deux gîtes pour accueillir les jeunes hommes. Ces derniers restent une semaine du 6 au 12 août, le temps de faire un concert, répéter ensemble et profiter des activités rurales du plateau (lac de Vassivière, balades en forêt...). Aucun d'entre eux n'avait jamais mis un pied dans le département, c'est une véritable découverte de la France rurale. Et finalement ils se rendent compte que la Creuse et la banlieue parisienne ne sont pas si éloignées.

Les rappeurs sont surpris par l'accueil chaleureux des Creusois - Radio France
Les rappeurs sont surpris par l'accueil chaleureux des Creusois © Radio France - Thomas Schnell

La Creuse c'est un contexte de street culture, un super endroit pour écrire des chansons de rap.

Dans la commune les artistes discutent avec les jeunes qu'ils croisent et réalisent que les réalités sociales entre monde rural et monde urbain sont similaires. Même si dans cette région de la Creuse il y a cinq cent fois moins d'habitants au kilomètre carré que chez eux, le désœuvrement des jeunes est parfois le même. "Franchement, entre ici et chez nous, c'est la même galère, c'est juste que nous on traîne en bas des tours et ici ils traînent dans les champs. Mais en vrai, on a pas de travail, ils ont pas de travail, c'est de là que naît notre musique" nous confie Say, lui qui a grandi dans le XVIII ème arrondissement de Paris, un quartier populaire.

Un concert organisé par tous les jeunes des environs

Une centaine de personnes ont assisté à leur concert, lundi soir. C'est la première fois que le rap parisien s'invite dans la commune, alors forcément, tous les jeunes du coin se sont donné rendez-vous. Printille est venue en covoiturage,  "Ça change des bal'trad (bal traditionnel ndlr), en général il n'y a que ça ici mais c'est pas pour le même public" avoue-t-elle. L'association qui invite le collectif a eu besoin de l'aide d'une vingtaine de personnes bénévoles pour l’événement : nourriture, installation du matériel, décoration et animation, les jeunes Creusois ont tout fait pour que les rappeurs jouent dans de bonnes conditions.

Peu habitués au beau temps Creusois, ils cherchent la fraîcheur à la mi-journée - Radio France
Peu habitués au beau temps Creusois, ils cherchent la fraîcheur à la mi-journée © Radio France - Thomas Schnell

Leur musique urbaine peut parfaitement s'inspirer de la campagne. On se souvient du succès de l'artiste Kamini qui avait fait un rap sur une petite commune rurale en Picardie : Marly-Gomont. Les rappeurs du 9-3 sont convaincus que leur musique prendra une autre couleur avec leur passage en Creuse. Parce qu'en général ils parlent de leur quotidien dans les quartiers sensibles de la banlieue parisienne.

La Creuse, banlieue parisienne, si loin, si proches

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