Culture – Loisirs

40 ans après sa mort, les artistes de l’Yonne vénèrent toujours Maria Callas

Par Delphine Martin, France Bleu Auxerre samedi 16 septembre 2017 à 5:00

Maria Callas est morte le 16 septembre 1977.
Maria Callas est morte le 16 septembre 1977. © Maxppp -

La cantatrice Maria Callas est morte il y a 40 ans, le 16 septembre 1977. Sa virtuosité et sa force d'interprétation fascinent toujours autant. Des artistes Icaunais témoignent.

Elle était la plus grande voix du XXe siècle : Sophia Cecilia Kalos, dite Maria Callas, fut la «Diva» absolue de l'opéra. Elle a interprété les plus grands rôles du répertoire : Norma, Tosca, Violetta dans la Traviata... Elle a donné un nouveau souffle aux œuvres de Cherubini, Donizetti, Bellini, Rossini et Verdi.

Une présence scénique incroyable et une personnalité mythique

Nicolas Bucher, le directeur de la cité de voix de Vézelay, ne se lasse pas d’écouter son interprétation de Manon Lescaut, de Puccini. "Ce qui est impressionnant, avec Maria Callas, c’est d’abord son engagement personnel, sa force d’interprétation. C’est aussi l’incroyable largeur, l’incroyable étendue de son répertoire. Et puis la troisième chose, c’était sa présence scénique, sa personnalité incroyable".

Nicolas Bucher, directeur de la Cité de la Voix à Vézelay

Cet organiste de formation est aussi chef d’orchestre. Il dirige, depuis 2011, la cité de la voix, lieu de résidence et de concerts dédié à l’art vocal. Pour lui, Maria Callas n’a pas simplement révolutionné le chant lyrique, elle est carrément devenue une icône : "C’est devenu une personnalité mythique, mythologique. Elle symbolise à elle seule la Diva, ce mythe éternel. On a toujours besoin de la Diva, qu’on l’appelle Céline Dion, Mylène Farmer ou la Callas", note le musicien.

Une vie parmi les plus grands de ce monde

Et puis il y a la vie de la chanteuse. Sa vie et ses amours : "Il ne faut pas sous-estimer le côté « people » de la Callas", assure Nicolas Bucher. "Ce n’est pas lui faire injure ! Elle a été une star à son époque, elle a vécu parmi les grands de ce monde, elle a été mariée à Onassis… tout cela a aidé à la construction de sa légende, en plus de ses qualités artistiques", poursuit le directeur de la cité de la voix.

Une chanteuse à l’intensité d’une comédienne

Maria Callas a été la première cantatrice du 20e siècle à interpréter ses rôles avec l'intensité d'une comédienne. Pour Valérie Maucourt, professeur de chant à Paris et à Champlost dans l'Yonne, la Callas a tout donné à son art : "Ce qui est saisissant chez elle, c’est l’authenticité avec laquelle elle aborde ses rôles. Elle investit ses rôles avec ce qu’elle est vraiment", souligne la chanteuse. "Dans Casta Diva, quand elle investit le rôle de Norma, elle est magnifique. Et puis dans Tosca, elle est absolument déchirante".

Valérie Maucourt, professeur de chant à Paris et Champlost

"La plupart des chanteurs ont tendance à plaquer un jeu qui correspond à l’idée qu’ils se font d’un rôle ou d’un personnage. Elle, Callas, ne se contentait pas de ça. Elle laissait vraiment parler ce qu’elle était. Et à mon avis, c’est aussi ce qui lui a permis de toucher un public beaucoup plus large, pas seulement un public d’initiés", ajoute Valérie Maucourt.

Plus forte que tout un orchestre

Maria Callas est née le 2 décembre 1923 à New York. Lorsqu'elle est morte, le 16 septembre 1977 à Paris, la chanteuse grecque avait 53 ans. Elle vivait isolée et avait perdu sa voix. Pasquale Mourey, professeur de chant lyrique au conservatoire d’Auxerre, se souvient bien de la première fois qu’elle a « rencontré » la chanteuse : "c’était un reportage sur un concert à Paris. Elle chantait Norma avec le chœur, derrière. L’introduction orchestrale dure plus de 5 minutes, et elle est là ! Elle ne fait rien mais elle prend tout l’espace de la scène et tout le public", note l’artiste en souriant. "Moi, jeune chanteuse, je me suis dit que c’était ça qui comptait : pas seulement comment on chante, mais la présence… ".

Pasquale Mourey, professeur de chant au conservatoire d'Auxerre

C’est cette présence unique et la grande fragilité de la Callas, qui émeuvent encore l’enseignante : "Elle a révolutionné le chant et a imposé une nouvelle vision de l’art du chant. Elle était engagée corporellement et vocalement dans les rôles, au point de se brûler les ailes", ajoute Pasquale Mourey.