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Culture – Loisirs
Dossier : Retirada, l'exil républicain espagnol

80 ans de la Retirada : "Il faut que les enfants sachent que près de 100.000 personnes sont passées par Arles-sur-Tech"

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Par , France Bleu Roussillon

Près de 100.000 exilés espagnols sont passés par Arles-sur-Tech pendant la Retirada. À l'occasion des 80 ans du début de ce tragique événement, la cité a été la première à accueillir le spectacle "Les choeurs de l'exil et de l'espoir" avec 200 choristes et la chanteuse catalane Marina Rossell.

Sur scène, les choristes ont accompagné les poèmes et les témoignages de l'exil
Sur scène, les choristes ont accompagné les poèmes et les témoignages de l'exil © Radio France - Emmanuel Grabey

Arles-sur-Tech, France

Un moment fort des commémorations des 80 ans de la Retirada, dimanche soir à Arles-sur-Tech : la première du spectacle son et lumière, baptisé Les Choeurs de l'exil et de l'espoir, a réuni sur scène 200 choristes des Cors de Clavé, la fédération des chorales catalanistes de Catalogne nord, et la chanteuse catalane Marina Rossell, pour une fresque retraçant le calvaire des exilés républicains espagnols, du début de la guerre civile à leur installation en France, en passant par la chute de Barcelone et les camps d'internement du Roussillon.

Public et choristes unis par une même histoire

Plus que les textes, les poèmes et les témoignages de l'exil, ce sont les chants qui ont empoigné le public, notamment l'ouverture du spectacle, quand les 200 choristes ont entonné El himno de Riego, l'hymne de la République espagnole, pour laquelle les parents de Francine, émue aux larmes, ont fui : "Ils ont fait un travail magnifique, je suis pleine d'émotion. Il y a eu des personnes qui ont su accueillir, mais il y a eu aussi des personnes qui n'ont pas été toujours très accueillantes. Dans leur tête, les Espagnols venaient voler le travail des Français... Ça fait de bien, de temps en temps, de se rappeler comment se sont passés les événements." 

"En France, à l'heure actuelle, on a du mal à accueillir ceux qui aimeraient être recueillis chez nous." - Francine, fille de réfugiés espagnols

Parmi les choristes et le public, beaucoup étaient unis par une histoire, une douleur communes. Un lien ressenti par la chef de chœur, Chantal Joubert. "Je pense qu'on a senti qu'il y avait vraiment de l'intensité, dit-elle à la descente de la scène. Je vois les choristes, mais je ne vois pas la salle. Et je voyais sur le visage des choristes l'émotion qu'il y avait dans la salle."

En travaillant avec les choristes pour préparer le spectacle pendant un an, Chantal Joubert a été sidérée par l'investissement de tous : "Comme les gens sont personnellement concernés, on a pu leur demander un travail complètement fou. On parle de gens qui chantent déjà dans des chorales, qui ont un répertoire à connaître à côté de ce spectacle. Là, en plus, on leur a demandé d'apprendre des chants par cœur, de travailler à partir d'enregistrements, de se retrouver des weekends entiers pour répéter."

Une histoire tue pendant de trop nombreuses années

Mais plus que pour ceux qui savent, c'est pour ceux qui veulent savoir qu'a travaillé Alain Bilotte, le président de la Fédération des Cors de Clavé. "Le Roussillon est une terre de passage, d'immigration. Il y a des populations historiques qui ont vécu la Retirada, mais les milliers de personnes qui viennent chaque année s'installer ici ne connaissent pas cette histoire. C'est pour eux aussi qu'on le fait. Nos chorales sont en cela très intégratrices : très souvent, des gens qui viennent s'installer en Roussillon cherchent à savoir quelles activités ils peuvent faire. Ils viennent dans les chorales, ils apprennent le catalan, c'est une manière pour eux de s'intégrer." 

Si la première a eu lieu à Arles-sur-Tech, c'est à la demande de Jean-Pierre Ferrari, installé depuis 50 ans dans la commune. Pourtant actif dans la vie de la cité, marquée par le passage des exilés, et surtout marié à une fille de réfugiés espagnols, ce n'est qu'au début des années 2000 qu'il a entendu parler de la Retirada pour la première fois. Pour ses beaux-parents, cette histoire douloureuse relevait du tabou : "Jamais ils ne nous avaient parlé de leur histoire. Ça leur faisait quelque chose. Quand nous avons voulu faire un livre sur Arles, on les a poussé à parler. Mon beau-père disait 'Je n'ai plus de pays. Ici, je suis Français mais je ne suis pas chez moi, et au village, je ne suis plus chez moi'. Il n'était bien nulle part. Ma belle-mère, elle, s'est bien habituée, mais avec ce souvenir caché. Ça leur faisait mal de parler."

El Himno de Riego pour commencer, Els Segadors pour terminer

Des souvenirs douloureux qui, encore aujourd'hui, virent à l'omerta. "Personne n'en parle, poursuit Jean-Pierre Ferrari. Allez dans Arles et demandez où se trouvaient les camps. Les gens vous regardent avec des yeux... Et pourtant il y en avait trois. Un se trouvait vers l'actuel camping. Quand il a été plein, un deuxième a été créé dans le champ en face. Et le troisième se trouvait vers le Mas Plume. Il ne faut pas que ça s'oublie, il faut que les enfants sachent que près de 100.000 personnes sont passées par ici."

Se souvenir, un devoir essentiel pour ne pas répéter l'histoire. Dans la salle, beaucoup de spectateurs avaient, aux côtés des pins aux couleurs de la République espagnole, le bandeau jaune des indépendantistes catalans

Comme un écho à El himno de Riego en ouverture, tous ont entonné en clôture, emmenés par Marina Rossell, Els Segadors, l'hymne de la Catalogne. Les prochaines représentations auront lieu le 22 février à Banyuls, le 19 mai à Toulouges et le 13 octobre à l'Auditori de Barcelone.

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