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Culture – Loisirs

Bernard Lavilliers : "Saint-Étienne, c'est une certaine façon d'être franc au niveau des paroles"

vendredi 30 mars 2018 à 3:26 - Mis à jour le vendredi 30 mars 2018 à 11:41 Par Angy Louatah, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu

En concert à Roanne ce jeudi et à Saint-Étienne ce vendredi, Bernard Lavilliers, parrain de France Bleu Saint-Étienne Loire revient sur ces émotions particulières qu'il ressent quand il est en concert chez lui.

29 mars 2018, Bernard Lavilliers sur la scène du Scarabée de Roanne.
29 mars 2018, Bernard Lavilliers sur la scène du Scarabée de Roanne. © Radio France - Alexandre Czuczman

Roanne, France

Bernard Lavilliers est en tournée depuis le 3 novembre dernier, entre Clermont-Ferrand et Marseille, il enchaîne ce jeudi et ce vendredi deux dates qui lui tiennent particulièrement à coeur : Roanne et Saint-Étienne. Interview.

Bernard Lavilliers, parrain de France Bleu Saint-Étienne Loire

France Bleu Saint-Étienne Loire. Comment se passe cette tournée qui a débuté en novembre dernier ?

Bernard Lavilliers : Très bien on fait deux fois plus de monde que la dernière fois ce qui est assez étonnant, mais ça fait beaucoup deux fois plus !

Quand vous passez à Roanne, à Saint-Étienne, est-ce qu'il y a des émotions, un rapport avec le public qui est différent des autres dates ? 

Oui, je peux le dire, je l'ai même dit aux Lyonnais, que c'était de la part d'un Stéphanois quand j'ai chanté deux jours à Lyon. Ça les a fait marrer, ce qui prouve que cette haine farouche, elle n'est pas fondée sur grand-chose, il y’a même des gens qui ne savent même pas pourquoi ils détestent les lyonnais et réciproquement. Mais depuis 80, tout le monde me connaît, comme moi j’ai appelé un disque Le Stéphanois, je ne me suis pas caché, j'ai dit voilà "le Stéphanois", c’est l'un de mes premiers disques qui a marché un peu en 1976...

La bonne année... 

Oui en plus ! La bonne année pour tout un tas de raisons, mais ce n'est pas à cause de ça ! Vous parlez du football mais non,  ce n'est pas à cause de ça qu'il a marché ! (Rires) Mais en fin de compte, c'est une certaine façon d’être franc, au niveau des paroles, une certaine chaleur, c’est ça Saint-Étienne. Alors maintenant, il y a moins d’usines, il y a moins de travail, donc c’est devenu différent.
 

Et vous sentez cette ambiance familiale de votre enfance quand vous êtes en concert ici ?

Oui, c’est bizarre, mais ils me donnent ça, alors maintenant dans la ville, quand j’y vais, c’est plus du tout la même chose, c’est différent.
 

Plus de 2000 personnes au Scarabée de Roanne ce jeudi. - Radio France
Plus de 2000 personnes au Scarabée de Roanne ce jeudi. © Radio France - Alexandre Czuczman

On n'est plus en 1976, mais dans votre dernier album "Cinq minutes au paradis" on retrouve des thèmes qui vous sont chers, par exemple dans la chanson Charleroi, vous parlez d'une ville en proie à la désindustrialisation, une ville qui ne va pas très fort... (Il coupe)

À ce moment-là, ça ne veut pas dire que la ville va plonger définitivement, ça veut dire qu’à ce moment-là Charleroi ou Saint-Étienne, il fut une époque, quand le club montait, la ville descendait. J’explique souvent que je parle de Charleroi dans cet album parce que c’est arrivé un peu après dans le temps. Saint-Étienne, moi j’étais à l'usine en 65-66, il y avait 7000 ouvriers et quand j'en suis parti, ils n'étaient plus que 1200.

On sait maintenant comment vous fonctionnez... Vous voyagez pour nous rapporter des récits, quel voyage nous racontez-vous dans cette tournée ?

Bizarrement, sur cette tournée, j’ai parlé de la France alors que j’étais au Brésil. Je suis passé par moment par la France mais j’ai fait tout un travail sur les Indiens du Xingu et sur le chef Raoni, qui se fait totalement ratatiner par les multinationales. Donc j’étais avec des amis comme Pierre Richard, des amis qui sont investis avec moi dans cette lutte contre la déforestation, contre l'écocide, parce qu'il y a le génocide mais aussi l'écocide, c'est un mot qui va entrer dans le vocabulaire : quand on tue vraiment la nature, il ne reste plus d’homme, c’est clair.
 

Est-ce que vous estimez que quand on vient de Saint-Étienne, on est mieux armé pour comprendre le monde ?

Ah oui ! On connait la violence du travail et on sait ce que c’est que le travail. Il se trouve que comme il n'y a plus de boulot, les gens travaillent de plus en plus tard j’ai remarqué. Et encore, s'ils en trouvent, puisqu'il y a ce chantage au travail, le fait de se dire "merde, je vais peut-être me faire virer, ou je n'en trouverai pas, même si je fais des études". Moi, je n'ai pas fait d’études vraiment, j’ai passé le CAP et j’ai trouvé l’usine direct, à 16 ans. Donc on avait un rapport avec le travail et quand on vient de là... Moi j’étais tourneur sur métaux de haute précision, j'avais bricolé des camions, donc je savais à peu près tout faire en ce qui concerne l’acier et la mécanique. 

Je suis parti au Brésil, j’avais tout ça dans les pattes quand même, mais on se souvient toujours des ouvriers maîtres qui vous ont appris, on se souvient de l'ambiance à cinq heures du mat' pour aller à l'usine qui ouvre à sept heures, il fallait être en bleu, on se souvient des neuf heures par jour, on se souvient de la paye très maigre, on se souvient de cette espèce de fierté qu’on avait à ramener la paye à sa mère... enfin la vie était plus solidaire et moins égoïste qu’elle ne l'est devenu aujourd’hui.