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#BlackCesars : une tribune dénonce le manque de diversité dans le cinéma français

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Par , France Bleu

Sonia Rolland, Mathieu Kassovitz, Stomy Bugsy, une trentaine d'artistes dénoncent le manque de diversité dans le cinéma français dans une tribune publiée jeudi à la veille de la cérémonie des César et après celle dans Le Monde qui avait provoqué la démission de l'académie des César.

Signataire de la tribune l'actrice française et Miss France 2000 Sonia Rolland posait en mai 2018 au festival de Cannes avec 15 autres femmes noires pour réclamer l'inclusion des acteurs de couleur dans le cinéma français.
Signataire de la tribune l'actrice française et Miss France 2000 Sonia Rolland posait en mai 2018 au festival de Cannes avec 15 autres femmes noires pour réclamer l'inclusion des acteurs de couleur dans le cinéma français. © AFP - LOIC VENANCE

Une trentaine de personnalités du 7e art réclament une meilleure inclusion dans le cinéma français des artistes issus des Outre-mer et de l’immigration africaine et asiatique. La tribune est publiée jeudi dans le journal le Parisien Aujourd'hui en France à la veille de la cérémonie des César prévue vendredi à 21 heures salle Pleyel à Paris. 

#BlackCesars pour compléter la tribune dans le Monde en faveur de plus de parité

Après la démission inédite de la direction de l'académie des Césars le 13 février suite à une tribune dans Le Monde dans laquelle 400 personnalités dont Omar Sy, Bertrand Tavernier, Michel Hazanavicius, Marina Foïs ou Agnès Jaoui dénonçaient l'opacité et l'entre-soi de l'institution, ainsi que le manque de parité dans le cinéma français, cette nouvelle tribune veut aller plus loin

L'auteur de ce nouveau texte, l'acteur français d'origine camerounaise Eriq Ebouaney explique : "La tribune publiée dans Le Monde réclame plus de parité au sein de l'Académie des César, j'aurais aimé qu'elle réclame aussi une meilleure inclusion des professionnels du cinéma issus des DOM TOM et de l'immigration africaine et asiatique." 

45e cérémonie des Césars sous tension 

Secoués par une crise inédite, les César ont nommé mercredi Margaret Menegoz comme présidente par intérim, avant une 45e cérémonie qui se tiendra sous tension, sur fond de vives protestations aussi contre les 12 nominations du "J'accuse" de Roman Polanski.

Plusieurs associations féministes, qui n'acceptent pas que le cinéaste franco-polonais reçoive encore les honneurs alors qu'il est visé depuis novembre par une nouvelle accusation de viol et toujours poursuivi par la justice américaine. Elles ont appelé à manifester vendredi à 18 heures devant la salle Pleyel, le soir de la cérémonie.

Le collectif féministe #NousToutes a annoncé notamment qu'il organiserait un happening au cours duquel il décernerait à des cinéastes "d'autres prix moins glorieux, afin que le rideau se lève sur la protection que leur accorde le monde des arts et du cinéma".

La tribune publiée par les artistes

Eriq Ebouaney a donc écrit le texte ci-dessous, qui a été signé par une trentaine d'artistes :

« Dans quelques jours, au cours de la 45e cérémonie des César, nous célébrerons la grande famille du cinéma français. Le cinéma ! Un art éminemment populaire qui rassemble dans une célébration partagée toutes les couches de la population sans distinction de classe sociale, de genre ou d’origines. Le cinéma est un puissant outil de transmission d’une culture, un outil de facilitation de l’intégration des populations de notre pays. Il est aussi un outil de transmission de valeurs communes partagées d’une société. Notre cinéma devrait donc être, comme Stendhal le disait du roman, un miroir dans lequel se reflète la société dans sa réalité et sa diversité. Il y a vingt ans, à la 20e cérémonie des César, le Collectif Egalité fustigeait déjà l’absence d’inclusion de nos concitoyens issus des Outre-mer et des immigrations dans le cinéma français. En 2018, l’essai collectif Noire n’est pas mon métier dénonçait aussi les discriminations et les stéréotypes dont sont victimes les actrices afro-descendantes. Nous voulons ici pointer du doigt les paradoxes d’un pays, la France, qui nomme Spike Lee, un réalisateur et producteur afro-américain, président du jury du prochain Festival de Cannes, et qui en même temps maintient ses acteurs de couleur dans des rôles insignifiants qui ne justifieront jamais une quelconque nomination aux César. Notre cinéma, en ce siècle de globalisation, en ces temps de métissage des cultures et de brassage des populations, nous donne-t-il à voir la réalité et la diversité de la société française ? Nous rend-il compte des histoires entrecroisées et mêlées de notre histoire commune qui n’en font pas moins partie du roman national ? L’histoire de France est celle de tous ses habitants sans exclusive. Une tribune parue récemment dans Le Monde a fustigé l’organisation des César en mettant en cause son fonctionnement et son opacité. Ces griefs sont légitimes et nous ne pouvons que les faire nôtres ! On aurait cependant apprécié que les signataires incluent dans leurs reproches à la direction des César l’absence des acteurs et réalisateurs issus de ce que l’on appelle par paresse et frilosité du langage la diversité ! Cette invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs issus de cette frange de la population accentue le malaise et le sentiment d’exclusion déjà vécu dans la vie réelle. A quand l’inclusion ? La démission collective du conseil d’administration des César va-t-elle changer la donne ? Aujourd’hui, il n’est plus question, pour tous les professionnels du cinéma issus des immigrations et d’Outre-mer, d’être assignés aux rôles secondaires et stéréotypés auxquels on les a longtemps cantonnés. Le cinéma anglo-saxon confie des rôles de premier plan à tous ses acteurs sans distinction de couleur ou d’origine et sans que cela ne nuise à sa qualité, bien au contraire !   Les succès au box-office des films Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste, Les Misérables de Ladj Ly, et les records d’audience sur Netflix des films de Kery James Banlieusards et Le Gang des Antillais de Jean-Claude Barny sont significatifs des attentes d’un public qui est bien plus en avance sur cette question de la représentation des minorités sur nos écrans que les institutions du cinéma français. L’adoption de mesures d’inclusion est urgente si on ne veut pas laisser à ces professionnels du cinéma français qu’une seule option : l’engagement dans la voie du communautarisme à l’américaine pour s’exprimer et s’épanouir dans leurs métiers. Il est temps d’ouvrir les portes et les fenêtres du cinéma français. Car le talent, comme l’émotion, n’a pas de couleur. #BlackCesars ?! »

Signataires : Eriq Ebouaney, Olivier Assayas, Olivier Marchal, Mathieu Kassovitz, Stomy Bugsy, Euzhan Palcy, Julien Leclercq, Firmine Richard, Aïssa Maïga, Greg Germain, Nathalie Marchak, Sonia Rolland, Edouard Montoute, Jimmy Jean-Louis, Gabrielle Lazure, Reza Pounewatchy, Salim Kechiouche, Jean-Claude Barny, Vanessa Djian, Kentaro, Sam Bobino, Issaka Sawadogo, Marie-Philomène Nga, Fanny Bastien, Mata Gabin, Mehdi Nebbou, Beatriz Levin, Annouchka de Andrade, Alex Ogou, Yasmine Chouaki…

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