Culture – Loisirs

Chambéry : le "Festival du Premier Roman" fête ses 30 ans

Par Bleuette Dupin, France Bleu Pays de Savoie jeudi 18 mai 2017 à 16:00

Lettre d'une lycéenne chambérienne à Camille Anseaume, auteur de "Un tout petit rien", en 2014
Lettre d'une lycéenne chambérienne à Camille Anseaume, auteur de "Un tout petit rien", en 2014 © Radio France - B.Dupin

Le Festival du Premier Roman se déroule du jeudi 18 au dimanche 21 mai à Chambéry. 21 auteurs de premiers romans sont invités cette année. Tous choisis par des lecteurs, c'est le principe fondateur de ce festival initié par un professeur de lycée technique.

Tables rondes, débats, projections, ateliers d'écritures seront au cœur du 30ème Festival du Premier Roman de Chambéry du jeudi 18 au dimanche 21 mai.
Ce festival, c'est avant tout l'occasion parler roman avec des auteurs. Ils viennent ici répondre aux questions de leurs lecteurs, expliquer pourquoi ils ont choisi de faire échouer ou réussir leurs personnages, de les faire vivre ou mourir, raconter comment l'histoire est née, si elle est réelle ou totalement imaginaire. Un échange qui a commencé des mois plus tôt, quand des classes de lycéens se sont vus remettre à la rentrée de septembre des listes interminables de premiers romans à lire et surtout à choisir, puis à défendre. Puisque les établissement scolaires font partie des comités de lectures de ce festival.

Comment ce festival littéraire est né dans la tête d'un prof de lycée technique

C'est un professeur de français du lycée technique Gaspard Monge à Chambéry qui est à l'origine de ce festival. Désormais à la retraite, Jacques Charmatz voulait faire lire ses élèves et surtout les faire dialoguer avec les auteurs. Il a d'abord fait venir deux auteurs que ses élèves avaient lu, puis la machine s'est emballée avec des soutiens extérieurs.
Pour cet ancien prof, il s'agissait avant tout d'une démarche militante dans un lycée technique où les élèves avaient renoncé à la lecture. " J'avais des élèves blessés, humiliés, dit Jacques Charmatz, qui avait été renvoyés d'un lycée classique ou d'un collège parce qu'ils n'étaient pas bons en langues, parce qu'ils n'avaient pas lu tous les livres qu'il fallait lire et parce qu’ils étaient surtout mauvais en orthographe. Et ils m'ont dit : Monsieur, on n'est pas bons, laissez-nous tranquilles, on ne veut plus lire ". L'enseignant se souvient que même des élèves de BTS refusaient de lire des romans, traumatisés par les auteurs imposés au bac de français. Il conclut : "J'ai dit si on va y aller ".

" A l'époque la notion de premier roman n'existait pas", se souvient Jacques Charmatz

Jacques Charmatz a sa petite idée sur les auteurs faire lire à ses lycéens et ses étudiants: " J'avais plein d'amis romanciers qui se lançaient dans l'opération si longue et si difficile d'écrire un roman, qui ne trouvaient pas d'éditeur et quand ils trouvaient un éditeur, ils ne trouvaient pas de lecteurs parce que pour les critiques à l'époque, la notion de premier roman n'existait pas ". Il fera donc lire des premiers romans, qui n'ont alors pas l'attention des critiques littéraires.

Exercice incontournable pour les lycéens: écrire à l'auteur dès son roman terminé

Il impose aussi à ses élèves un exercice incontournable: écrire aux auteurs après la lecture des romans.
" Ecrire ses impression sans attendre que Le Monde, Libération l'Humanité, La Croix sortent un article sur ces livres-là c'est devancer les professionnels de la profession ", dit l'ancien prof. Il plaide pour les lecteurs amateurs.
"J'ai pleuré et je pleure encore quand je lis la lettre d'un élève car il ne voulait pas écrire, il ne s’estimait pas apte, pas digne. Quand il reçoit une lettre d'un auteur c'est comme un don du ciel ".

Festival du Premier Roman à Chambéry du 18 au 21 mai
Emission spéciale sur France Bleu Pays de Savoie vendredi de 16h à 19h