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"Clint Eastwood, c'est la force tranquille"

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Par , France Bleu Auxerre, France Bleu

Clint Eastwood fête ses 90 ans ce 31 mai. Woody Allen publie le 3 Juin son autobiographie « Soit dit en passant ». Anne Seibel, chef décoratrice nommée aux oscars en 2012 habite prés de Vézelay (Yonne). Elle a travaillé avec ces deux légendes américaines. Interview

 Anne Seibel a travaillé sur les décors français du film "Au-delà" de Clint Eastwood en 2009
Anne Seibel a travaillé sur les décors français du film "Au-delà" de Clint Eastwood en 2009 © Radio France - Maxppp/Thierry Boulant

Anne Seibel, comment êtes-vous arrivée sur le tournage de  «Au-delà » en 2009 ?

La société de production qui s’occupait du film de Clint Eastwood en France, me connaissait. J’avais déjà travaillé avec eux sur le film de Steven Spielberg, « Munich ». Ils avaient besoin d’un chef décorateur pour seconder en France, le chef décorateur américain.  Je n’ai pas hésité une seconde. Ce qui est drôle c’est que Cécile de France avait fait une fête quand elle a obtenu l’un des rôles principaux pour ce film. J’étais invitée  et je me disais que ce n’était pas possible qu’on ne puisse pas faire ce film ensemble, et le lendemain on me le proposait.

Le tournage de Au-delà (Hereafter) s'est déroulé à Paris en octobre 2009
Le tournage de Au-delà (Hereafter) s'est déroulé à Paris en octobre 2009 - Anne Seibel

Clint Eastwood, est-ce quelqu’un dont vous aimiez les films à l’époque ?

Oui j’aime beaucoup. J’avais vu pratiquement tous ses films. C’est une légende, c’est un peu comme Spielberg, Scorcese ou Woody Allen. En tant que française, ce sont des gens dont on rêve. Je ne pensais pas qu’on me propose de faire un "Clint Eastwood" un jour. C’était un cadeau .

Comment s’est passée la première rencontre avec lui ?

C’est quelqu’un qui est très discret, donc un petit peu dans son monde. Moi je faisais parti d’une équipe, ce n’était donc pas un tête à tête. J’ai ressenti quelqu’un de très professionnel, d’un calme olympien, sachant exactement ce qu’il allait faire. C’était très agréable. Nous nous sommes un peu plus côtoyés pendant le tournage. Vis à vis de lui comme de Woody Allen, il y a beaucoup de respect et d’admiration. Pour moi, c’est comme un maître de cinéma. Avec ce genre de personnage, Je reste en retrait et je fais de mon mieux. 

Anne Seibel, pose en famille avec Clint Eastwood sur le tournage de "Au-Delà"
Anne Seibel, pose en famille avec Clint Eastwood sur le tournage de "Au-Delà" - Anne Seibel

Parfois on peut-être déçu quand on rencontre une légende et qu’on travaille avec elle ?

Moi je n’ai pas été déçue. Ces grands cinéastes, ils sont tellement bons, ils sont tellement professionnels qu’on est entraîné. Il aurait été caractériel ou difficile…mais là, pas du tout, c’est comme si les choses coulaient de source. Il donne un peu carte blanche en plus, même si on reste au service de son histoire. C’est un plaisir.

Avez-vous un souvenir particulier de ce tournage ?

Dans le décor du personnage de Cécile De France, il y avait un piano à queue et à la fin d'une journée de tournage, Clint Eastwood s’est assis au piano et il nous a fait un petit concert et nous a joué quelques morceaux. Il a ce point-là en commun avec Woody Allen, cet amour de la musique et du jazz. Woody allen , il répète tous les jours avec sa clarinette, je l’ai vu jouer au Grand Rex avec ses copains.

"Un jour, à la fin d'une journée de tournage, Clint Eastwood s’est assis au piano présent dans le décor et a improvisé un petit concert" raconte Anne Seibel.
"Un jour, à la fin d'une journée de tournage, Clint Eastwood s’est assis au piano présent dans le décor et a improvisé un petit concert" raconte Anne Seibel. - Anne Seibel

Ils sont aussi de la même génération et ont une santé étonnante à leur âge ?

Moi j’étais fascinée par les deux. Clint Eastwood, c’est la force tranquille. Il est  grand, il avance comme au ralenti. Et Woody, quand on est allé visiter le parc de Versailles pour le film "Midnight in Paris", on lui a proposé une voiturette électrique. Il a refusé. Il à tout fait à pied. Il était devant tout le monde. Vraiment,  ils sont balaises !

Woody Allen publie « Soit dit en passant » (Stock), son autobiographie, en France le 3 juin. Il est devenu très controversé après les accusations de sa fille adoptive, est-ce que cette affaire pourrait vous freiner si vous aviez l’opportunité de retravailler avec lui ?

Non ça ne me freine pas, je l’ai revu depuis toutes ces affaires. Je sépare la vie privée du travail. C’est un grand cinéaste, c’est comme Polanski et je vois leur œuvre avant ces choses-là. Et puis le connaissant, j’ai du mal à imaginer tout ça.. S'il revient en France et qu’il me redemande, j’irai bien sûr. C’est indépendant.

Tourner "Au-Delà"avec Clint Eastwood, vous a t-il apporté quelque chose dans votre carrière ?

Le fait d’avoir ajouté Eastwood sur mon CV, après Spielberg, peut-être que ça m'a aidée avec les Américains. Mais avec les Français, c’est toujours plus compliqué parce qu’un CV comme le mien fait peur, parce qu’on se dit  « elle va dépenser des fortunes », elle va se la péter… Avec les Américains, c’est différent. Je pense que j’ai pu travailler avec Woody Allen parce que sur mon CV, il y avait tous ses copains. Comme première assistante décoratrice, j’avais fais "Marie-Antoinette" avec  Sofia Coppola, Eastwood , Bret Ratner.

Avant la crise sanitaire, vous étiez sur un nouveau projet ?

Oui, j’étais sur un très joli projet anglais intitulé « Mrs Harris goes to Paris » qui se tournait entre Paris, Londres et des studios dans les pays de l’est.  Ça s’est arrêté et je ne sais pas quand ça va reprendre parce qu’il faut aller à Budapest. Je suis la seule française sur ce projet. Les problèmes sanitaires risquent de mettre en péril ce travail, parce qu’il faut traverser trois pays, donc on ne sait pas trop. Le réalisateur est confiant mais pour le moment nous sommes en stand by.

Vous êtes  également enseignante à la Fémis (école nationale supérieure des métiers de l’image et du son) à Paris. Avec le confinement comment avez-vous  pu travailler avec les étudiants ?  

A la Fémis, on a mis au point un système de conférence en ligne. Il a fallu qu’on recrée tous les programmes actuels. On leur a fait faire des choses sur le décor avec ce qu’ils avaient autour d’eux. Il y a des élèves qui sont dans un 20 mètres carrés avec rien. Et puis j’ai organisé des conférences en ligne avec des grands décorateurs toutes les semaines. En fait je me suis rendue compte que comme ça j’étais beaucoup plus proche des élèves parce qu’on les a au quotidien alors que d’habitude c’est 5 jours par mois. Ça va me donner d’autres idées pour la suite. Quand je partirai sur les tournages, je pourrai faire désormais des petites conférences sur internet.

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