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Culture – Loisirs

Comment la guerre de 14-18 a décimé la paysannerie en Limousin

jeudi 8 novembre 2018 à 11:21 Par Fabienne Joigneault, France Bleu Limousin

Les combats se passaient très loin, et pourtant le Limousin a été profondément marqué par le conflit de 14-18. L'historien limougeaud Vincent Brousse expliquait pourquoi à 8h15 sur France Bleu Limousin.

"Avec 22% de morts parmi les mobilisés, la guerre a eu un impact immédiat sur le Limousin", explique Vincent Brousse
"Avec 22% de morts parmi les mobilisés, la guerre a eu un impact immédiat sur le Limousin", explique Vincent Brousse © Radio France - Jérôme Edant

Limousin, France

La Grande Guerre dont on va commémorer l'armistice dimanche 11 novembre, cent ans après, a eu des conséquences importantes sur la démographie limousine. Le Limougeaud Vincent Brousse, historien, a beaucoup travaillé sur le sujet. Il répondait ce jeudi matin aux 3 questions de Jérôme Edant.

En quoi la guerre de 14-18, pourtant éloignée du Limousin, a-t-elle marqué ce territoire ? 

Tout simplement parce que Limoges est à la tête d'une région militaire, il y a ici le siège du 12ème corps d'armée et les soldats des 5 départements qui en dépendent (Limousin + Charente et Dordogne) passent pas là. C'est une ville de caserne, il y a 5 régiments à l'époque. Et puis c'est un véritable nœud ferroviaire, le plan Freyssinet lancé à la fin du XIXème pour développer le réseau ferroviaire en témoigne. 

La région a été marquée aussi dans sa population de manière dramatique. Plus qu'ailleurs ?

Oui, si on regarde le nombre de tués, le Limousin est la 3ème région la plus touchée avec la Bretagne et le Centre : des régions rurales de l'ouest. C'est la paysannerie qui a fourni le gros des troupes d'infanterie, décimées au début de la guerre. 22% des hommes mobilisés dans la région Limousin ont été tués. 

Et ça a des conséquences immédiates sur la démographie... 

Oui. On le sait assez peu mais avant 1914, la Haute-Vienne est l'un des dix départements les plus jeunes de France ! Des familles très nombreuses. Cette très forte mortalité des soldats se conjugue avec le fait qu'on a une paysannerie de polyculture traditionnelle : on fait un peu de tout. Et elle est considérablement fragilisée. On voit notamment cette montagne limousine très dure, où les sols sont peu rentables, touchée de plein fouet. Non seulement les paysans, mais aussi les artisans qui gravitent autour. Dans des travaux précédents, on avait montré qu'il y avait une rupture démographique très forte dans les secteurs les plus élevés des trois départements. 

Est-ce que du fait que certaines familles se retrouvent sans hommes, ça participe à l'émancipation des femmes ? 

C'est une question très intéressante. Je crois que l'une des qualités qu'on peut trouver en Limousin, à cette époque-là, c'est une égalité homme-femme profondément ancrée, dans une société très déchristianisée, d'ailleurs, puisqu'il y avait 45% d'enterrements civils à Limoges avant 1914, ce qui est énorme. C'est une des valeurs très fortes en Limousin, mais paradoxalement, ça ne s'accompagne pas de l'émergence de figures féminines qui occuperaient le devant de la scène. Parce que malgré tout, jusqu'en 1944, les femmes restent des mineures d'un point de vue politique. Donc dans la réalité concrète oui, mais en termes de visibilité, pour une Maryse Bastié, aviatrice qu'on connait, combien d'anonymes qui restent dans l'ombre ?