Culture – Loisirs

Coulisses, anecdotes et témoignages : "L'aventure Starmania", un livre pour les 40 ans du spectacle culte

Par Julien Baldacchino, France Bleu jeudi 12 octobre 2017 à 7:03 Mis à jour le jeudi 12 octobre 2017 à 11:03

La troupe de Starmania, dans la mise en scène du spectacle créée en 1993
La troupe de Starmania, dans la mise en scène du spectacle créée en 1993 © AFP - Patrick Kovarik

L'opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon, dont tout le monde connait les chansons, fêtera ses 40 ans l'an prochain. A cette occasion, le journaliste François Alquier a reconstitué, grâce à une quarantaine d'entretiens, la genèse et les évolutions de ce spectacle.

L'année 2018 marquera les 40 ans de la sortie de l'un des dix albums les plus vendus de tous les temps en France : Starmania. Sorti en septembre 1978, le disque réunit deux vedettes de l'époque, France Gall et Diane Dufresne, et quelques jeunes artistes nommés (entre autres) Daniel Balavoine ou Fabienne Thibeault, qui ne resteront pas inconnus bien longtemps.

Du "Blues du Businessman" au "Monde est stone" en passant par "Quand on arrive en ville", l'album est une succession de tubes, qui a rapidement donné lieu à une version sur scène, créée en 1979, puis remontée en 1988 et 1993, jouant sans relâche jusqu'en l'an 2000. A l'aube de ce 40e anniversaire, le journaliste musical François Alquier consacre un livre complet à l'histoire peu commune de Starmania, "L'aventure Starmania" (ed. Hors Collection).

Documenté de nombreuses photos rares, voire jamais publiées, et truffé d'anecdotes méconnues y compris par les fans du spectacle, l'ouvrage, qui sort ce jeudi en librairies, est préfacé par la chanteuse Maurane, qui y raconte pour la première fois les raisons qui l'ont poussée à quitter la troupe de Starmania, en 1988. Francebleu.fr a rencontré l'auteur de cet ouvrage.

Vous consacrez un ouvrage entier à Starmania... mais au fait, de quoi parle ce spectacle ?

Il y a plusieurs histoires dans l'histoire. Il y a celle d'un homme politique qui s'appelle Zéro Janvier, un peu raciste, pas forcément écolo et loin s'en faut, qui épouse une chanteuse un peu sur le retour. On peut s'imaginer que c'est une sorte de Donald Trump des temps nouveaux. Il y a Johnny Rockfort qui est un zonard, un petit voyou, qui a une histoire d'amour avec Cristal qui est une animatrice de télévision. Il y a une serveuse, Marie-Jeanne, amoureuse d'un homosexuel qui s'appelle Ziggy. C'est un peu compliqué à résumer, mais en général, tout le monde s'y retrouve.

Zéro Janvier (Michel Pascal) sur scène en 2000, dans l'une des dernières représentations du spectacle - AFP
Zéro Janvier (Michel Pascal) sur scène en 2000, dans l'une des dernières représentations du spectacle © AFP - SUHAILA SAHMARANI

Pourquoi vous être lancé dans l'écriture de ce livre entièrement consacré à un opéra rock ?

Je suis à la base moi-même fan de Starmania. J'ai cinquante ans, j'ai fait acheter le disque à mes parents à l'âge de 11 ans parce qu'il y avait Daniel Balavoine dedans. Et j'ai aimé à la première écoute. Mais à 11 ans, on n'a pas toutes les cartes en main pour comprendre la substantifique moelle de ce qui se dit. J'ai commencé par écouter les chansons sans trop savoir de quoi ça parlait, et c'est en grandissant que j'ai compris ce dont il était question.

Je sais que les fans sont le public le plus difficile à convaincre. Il fallait donc que je découvre des choses que moi-même j'ignorais. Pour cela, j'ai rencontré près de quarante personnes, des artistes, ou des gens qui ont travaillé dans l'ombre, à tous les niveaux. On finit par apprendre des choses qu'on ne savait pas !

On découvre donc que la première version du spectacle en 1979, s'est monté dans une ambiance chaotique...

Le metteur en scène (Tom O'Horgan, ndlr) était très compliqué. Il avait emmené son petit copain qui était costumier, et qui avait lui-même fait venir plein de gens. Il y avait des histoires de jalousie, et une très mauvaise ambiance pendant les répétitions. C'était aussi tendu entre les artistes français et les artistes québecois ; c'était, paraît-il, une horreur. Pourtant, c'est cette version qui est devenue culte, alors qu'elle n'a été jouée que trois semaines. Il n'y a eu ni tournée, ni captation - et je le déplore, les seules images qu'on en voit sont des extraits de JT de l'époque.

Après cette première version, le spectacle a beaucoup évolué ?

A partir de cette première version, qui pour moi est la "vraie" version du spectacle, au fur et à mesure, Plamondon et Berger ont enlevé les intermèdes qui expliquaient l'histoire. On ne comprend pas vraiment l'histoire de Starmania si on n'a pas écouté cette première version.

A l’époque, il y avait un peu plus d'insolence, de moments trash : il y a par exemple une chanson que chante Diane Dufresne, "Sex shops, Cinémas pornos" qu'on ne chanterait plus en 2018. On ne l'a plus jamais entendue après ! Plamondon avait été très incisif, il avait utilisé des mots percutants, souvent bouleversants. Et je trouve que ça a été un peu édulcoré à mesure que le temps passait.

Pour la première fois, Maurane parle dans votre livre de son expérience difficile dans la troupe de Starmania.

Dans la version montée en 1988, Maurane a été victime d'un burn-out : un jour, elle n'est pas venue au théâtre. Elle a récidivé une semaine plus tard et n'est plus revenue. Maurane ne s'est jamais exprimée publiquement là-dessus. Or, un autre artiste qui a participé au livre, Peter Lorne, qui jouait le rôle d'une Etoile Noire (un membre de la bande de zonards) dans cette version, est le meilleur ami de Maurane. C'est lui qui l'a convaincue d'accepter une interview, et de signer la préface. Mais ça n'a pas été facile !

La dernière version sortie en disque, en 1993, a été détestée par France Gall...

C'est assez connu : elle a toujours détesté la version mise en scène par Lewis Furey. C'est à cause de cela que par la suite, elle a bloqué toute possibilité de pouvoir faire une quatrième version du spectacle. C'est assez injuste. Cette version est un peu glauque, sombre, mais il y avait des acrobates sur scène, c'était un spectacle impressionnant, qui a inspiré notamment la mise en scène de Notre-Dame de Paris ensuite.

On dit souvent que Plamondon et Berger avaient tout prévu dans Starmania, de la politique-spectacle à la télé-réalité : dans la conclusion de votre livre, vous parlez plutôt d'une histoire qui se répète ?

Oui, on dit beaucoup que Starmania était prophétique, et je suis assez d'accord avec cela. Mais en même temps, en 76 il y avait la bande à Baader, il y avait déjà des attentats d'une autre forme, dans d'autres pays, déjà on vivait autour de ces faits d'actualité. Plamondon a exagéré les traits de la société de l'époque... mais cette exagération est devenue la réalité de 2017.

Vous évoquez un retour de Starmania sur scène... vous y croyez ?

En tout cas je l'espère vraiment. Je n'ai pas d'officialisation de cette nouvelle, mais j'espère que Luc Plamondon a réussi à convaincre France Gall de monter une version 2018. Je crois que ne pas fêter les 40 ans de Starmania en montant un nouveau spectacle serait une erreur.