Culture – Loisirs DOSSIER : Feria de Dax 2017

Dax, la feria : piètres toros et deux grandes faenas

Par Pierre-Albert Blain, France Bleu Gascogne samedi 12 août 2017 à 22:58

Alvaro Lorenzo
Alvaro Lorenzo © AFP

La feria de Dax 2017 : ouverture ce matin samedi, première novillada sans picador avec les bons "erales" du Lartet. Le soir toros de Domingo Hernandez pour El Juli, Talavante et Alvaro Lorenzo. Lorenzo et Talavante coupent chacun une oreille.

Une corrida dominée par les hommes face à du bétail décasté, faiblard et sans intérêt.

Dax : écoutez la corrida du samedi 12 août en intégralité

Une fort belle entrée, arène quasi pleine si l’on excepte quelques vides par-ci par-là, une météo tout ce qu’il y a de plus agréable et une ouverture de feria qui annonçait deux vedettes et un gamin en espérance de l’être.

Las, pour faire de la tauromachie réussie il faut du toro aussi ! D’abord devrait-on dire. Et du toro Dax n’en a vu que parce que sept exemplaires de Domingo Hernandez avaient quatre pattes, une queue et ce qui doit être considéré comme des cornes. Un lot dépourvu de race, faiblard, "décasté", vide, sans intérêt, aux abonnés absents concernant les piques si ce n’est les deux derniers exemplaires moins médiocres que le reste, bref une corrida de toros… sans toros.

Face à ce marasme ganadero, trois toreros qui ont connu fortune diverse. El Juli, bien luné et accorte à priori, a séché devant le pire lot. Le cénacle l’a sifflé qui lui a reproché son manque de décision et d’implication. Crime de lèse-majesté qui en dit long sur la situation actuelle du madrilène. Erratique.

Talavante a touché un premier gentiment abscond qu’il va tenter de réveiller par des séries initiales de grande envergure à droite. Le toro baisse... et le conclave baille. Au cinquième, le matador majeur d’Estrémadure va réaliser une "lidia" baroque, classique, relâchée, engagée, "tremendiste", lysergique, debout, à genoux, avec des détails par instants somptueux.

Quant à Alvaro Lorenzo, ses vingt ans et son envie, il offre une première faena brillante de personnalité, de liaison, de subtilité avec "temple", grâce, main basse, dans l’expression d’une forte personnalité et déjà d’une grande maturité.

A Talavante - AFP
A Talavante © AFP

D‘abord l’émotion belle, grande : l’"Agur Jaunak" qui retentit, l’adieu aux hommes, l’hommage de Dax à Fandiño, matador martyre tué à Aire, et puis l’hommage aussi à Patrick Dupont, le "Ponpon", "corralero" massacré par un toro hier et dont heureusement les jours ne sont plus en danger. L’arène recueillie dans de longues minutes d’applaudissements pour dire son attachement à ces hommes d’arène, de lumière et d’ombre.

Et puis il y a deux faenas, qui illuminent une soirée fadasse, sans toros. Celle d’Alvaro Lorenzo tout d’abord, vingt-deux ans depuis dix jours, une profondeur comme on en connait peu ces temps-ci chez les impétrants. Une faena somptueuse, illustration du "temple", cette faculté rare de certains toreros rares à pouvoir adapter le rythme de leur "toreo" au tempo du toro. Lorenzo, la douceur de sa main basse qui court dans une mélodie de brise. Lorenzo et cette fraicheur mature pour encore si jeune homme.

Et puis Talavante, au cinquième Hernandez. Une faena baroque débutée à genoux par des passes invraisemblables dans un engagement total et se relevant pour trois "muletazos" de la droite, alors un canon de clacissisme. Et puis l’abandon du corps, la musique du "toreo" dans le relâchement et l’inspiration. Et puis l’exposition, frontale, le défi face aux cornes, "encimista" , avant encore deux "trincheras" monumentales. Il tue mal. Les anges pleurent.

A Lorenzo - AFP
A Lorenzo © AFP

Ce dimanche, 11h30, corrida des toros de Montalvo pour Curro Diaz, et les français Sébastien Castella et Juan Bautista. Le soir 18h élevage d’Adolfo Martin pour Manuel Escribano, Paco Ureña et David Martin Escudero.

"Callejon spécial feria" tous les jours à midi. Dimanche 13 août, retransmission de la corrida en intégralité à partir de 11h30. Mercredi "Callejon spécial feria conclusion" midi-13h.