Culture – Loisirs

A Dijon, le graffiti tente de se faire un nom

Par Arnaud Racapé, France Bleu Bourgogne dimanche 8 octobre 2017 à 6:25

A "Stalingrad", les espaces sont immenses, et le terrain de jeu presque inépuisable pour les graffeurs
A "Stalingrad", les espaces sont immenses, et le terrain de jeu presque inépuisable pour les graffeurs © Radio France - Arnaud Racapé

Après le succès du Festival Street Art on the Roc à Villars-Fontaine, on s'intéresse au graffiti ... à Dijon ! Eh oui, les lieux existent où les artistes de rue peuvent s'exprimer, en toute illégalité le plus souvent. Mais après tout, cela fait aussi partie du jeu.

Le graffiti, c'est un monde assez méconnu, et qui peine à gagner ses lettres de noblesse auprès du grand public, en dehors des stars de la discipline. Il faut dire que les "graffeurs" s'expriment dans l'espace public, ou dans des lieux privés, plus ou moins abandonnés, le tout sans autorisation. En tout cas des lieux où faire de la peinture sur les murs est considéré comme du vandalisme, un acte puni par la loi. A Dijon, ces lieux ne sont pas nombreux, mais ils existent. C'est dans l'un d'eux que nous avons rencontré Axel, un jeune graffeur dijonnais.

Stalingrad

C'est là, entre ces murs décrépis qu'il a passé le plus clair de son temps cet été, bombes de peinture à la main. "Ici on est dans un endroit qu'on appelle 'Stalingrad', donc sur le boulevard Stalingrad. C'est un terrain qui a été ouvert en 2013 je crois, où on est pas embêtés, et où on peut tester pleins de choses."

Une des dernières oeuvres "posées" par Axel à Stalingrad - Aucun(e)
Une des dernières oeuvres "posées" par Axel à Stalingrad - Axel

Et pour tester des choses, il y a de la place : plusieurs bâtiments, dont d'immenses entrepôts industriels tombés dans l'oubli, où la végétation a repris peu à peu ses droits, et où règne une certaine ambiance de fin du monde. Bref, le genre d'endroits propices à ce que les graffeurs appellent 'l'Urbex'. "C'est l'exploration urbaine, tout simplement", explique Axel. "C'est de découvrir des endroits auxquels personnes ne s'intéresse, des lieux abandonnés, des tunnels qui ne mènent nulle part. C'est très intéressant quand on rentre les premiers dans un endroit où on voit les traces de vie passée, des activités d'une entreprise disparue, c'est très sympa."

Le jeune artiste tente d'explorer différents univers, tout en conservant son style, et son nom, bien entendu - Radio France
Le jeune artiste tente d'explorer différents univers, tout en conservant son style, et son nom, bien entendu © Radio France - Axel

Hors-la-loi

Et tant pis pour les risques, car oui, le graff' est une activité qui peut vous coûter cher, théoriquement jusqu'à 3750 euros d'amende et et deux ans d'emprisonnement : "C'est considéré comme une dégradation de bien privé, si vous êtes avec des potes, c'est dégradation en réunion. Les peines et les amendes sont aléatoires, je connais des gens qui ont eu un simple rappel à la droit, d'autres des Travaux d'Intérêt Général, d'autres qui sont carrément allés en prison. Il ne faut pas se faire attraper, c'est mieux (...) Moi je me suis fait attraper une fois, mais rien de bien méchant." Quant à ceux qui considèrent son art comme du vandalisme, il n'a qu'une chose à leur répondre : "Peut-être que s'il s'y intéressaient d'un peu plus près, ils verraient autre chose que du vandalisme."

des vestiges de mobilier côtoient des œuvres plus colorés les unes que les autres - Radio France
des vestiges de mobilier côtoient des œuvres plus colorés les unes que les autres © Radio France - Arnaud Racapé

Entretenir le mythe autour de notre nom

Les styles sont uniques, l'important étant de pouvoir être reconnu - Radio France
Les styles sont uniques, l'important étant de pouvoir être reconnu © Radio France - Arnaud Racapé

A Stalingrad, les graffiti recouvrent le moindre espace : on y trouve un peu de personnages et surtout beaucoup de noms : les blases des artistes comme on dit, et c'est un monde plus codifié qu'il n'y paraît. "Dans la lettre, on reconnaît ton nom. On veut être un peu partout, et entretenir un peu le mythe de ce nom-là. C'est un peu un 'egotrip'. Les murs sont grands, ils sont nombreux, mais à la longue forcément, la place vient à manquer, et les oeuvre sont remplacées : "le tout c'est de le faire avec respect, de ne pas simplement souiller le travail de l'autre."

Des graffiti plus figuratif côtoie les œuvres à "lettrage" - Radio France
Des graffiti plus figuratif côtoie les œuvres à "lettrage" © Radio France - Arnaud Racapé

Le dessin, la base

AxeIl a aujourd'hui une vingtaine d'années, mais pour lui l'histoire avec le graffiti a commencé très tôt, en découvrant les œuvres de ses aînés, dans les anciennes tanneries à Dijon. "Je n'avais jamais vraiment vu de graffiti de ma vie, et là je me suis pris une grosse claque. Du coup, j'ai commencé à dessiner de plus en plus, à m'y intéresser, je ne connaissais rien du tout donc je faisais n'importe quoi." Et puis il est passé à l'acte : "en 2011, je commençais à m'améliorer sur papier, j'ai commencé à faire ça sur mur. Après je n'ai plus jamais lâché."

Un des noms qui reviennent souvent à Stalingrad, comme celui d'Axel - Radio France
Un des noms qui reviennent souvent à Stalingrad, comme celui d'Axel © Radio France - Arnaud Racapé

Si vous demandez à Axel si le graffiti est un art, la réponse fuse : "Bien sûr que oui. Je pars du principe que le graff moderne a commencé au moment de l'explosion de la pub. L'art était un milieu très fermé, réservé aux riches. Donc c'était une manière de se réapproprier l'art avec notre environnement extérieur, urbain. Montrer notre style, montrer notre nom. Il y a dix mille façons de peindre une même lettres. Donc oui, c'est vraiment un art à part entière."

A l'extérieur des bâtiments, la végétation commence à reprendre ses droits - Radio France
A l'extérieur des bâtiments, la végétation commence à reprendre ses droits © Radio France - Arnaud Racapé

Un art qui peut s'exprimer en divers endroits à Dijon, à condition de le vouloir : "il y a Stalingrad, il y avait les locaux de la Stef qui sont en train d'être détruits, les Tanneries bien sûr. Et puis il y a les voies rapides, les ponts. De toutes façons quand on cherche, on finit toujours par trouver. Ça se mérite !"