Culture – Loisirs

Dix choses que vous ignorez peut-être sur l'abbé Pierre

Par Bénédicte Courret, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure), France Bleu Sud Lorraine et France Bleu dimanche 22 janvier 2017 à 6:00 Mis à jour le dimanche 22 janvier 2017 à 9:50

L'abbé Pierre est mort il y a dix ans, le 22 janvier 2007.
L'abbé Pierre est mort il y a dix ans, le 22 janvier 2007. © AFP - Olivier Laban-Matti

L'abbé Pierre est mort il y a dix ans, le 22 janvier 2007, à l'âge de 94 ans. L'occasion de revenir sur quelques faits méconnus sur cet homme devenu un symbole de la lutte contre la pauvreté et les injustices.

Dix ans après sa mort, il y a toujours des choses à apprendre sur l'abbé Pierre. Sur la force de son engagement et ce qu'il en reste aujourd'hui mais aussi sur son histoire personnelle. Ce dimanche 22 janvier 2017, France Bleu revient sur dix faits méconnus sur l'abbé Pierre.

1/Il a commis "le péché de chair"

C'est anecdotique d'accord, mais ça le rend encore plus sympathique. C’est l’abbé Pierre lui-même qui l’a confié à Frédéric Lenoir, directeur du _Monde des religions_ en 2005. Il m’est arrivé de céder à la force du désir écrivait-il, pudique. Son entourage assure cependant qu’il a respecté le célibat toute sa vie. Quant à savoir quelles relations il entretenait avec Lucie Coutaz, rencontrée dans la Résistance et co-fondatrice du mouvement Emmaüs, rien de tel entre eux. Au contraire, Lucie Coutaz, “vierge consacrée”, était chargée de protéger l’abbé Pierre des sollicitations nombreuses de jeunes femmes séduites après son charismatique appel de l’hiver 1954 (lire le texte intégral).

2/Il n'aimait pas qu'on parle d'insurrection de la bonté

L’abbé Pierre préférait parler d’insurrection de la justice (ou de l’intelligence) pour désigner l’élan de générosité qui a suivi cet appel radiophonique d’hiver 1954. Il associait charité et bonté à une façon de se donner bonne conscience. Pour lui, le logement, le travail et la dignité devaient être considérés comme des dûs et la société devait s’organiser pour que tous les hommes vivent dignement. Le 4 février 1954, l’Assemblée vote un crédit exceptionnel de 10 milliards de francs (plus de 150 millions d’euros) destinés à la construction de 12 000 logements d’urgence.

L'abbé Pierre en 1954. - AFP
L'abbé Pierre en 1954. © AFP

3/Il était faussaire

Dès 1942, résistant dans le Vercors pendant la Seconde Guerre mondiale, il sauve des juifs avec l’aide de religieuses et aide notamment à la fabrication de faux-papiers en imitant la signature du commissaire de police local. L’abbé Pierre sera arrêté deux fois, par la Gestapo et la police espagnole, et s’évadera deux fois.

4/ Il s'appelait Pierre mais aussi Henri et Philippe

Henri Grouès est né le 5 août 1912 à Lyon. L’abbé Pierre est son pseudonyme de résistant (il a eu quatre identités secrètes pendant la guerre). Déjà, lors de son entrée dans les ordres à 19 ans, il a pris le nom de frère Philippe pour passer sept ans dans un couvent de moines capucins de la Drôme.

L'abbé Pierre lorsqu'il était engagé dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. - Aucun(e)
L'abbé Pierre lorsqu'il était engagé dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. - Emmaüs International

5/ L'abbé Pierre a sauvé un frère du général de Gaulle

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’un des frères du général de Gaulle, Jacques, est menacé d’arrestation. Il veut passer en Suisse malgré la maladie de Parkinson qui l’handicape. L’abbé Pierre le porte à travers les barbelés, avec la complicité des douaniers français. La famille de l’abbé Pierre était liée à l’épouse de Jacques de Gaulle (un des frères de Charles).

6/ Combattant de la paix, anti-colonialiste et anti-nucléaire

Non seulement il s’est battu contre la pauvreté et la faim mais il a aussi milité pour la paix dans le monde. Dès 1948, il rencontre Habib Bourguiba, le militant nationaliste tunisien qui prendra la tête du pays en 1957 et pour trente ans. De mars à mai 1960, il visite les colonies françaises d’Afrique subsaharienne en lutte pour leur indépendance. En Inde en 1962, il participe à une convention contre l’armement nucléaire. Il défendra ainsi ses convictions pacifistes et anti-colonialistes jusqu’à la fin de sa vie.

Lors d'un voyage en Équateur à la fin des années 50. - Aucun(e)
Lors d'un voyage en Équateur à la fin des années 50. - Emmaüs International

7/ Il a été député

Il venait de rentrer en France après la Seconde Guerre mondiale. Le 21 octobre 1945, l’abbé Pierre est élu député de Meurthe-et-Moselle sous l’étiquette du Mouvement républicain populaire. Il démissionne du MRP en 1950 pour protester contre la violence de la répression policière lors d’une grève. Avec quelques autres députés, il crée un groupe de la Gauche indépendante mais n’est pas réélu en 1951.

8/ Il a gagné de l'argent pour Emmaüs dans une émission de radio

Après avoir été battu aux élections, il perd ses indemnités parlementaires. Les caisses sont vides à la communauté Emmaüs qu’il a fondée en 1949 à Neuilly-Plaisance. Il fait la manche à la sortie des théâtres. Les compagnons d’Emmaüs se reconvertissent en chiffonniers. Plus tard en 1952, il participe au jeu “Quitte ou Double” sur Radio Luxembourg. Il décroche 256.000 francs qui lui permettent d’acheter un camion et de nouveaux terrains.

En 1952, il participe au jeu “Quitte ou Double” sur Radio Luxembourg. - Aucun(e)
En 1952, il participe au jeu “Quitte ou Double” sur Radio Luxembourg. - Emmaüs International

9/ Il est une icône du street-art

Le béret, la barbe, les lunettes et, évidemment, le message symbolisé par l’abbé Pierre inspirent les graffeurs. Aujourd'hui encore, on trouve des portraits de l’abbé sur les murs de nombreuses villes de France et d’ailleurs.

10/ Son appel n'a pas été archivé

L'abbé Pierre a lancé son appel de détresse sur les ondes de Radio Luxembourg lors de l'hiver 1954. Malheureusement, l’archive sonore n’a pas été conservée. L’Abbé Pierre a enregistré une nouvelle fois ce texte près de quarante ans plus tard, en 1993.

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