Culture – Loisirs

Drôme : le camp d'internement de Loriol retrouve enfin la mémoire

Par Jules Brelaz, France Bleu Drôme-Ardèche vendredi 13 janvier 2017 à 7:50

Une stèle érigée en mémoire des quelques 500 "indésirables" internés dans le camp de Loriol durant la Seconde Guerre Mondiale
Une stèle érigée en mémoire des quelques 500 "indésirables" internés dans le camp de Loriol durant la Seconde Guerre Mondiale © Radio France - Jules Brelaz

Durant la Seconde Guerre Mondiale, le régime de Vichy a interné dans le camp de Loriol quelques 500 Juifs, communistes, Espagnols, Allemands dont Max Ernst, tous antifascistes. Un monument inauguré jeudi rend hommage à ces internés, ceux que les historiens ont appelé les "indésirables étrangers".

C'est une page aussi sombre que méconnue de l'histoire de France. Entre 1939 et 1945, plusieurs centaines de milliers de personnes ont été internées dans des camps par l'Etat français. Parmi elles se trouvaient des Juifs, des Tziganes, des communistes, des Allemands ayant fui le nazisme ou encore des républicains Espagnols ayant combattu le régime de Franco, tous espéraient trouver refuge au pays de la Liberté et des Lumières.

"Ici, en septembre 1939, le gouvernement français de Daladier ouvrait un camp d'internement à Loriol pour y interner des soi-disant indésirables" (Claude Aurias, maire de Loriol)

Dans la Drôme, entre septembre 1939 et mars 1941, quelques 500 de ces "indésirables", parmi lesquels se trouvait le célèbre peintre surréaliste allemand Max Ernst, ont été enfermés dans le camp de Loriol, d'abord à la demande de la IIIème République et ensuite sous les ordres du Régime de Vichy.

Le camp d'internement de Loriol dans la Drôme retrouve (enfin) la mémoire

"Le camp de Loriol retrouve enfin la mémoire"

Les chauffeurs de poids-lourds et les automobilistes qui empruntent aujourd'hui la Nationale 7 à Loriol n'imaginent pas que, soixante-douze ans auparavant un camp d'internement se dressait sur l'actuelle zone industrielle des Blaches. Du camp de Loriol, il ne reste aujourd'hui plus aucune trace, le dernier bâtiment ayant été détruit en 2008.

La seule preuve de l'existence du camp est désormais cette stèle inaugurée jeudi en présence de Maggy, la fille de Robert Garcia. Ce républicain espagnol est le seul survivant encore en vie des 500 internés de Loriol.

J'ai les larmes aux yeux, en pensant à l'histoire de mon père, républicain espagnol, il pensait trouver refuge en France mais il était indésirable (Maggy)

Des indésirables d'hier à ceux d'aujourd'hui...

Le camp de Loriol était en réalité une ancienne usine de produits chimiques sans fenêtre mais cernée de fils de barbelés. Les internés vivaient dans des conditions "indignes", rappelle l'historien Jean Sauvageon, "le toit n'était pas plafonné alors imaginez à Loriol en pleine vallée du Rhône, lorsqu'il y avait du mistral, c'était glacial!"

Les camps d'internements français sont devenus des anti-chambres des camps d'extermination nazis (J. Sauvageon)

L'histoire de ces étrangers indésirables d'hier résonne aujourd'hui particulièrement. "Ce qui est fou, c'est que les choses se reproduisent encore maintenant quand on voit ce qu'il se passe dans le monde" déplore Maggy.

Aujourd'hui, ce n'est plus le nazisme que certains fuient, mais ce sont d'autres idéologies. Certains fuient la guerre en Syrie, parce qu'ils y souffrent, ils y meurent et certains pays refusent de les accueillir. Et actuellement, en ce moment on se retrouve un petit peu dans la même situation; et c'est bien navrant! (J. Sauvageon)

Présente jeudi lors de l'inauguration à Loriol, Clara Thomas, la sous-préfète de Die, a elle aussi fait un parallèle entre l'histoire d'hier et celle d'aujourd'hui. "Ce n'est pas un écho direct, mais c'est vrai, on peut dire qu'aujourd'hui nous avons des migrants à accueillir qui viennent de pays en guerre, il ne faut pas oublier cet accueil, cette humanité que nous avons en France, puisque nous avons plusieurs CAO (Centre d'accueil et d'orientation) disposés sur l'ensemble du territoire".

L'existence du camp de Loriol serait tombée à jamais dans les oubliettes de l'histoire sans le travail de fourmis de quatre historiens. Vincent Giraudier, Hervé Mauran, Jean Sauvageon et Robert Serre publient en 1999 l'ouvrage Des indésirables. Les camps d'internement et de travail dans l'Ardèche et la Drôme durant la Seconde Guerre Mondiale (malheureusement épuisé aujourd'hui).

Des centaines d'écoliers de Loriol et des environs ont participé à la cérémonie d'hommage aux indésirables du camp d'internement de Loriol. - Radio France
Des centaines d'écoliers de Loriol et des environs ont participé à la cérémonie d'hommage aux indésirables du camp d'internement de Loriol. © Radio France - Jules Brelaz