Culture – Loisirs

Nord : "Du fil à retordre", pour faire revivre la mémoire des ouvriers du textile

Par Rafaela Biry-Vicente, France Bleu Nord vendredi 7 octobre 2016 à 7:00

Les grands mères de Fontaine au Pire découvrent ou redécouvrent les outils du textile
Les grands mères de Fontaine au Pire découvrent ou redécouvrent les outils du textile © Radio France - Rafaela Biry-Vicente

Depuis huit mois, la compagnie lilloise XXY sillonne les routes du Cambrésis (Nord) à bord de deux petites caravanes. L'idée de ces artistes de la mémoire ? Mettre en scène et collecter la mémoire des anciens et actuels ouvriers du textile, que ce soit la broderie, la dentelle ou le tissage.

Amélie Poirier est fille et petite-fille d'ouvriers du textile du Cambrésis dans le Nord. La jeune artiste du collectif lillois XXY avait envie de faire vivre cet héritage. De son côté, le conseil départemental du Nord souhaitait resserrer les liens entre le musée des dentelles et broderies de Caudry, la Maison de la broderie de Villers Outréaux et la Maison du patrimoine d'Avesnes-les-Aubert. En partenariat avec la collectivité locale, Amélie Poirier a donc monté le projet "Du fil à retordre".

Certains travaillaient à la cave"

Pendant presque un an et demi, la compagnie XXY va sillonner le territoire pour récolter la mémoire du textile. Pour ce faire, elle a aménagé deux petites caravanes, une "musée" pour présenter des pièces des trois musées, une autre "spectacle" pour faire danser une artiste. Des caravanes qui se posent dans les cours des écoles, sur les places des villages et dans les maisons de retraite la compagnie s'invite directement dans la salle à vivre, comme à Fontaine-au-Pire.

le reportage de Rafaela Biry-Vicente

Pendant dix minutes, sur une bande-son basée sur le bruit de métiers à tisser et de témoignages recueillis dans d'autres communes, une artiste danse comme si elle tissait avec une tenue en papier découpé qui imite la dentelle. Amélie Poirier présente ensuite un mini-musée du textile, avec des outils, robes, pièces de dentelle parfois centenaires.

De la dentelle pour la reine d'Angleterre ou pour Madonna

Elle raconte l'histoire de la profession, les conditions de travail difficiles, ces ouvriers qui travaillaient dans une cave sur des mini-métiers à tisser, les enfants qui se cachaient dans des coffres quand les contrôleurs passaient car ils n'avaient pas le droit de travailler à l'usine d'Avesnes-les-Aubert.

Les grands mères peuvent toucher et discuter des pièces de dentelle - Radio France
Les grands mères peuvent toucher et discuter des pièces de dentelle © Radio France - rbv

Les souvenirs reviennent

Et petit à petit en écoutant la jeune femme, la mémoire des anciens se ravive. Andrée se rappelle du très grand métier à tisser de son grand-père qui faisait la route tous les jours à vélo entre Beauvois -en-Cambrésis et Caudry. Les souvenirs reviennent même chez certains malades Alzheimer en touchant un petit bout de dentelle. Les plus jeunes parlent des robes confectionnées pour la reine d'Angleterre ou encore pour Madonna !

Un mini métier à tisser utilisé dans les caves et des pièces de dentelle de Caudry - Radio France
Un mini métier à tisser utilisé dans les caves et des pièces de dentelle de Caudry © Radio France - rbv

De précieux témoignages que la compagnie enregistre avant de revenir dans la maison de retraite pour en faire une lecture spectacle. Au bout de ce voyage dans la mémoire des ouvriers du textile, la compagnie va compiler les témoignages dans un film. Le document sera visible dans les trois musées partenaires de l'opération et peut-être aussi aux Archives nationales du travail.

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