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Culture – Loisirs

EN IMAGES - Rencontre avec Annick Colette, l'une des dernières ivoirières de Dieppe

mardi 28 novembre 2017 à 5:33 Par Hélène Fromenty, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) et France Bleu

C'est un artisanat emblématique de Dieppe, et pourtant, il n'y a plus que deux ivoiriers dans la ville aux quatre ports. L'un deux, l'atelier Colette, devait fermer, mais la mairie tente tout pour préserver ce patrimoine. Rencontre avec Annick Colette, sculptrice sur ivoire depuis cinq générations.

Annick Colette dans son atelier du 3 rue Jehan Ango à Dieppe.
Annick Colette dans son atelier du 3 rue Jehan Ango à Dieppe. © Radio France - Hélène Fromenty

Dieppe, France

L'atelier a pignon sur rue, en centre-ville de Dieppe (Seine-Maritime). Discret, il se trouve au numéro 3 de la rue Jehan Ango, tout près du port. C'est une petite dame, avec un carré noir, des lunettes, et une blouse blanche qui nous ouvre la porte. Annick Colette, ivoirière à Dieppe, perpétue une tradition familiale qui dure depuis cinq générations. "Dans ma famille, je fais partie de la cinquième génération de sculpteurs sur ivoire, précise fièrement Annick Colette. Du 16e au 18e siècle, on était presque 2000 ici. Aujourd'hui, on est plus que deux...et quatre en France !"

L'élève de son père

Tous ces siècles d'histoire, ont concentré dans son minuscule atelier : une quinzaine de mètres carrés à peine, mais des tas de bibelots, d'outils, beaucoup de poussière.

Une vraie caverne d'Ali Baba.  - Radio France
Une vraie caverne d'Ali Baba. © Radio France - Hélène Fromenty

Et aussi toute la dynastie Colette accrochée au mur. C'est avec son père, Jean Colette, qu'Annick apprend le métier et commence à travailler en 1998. A sa mort, en 2006, Annick reprend le flambeau.

C'est avec Jean Colette, son père, qu'Annick a appris à sculpter l'ivoire. - Radio France
C'est avec Jean Colette, son père, qu'Annick a appris à sculpter l'ivoire. © Radio France - Hélène Fromenty

"Je répondais à des commandes de toutes sortes, se souvient-elle. Des statues, des bijoux, des couteaux... On m'a par exemple demandé de graver les signes du zodiaque sur des boules de billard." Toutes ces créations, Annick les conserve précieusement en photos.

Les archives des commandes passées.  - Radio France
Les archives des commandes passées. © Radio France - Hélène Fromenty

Beaucoup de larmes

La boutique tourne bien, la clientèle est au rendez-vous. Mais le 17 août 2016, tout bascule : un décret du ministère de l'environnement interdit la fabrication et la vente d'objet en ivoire, même à partir d'ivoire ancien. "On a versé beaucoup de larmes avec ma fille. C'est comme si on nous retirait notre travail !"

La figure favorite de l'ivoirière : Michel-Ange.  - Radio France
La figure favorite de l'ivoirière : Michel-Ange. © Radio France - Hélène Fromenty

Annick Colette, qui "aime les animaux même si c'est paradoxal", ne comprend pas cette décision. "Cela fait des années qu'on ne peut pas importer de l'ivoire en France. L'ivoire que l'on utilisait était là depuis des années, les éléphants sont morts il y a 60 ou 70 ans. Cet ivoire ne fait de mal à personne..."

Désormais, l'ivoirière ne peut plus toucher à son stock. De petits objets, des chutes, des bouts de défenses, avec lesquels elle aurait pu travailler "environ 20 ans", estime-t-elle.

Le stock d'Annick Colette lui aurait fourni du travail pendant 20 ans environ.  - Radio France
Le stock d'Annick Colette lui aurait fourni du travail pendant 20 ans environ. © Radio France - Hélène Fromenty

"Tout a été compté, pesé et mis de côté. On peut être contrôlé pour vérifier qu'on n'utilise rien" affirme Annick désabusée. Elle s'est renseignée, elle risque plusieurs centaines de milliers d'euros d'amende si elle n'obéit pas. "Si c'est pour travailler dans la peur ce n'est pas la peine..."

Chiffre d'affaires en chute libre

Alors depuis un an, Annick "travaillotte", comme elle dit. Elle fait un peu de restauration, comme ce jour-là, un vieux manche d'ombrelle. "Il faut que je le recolle, et ensuite je vais le polir, explique-t-elle armée d'une fraise. Pour les réparations j'utilise de l'ivoire de mammouth, puisque ça c'est toujours autorisé."

Pour ses réparations, Annick Colette utilise de l'ivoire de mammouth. - Radio France
Pour ses réparations, Annick Colette utilise de l'ivoire de mammouth. © Radio France - Hélène Fromenty

Mais ça ne suffit pas. Depuis un an, son carnet de commande se vide, son chiffre d'affaires est en chute libre. Récemment, elle décide de fermer boutique, "à contre cœur".

Plan de sauvetage

Mais la ville de Dieppe refuse de voir disparaître ce patrimoine local. La municipalité lance un plan de sauvetage et a appelé les Dieppois aux dons lors de la dernière foire aux harengs, le 18 novembre. Objectif : prendre en charge le loyer de l'atelier, pour qu'Annick Colette puisse au moins y rester et même accueillir des visiteurs, en collaboration avec le musée de Dieppe. "C'est extrêmement réconfortant que des personnes se mobilisent pour tenter de sauvegarder votre métier. Car ce n'est pas une activité que l'on arrête comme ça, en un claquement de doigts."

Annick Colette espère pouvoir rester dans son atelier le plus longtemps possible. - Radio France
Annick Colette espère pouvoir rester dans son atelier le plus longtemps possible. © Radio France - Hélène Fromenty

Reste, sa fille Julia Colette, diplômée en sculpture à l’École Boulle. C'est elle qui devait reprendre l'affaire familiale dans quelques années. "Elle en a toujours eu envie et tout était près pour qu'elle le fasse. Malheureusement ce ne sera pas possible. Si déjà moi je peux aller jusqu'à la retraite ce serait un miracle... Alors elle ne va pas se lancer."

Sébastien Jumel, actuel député et ancien maire de la ville, avait déjà montré son attachement à cet artisanat "constitutif de l'identité, de l'essence même de Dieppe". Il a déposé une question écrite, sa première, à l'Assemblée nationale sur ce sujet. Annick, elle, espère secrètement que le gouvernement fasse machine arrière.