Culture – Loisirs

Étobon commémore avec émotion le massacre de ses résistants en 1944

Par Rebecca Gil, France Bleu Belfort-Montbéliard mercredi 28 septembre 2016 à 6:10

Près de 200 personnes se sont rassemblées autour du monument aux morts installé à Étobon
Près de 200 personnes se sont rassemblées autour du monument aux morts installé à Étobon © Radio France - Rebecca Gil

C'est une cérémonie qui a lieu chaque année le 27 septembre : la commémoration du massacre d'Etobon, la fusillade de 39 résistants du village par les nazis, en 1944. Une cérémonie qui réveille toujours une forte émotion.

Près de 200 personnes, familles des victimes, porte-drapeau, villageois et habitants des villages voisins, se sont rassemblées devant le monument au mort d'Étobon, mardi 27 septembre, date anniversaire de la fusillade de 39 résistants du village par les nazis, en 1944. Un village de 260 habitants, en Haute-Saône, au nord du canton d’Héricourt, dont on ne parle pas souvent. Il fait pourtant partie des 63 villages et villes décorés de la Légion d’honneur en 1949. Ce mardi, la préfète de Haute-Saône était présente, ainsi que le capitaine Philippe Juge, qui préside, depuis plusieurs années, la cérémonie.

Malheureusement, on ne peut pas changer l’Histoire, mais on continue à s’en souvenir"

— Daniel Cousseau, maire d'Étobon

Cela fait seize ans que le maire d’Étobon, Daniel Cousseau, organise cette cérémonie. Même s’il n’est pas natif du village, l’émotion est toujours présente : "Les gens du village ont toujours insisté pour que la cérémonie se tiennent chaque année à la même date, le 27 septembre, et non pas le dimanche comme cela se fait pour d’autres cérémonies de ce genre ailleurs", explique le maire. "Malheureusement, les familles les plus proches de ceux qui nous ont quitté ont aujourd’hui disparu, mais j’ai eu la chance de les connaître lorsque je suis arrivé ici en 1980. Je les ai côtoyées, appréciées, j’ai vécu avec eux leur deuil et leur peine. N’étant pas natif d’ici, j’ai été très bien accepté, intégré, et chaque année, cette journée est la plus dure. J’éprouve toujours autant de stress… Malheureusement, on ne peut pas changer l’Histoire, on ne peut pas la broder non plus. Mais on continue à s’en souvenir, c’est important, notamment pour la jeunesse".

Les noms des résistants fusillés près du monument aux morts d'Étobon - Radio France
Les noms des résistants fusillés près du monument aux morts d'Étobon © Radio France - Rebecca Gil

Il faut continuer de vivre avec, et espérer que cela ne se reproduise jamais"

— Philippe Perret, fils d'un résistant fusillé

Philippe Perret a perdu son père et sept autres membres de sa famille dans ce drame. Il raconte : "J’avais six ans à l’époque, je m’en souviens très bien. On était tout près d’ici, près de l’école, mon père est parti. J’étais avec ma mère, elle ne savait pas quoi dire, quoi faire, il partait, mais on ne savait pas où. Il m’a dit, sois sage Philippe". Son père s’est éloigné, puis emmené avec 38 autres hommes jusqu’à Chenebier, le village voisin. Avec sa famille, Philippe n’a appris que huit jours plus tard ce qui s’était passé. "J’ai dû vivre avec, lâche-t-il les larmes aux yeux. J’ai été marqué à vie. J’ai vu toute ma jeunesse le village en deuil, beaucoup pleuraient"

Témoignage de Philippe Perret au micro de Rebecca Gil

Philippe Perret devant la maison dans laquelle il a vécu 78 ans à Étobon - Radio France
Philippe Perret devant la maison dans laquelle il a vécu 78 ans à Étobon © Radio France - Rebecca Gil

27 septembre : date fatidique chaque année

Tous les ans, Philippe ressent une boule au ventre, en général huit jours avant le 27 septembre. "Je ne peux pas rater une cérémonie de commémoration. J’ai besoin d’y être, même si c’est toujours avec un pincement au cœur et de la peine", explique-t-il, ému. Alors il s’appuie sur sa foi : "Aujourd’hui, ma maman n’est plus là, la plupart de ma famille non plus, mais j’ai toujours eu l’espoir de les retrouver là-haut". Heureusement, chaque année, ils sont nombreux à assister à cette cérémonie : "Ça me fait chaud au cœur de voir que l’on est soutenus, on se sent entourés". Depuis, il n’a jamais quitté Etobon : "J’ai toujours vécu dans la maison de ma maman, je lui ai dit, je mourrai avec toi. Je veux rester ici, témoigner. Il faut aller jusqu’au bout, pour que cela serve de leçon".